À l’approche de l’échéance du 7 février 2026, la crise multidimensionnelle que traverse Haïti a atteint un niveau critique inédit. L’effondrement sécuritaire, la confiscation du pouvoir politique et la désintégration progressive de l’État de droit se conjuguent dans un contexte marqué par une violence endémique, une impunité institutionnalisée et une déresponsabilisation assumée des autorités de facto. Selon le BINUH, plus de 8100 homicides ont été recensés entre janvier et novembre 2025, un chiffre probablement sous-estimé en raison de l’inaccessibilité de nombreuses zones contrôlées par des groupes armés. Cette réalité factuelle contredit frontalement le discours officiel de stabilisation avancé par les dirigeants en place. La confrontation désormais ouverte entre le Conseil présidentiel de transition (CPT) et le chef du gouvernement, Alix Didier Fils-Aimé, ne saurait être interprétée comme un débat de fond sur l’avenir du pays. Elle révèle au contraire une lutte de pouvoir interne, centrée sur le contrôle des ressources publiques, des positions institutionnelles et des circuits d’influence d’un État vidé de sa souveraineté effective. Cette rivalité ne s’accompagne d’aucune vision stratégique de sortie de crise, ni sur le plan sécuritaire, ni sur le plan économique ou social. Elle confirme ainsi le diagnostic d’un pouvoir de fait davantage préoccupé par sa pérennité que par l’intérêt général. Dès lors, une interrogation s’impose: comment expliquer que, malgré des opérations ou interventions policières médiatisées, des budgets sécuritaires en hausse et un discours gouvernemental triomphaliste, aucun des puissants chefs de gangs opérant dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince n’ait été neutralisé ou interpellé? Comment comprendre que des figures criminelles notoirement identifiées continuent de défier publiquement l’État? Cette contradiction apparente met en lumière non seulement l’inefficacité des politiques publiques de sécurité, mais surtout la nature réelle du pouvoir exercé par les autorités de facto. La crise actuelle ne résulte ni d’un simple déficit de moyens ni d’une fatalité institutionnelle. Elle procède d’une confiscation structurelle de l’État haïtien par une coalition d’acteurs politiques, économiques et criminels, tant nationaux que transnationaux, pour lesquels le chaos constitue un mode de gouvernance rentable. Notre analyse s’inscrit dans les travaux sur la « state capture», mobilisés pour comprendre les configurations étatiques où les règles publiques sont systématiquement détournées au profit d’intérêts privés. La méthodologie adoptée repose sur une approche qualitative croisée, intégrant des données statistiques issues d’institutions nationales et internationales, ainsi que l’étude de cas d’opérations policières récentes. L’hypothèse défendue est que l’État haïtien n’est pas seulement affaibli, mais confisqué, fonctionnant selon une logique de façade où les institutions formelles dissimulent des arrangements informels avec des acteurs criminels. Ces mécanismes garantissent à la fois l’impunité des chefs de gangs et la survie politique d’une élite prédatrice, installée dans un système où la violence, la corruption et l’absence de reddition de comptes sont devenues des instruments de pouvoir. Ainsi, notre reflexion s’organise autour de quatre axes: l’examen de la confiscation politique de l’État par le pouvoir de facto; la mise en évidence de l’illusion sécuritaire entretenue par les autorités; l’analyse de l’impunité comme mécanisme central de gouvernance; enfin, l’évaluation des conséquences sociales, économiques et humaines de cet effondrement étatique.
I. Le pouvoir de facto et la confiscation politique de l’État haïtien
Le CPT, issu de l’accord politique du 3 avril 2024, devait répondre à une urgence nationale majeure: empêcher l’effondrement de l’État haïtien et créer les conditions minimales d’un retour à l’ordre constitutionnel. Plus de vingt mois après sa mise en place, ce dispositif transitoire apparaît non comme un mécanisme de stabilisation, mais comme un instrument de confiscation du pouvoir par une classe politique discréditée. Le CPT s’est révélé incapable de remplir ses missions fondamentales en matière de sécurité publique, de gouvernance, de recherche de consensus politique et de préparation électorale, telles que définies dans ledit accord. Cette dérive s’inscrit dans ce que la science politique qualifie de transition prédatrice, où l’exception devient la règle et l’urgence un prétexte à la perpétuation du pouvoir, comme l’a théorisé Guillermo O’Donnell. Loin de corriger les déséquilibres institutionnels, le CPT a contribué à les consolider.
Sur le plan juridique et institutionnel, le CPT souffre d’un déficit de légalité structurel qui fragilise l’ensemble de son action. L’accord du 3 avril 2024, censé fonder son autorité, n’a jamais été publié au journal officiel Le Moniteur, en violation du principe fondamental de publicité des actes normatifs. Cette carence prive le CPT d’une base juridique et favorise une gouvernance fondée sur des arrangements informels, opaques et négociés en dehors de tout contrôle citoyen. Conformément aux standards internationaux rappelés notamment par la Commission de Venise et le Programme des Nations unies pour le développement, une autorité transitoire dépourvue de transparence normative tend mécaniquement à évoluer vers l’arbitraire. Cette illégitimité est aggravée par la composition politique même du CPT, dominée par des partis historiquement responsables de la dégradation de l’État, de la corruption systémique et de la politisation de l’administration publique. Leur reconversion en gestionnaires de la transition illustre une logique classique de reproduction des élites défaillantes, caractéristique des États capturés.
À l’approche de la fin annoncée du mandat du CPT, ces mêmes acteurs politiques se présentent paradoxalement comme porteurs de solutions, multipliant les interventions médiatiques sans jamais procéder à une évaluation sérieuse de leur bilan. Les promesses de rétablissement de la sécurité, de reprise des axes routiers, de désarmement des groupes armés et d’amélioration des conditions de vie sont restées sans effet concret. La relation conflictuelle entre le CPT et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé s’inscrit dans cette même logique de captation du pouvoir. Elle ne traduit ni un débat démocratique ni une divergence programmatique, mais une lutte de positions entre factions d’un même système politique en faillite. Après plus de quatorze mois à la tête du gouvernement de facto, malgré un bilan sécuritaire, économique et diplomatique catastrophique, Alix Didier Fils-Aimé continue d’être présenté comme une figure de stabilité par certains cercles nationaux et internationaux, dans une logique de choix par défaut. Ni le CPT ni le gouvernement n’ont démontré la volonté ou la capacité de rompre avec les pratiques qui ont conduit le pays dans l’impasse. Des responsables soupçonnés de corruption ou de collusion avec des groupes criminels demeurent en fonction, tandis que des arrestations ponctuelles sont suivies de remises en liberté sans procédure crédible. Cette réalité confirme que les autorités de facto ne sont pas de simples gestionnaires dépassés par la crise, mais les administrateurs d’un système politique perverti, dans lequel l’insécurité, la corruption et l’impunité constituent des ressources de pouvoir au service d’une oligarchie politique improductive.
II. L’illusion sécuritaire: interventions ou opérations policières, communication politique et réalité du terrain
Depuis la mi-2025, et plus encore à l’approche de l’échéance du 7 février 2026, les autorités de facto ont intensifié une communication sécuritaire triomphaliste destinée à convaincre l’opinion publique nationale et internationale d’une amélioration progressive de la situation. Les conférences de presse, les déclarations officielles du ministère de la Justice et de la Sécurité publique, ainsi que les interventions médiatiques du secrétaire d’État à la Sécurité publique, Mario Andrésol, participent à la construction d’un récit centré sur la prétendue reprise du contrôle de la capitale et l’affaiblissement des groupes armés. Toutefois, ce discours se heurte rapidement à l’examen des données disponibles. Selon le rapport du BINUH publié le 15 janvier 2026, plus de 8100 homicides volontaires ont été enregistrés entre janvier et novembre 2025, dont près de 2000 pour le seul trimestre septembre–novembre. Si une baisse marginale est observée dans certaines zones de Port-au-Prince, elle est largement compensée par une explosion de la violence dans des départements comme l’Artibonite et le Centre, traduisant non pas une amélioration réelle de la situation sécuritaire, mais un simple déplacement géographique de l’insécurité.
Malgré les annonces répétées d’interventions ou d’opérations policières qualifiées « d’envergure », aucun des principaux chefs de gangs connus et identifiés n’a été neutralisé ou interpellé au cours des vingt derniers mois. Des figures telles que Jimmy Chérizier, dit Barbecue, Vitel’Homme Innocent, Izo, Krisla, Lanmò Sanjou, Ti Lapli ou Jeff Larose continuent de s’exprimer publiquement, de défier l’autorité de l’État et de ridiculiser les institutions sécuritaires, notamment à travers les réseaux sociaux. En criminologie, cette visibilité ostentatoire constitue un indicateur clair d’absence de dissuasion étatique. Les opérations mises en avant par les autorités se caractérisent par leur caractère ponctuel, spectaculaire et non durable. Bien que des saisies d’armes et de munitions soient régulièrement annoncées, elles ne s’inscrivent dans aucune stratégie cohérente de démantèlement des réseaux criminels. Les zones prétendument sécurisées ne font l’objet d’aucune réoccupation institutionnelle durable: les commissariats restent fermés ou non fonctionnels, et les forces de l’ordre se retirent rapidement, permettant aux groupes armés de reprendre le contrôle des territoires.
Cette illusion sécuritaire est renforcée par l’incapacité persistante de l’État à garantir la liberté de circulation sur les axes routiers stratégiques. Les routes reliant Port-au-Prince aux principales régions du pays demeurent largement sous le contrôle des groupes criminels, qui imposent des péages illégaux et entravent la circulation des personnes, des marchandises et de l’aide humanitaire. Cette situation contribue directement à l’inflation et à l’aggravation de l’insécurité alimentaire. Par ailleurs, les frontières terrestres et les ports restent insuffisamment contrôlés, malgré la reconnaissance officielle du rôle central du trafic d’armes dans l’alimentation de la violence. L’absence de dispositifs efficaces de surveillance, de coordination interinstitutionnelle et de contrôle douanier traduit une tolérance structurelle à l’égard des circuits criminels transnationaux. En fait, la communication sécuritaire du CPT et du gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé relève moins d’une politique publique fondée sur des résultats que d’un outil de légitimation politique à court terme, destiné à masquer l’échec structurel d’un pouvoir incapable, ou non désireux, de restaurer durablement l’autorité de l’État.
III. L’impunité comme pilier du système: justice paralysée, corruption normalisée et sanctions internationales sans effet interne
Dans tout État fondé sur le droit, la sécurité publique repose sur une chaîne institutionnelle indissociable associant la police, la justice et l’administration pénitentiaire. En Haïti, cette chaîne est rompue depuis longtemps. L’impunité n’est pas une dérive conjoncturelle liée à la crise actuelle, mais l’architecture centrale du système de gouvernance. Les autorités de facto n’ont pas seulement échoué à la combattre: elles l’ont institutionnalisée au point d’en faire un instrument de pouvoir. Les données judiciaires sont éloquentes. Selon les chiffres consolidés de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) et de l’Unité centrale de renseignements financiers (UCREF), moins de 4,2 % des dossiers de corruption transmis à la justice entre 2006 et 2024 ont abouti à une décision judiciaire, et une proportion infime à une condamnation définitive. En matière de blanchiment de capitaux et de financement des groupes armés, le taux de condamnation est quasi inexistant, révélant non pas une simple faiblesse administrative, mais un verrou politique et institutionnel.
Cette paralysie de la justice est directement liée à sa confiscation par l’exécutif et par des réseaux politico-économiques. Les parquetiers évoluent dans un environnement où leur nomination, leur maintien en poste et parfois leur sécurité personnelle dépendent de décisions politiques. Dans ces conditions, engager des poursuites contre des personnalités influentes soupçonnées de corruption, de détournement de fonds publics ou de collusion avec des groupes criminels équivaut souvent à une mise en danger professionnelle et personnelle. Il en résulte une justice sélective, dans laquelle les citoyens ordinaires et les petits délinquants sont poursuivis, tandis que les véritables architectes de la violence et de la prédation économique bénéficient d’une protection de fait. Cette situation correspond au modèle des États confisqués, où le droit pénal cesse d’être un instrument impartial de régulation sociale pour devenir un outil de gestion politique des poursuites.
Dans ce contexte, les sanctions internationales ciblées apparaissent largement symboliques en l’absence de relais institutionnels internes crédibles. Plusieurs personnalités sanctionnées par les États-Unis, le Canada ou l’Union européenne pour leur implication présumée dans le financement de groupes armés, le trafic d’armes ou la corruption continuent de mener une vie publique normale en Haïti, sans faire l’objet de poursuites judiciaires effectives. Aucun mécanisme sérieux de gel ou de confiscation des avoirs illicites n’a été mis en œuvre sur le territoire national. Cette dissociation entre pressions internationales et inertie judiciaire interne envoie un message clair: l’État protège ceux qui alimentent l’économie criminelle. Ce constat est aggravé par l’effondrement du système carcéral, marqué par une surpopulation extrême et une détention préventive prolongée touchant plus de quatre cinquièmes des détenus. Ce paradoxe, qui voit les plus vulnérables privés de liberté sans jugement tandis que les acteurs centraux de la criminalité organisée restent intouchables, alimente un profond sentiment d’injustice et contribue à la reproduction de la violence. L’impunité devient ainsi un pilier structurant du système, et non une simple conséquence de la crise.
IV. Haïti, un pays sacrifié: effondrement social, économique, diplomatique et humain
La confiscation politique de l’État, l’illusion sécuritaire entretenue par les autorités de facto et l’impunité systémique ne relèvent pas de débats abstraits. Elles produisent des conséquences humaines directes, massives et mesurables sur la population haïtienne. Depuis plus de vingt mois, aucune politique publique crédible n’a été mise en œuvre par le CPT et le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé pour améliorer durablement les conditions de vie des citoyens. Au contraire, les indicateurs sociaux et humanitaires se sont dégradés à un rythme alarmant. Selon les données consolidées des institutions internationales, plus d’un million de personnes ont été contraintes de fuir leurs quartiers en raison de la violence armée. Ces déplacés internes vivent pour la plupart dans des conditions précaires, sans accès régulier à l’eau potable, à l’assainissement, aux soins de santé ni à l’éducation. L’État, pourtant constitutionnellement tenu de protéger les plus vulnérables, est largement absent, laissant aux organisations humanitaires et aux solidarités communautaires la gestion d’une crise devenue chronique.
L’effondrement du système éducatif illustre de manière particulièrement préoccupante cette faillite étatique. Des centaines d’écoles publiques et privées ont été fermées, détruites ou occupées par des groupes armés, privant des dizaines de milliers d’enfants de leur droit fondamental à l’éducation. Cette déscolarisation massive compromet durablement l’avenir d’une génération entière et alimente un cercle vicieux, dans lequel une jeunesse sans perspectives devient plus vulnérable au recrutement par les groupes criminels. Sur le plan économique, l’insécurité généralisée et le contrôle des axes routiers par les gangs ont paralysé les activités productives. Les péages illégaux imposés sur les routes augmentent artificiellement le coût du transport des marchandises, aggravant l’inflation et l’insécurité alimentaire. Plus de la moitié de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté, sans que des mesures économiques structurantes aient été adoptées pour soutenir la production nationale ou protéger les ménages les plus fragiles.
La crise sanitaire et la détérioration de la situation diplomatique accentuent encore la désintégration sociale. Des hôpitaux ont été pillés ou contraints de fermer, tandis que le personnel médical, régulièrement menacé, quitte massivement le pays, aggravant une pénurie déjà critique. Cette fuite des compétences touche également l’éducation, l’administration publique et le secteur privé, provoquant une hémorragie de capital humain aux conséquences durables. Sur le plan international, Haïti connaît l’un des niveaux d’isolement les plus bas de son histoire récente. La suspension prolongée des vols commerciaux internationaux vers l’aéroport Toussaint Louverture, consécutive aux décisions des autorités aéronautiques américaines, illustre la perte de confiance de la communauté internationale dans la capacité de l’État à garantir un minimum de sécurité. Parallèlement, les scandales de corruption impliquant des responsables politiques et administratifs se multiplient sans entraîner la moindre conséquence institutionnelle, renforçant l’idée que la prédation est non seulement tolérée, mais protégée. Dans ce contexte, Haïti apparaît moins comme un pays en crise que comme une nation sacrifiée sur l’autel de la survie politique d’une classe dirigeante improductive et largement disqualifiée.
Conclusion
Haïti se trouve aujourd’hui à un carrefour historique décisif. L’échéance du 7 février 2026 ne constitue pas une simple date symbolique du calendrier politique, mais un test moral, institutionnel et historique pour l’État haïtien et pour ceux qui prétendent encore le diriger. Après plus de vingt mois de gouvernance de facto, le constat s’impose avec clarté: le CPT et le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé ont échoué à remplir l’ensemble de leurs missions fondamentales. Cet échec ne saurait être imputé uniquement à des contraintes externes ou à la complexité du contexte. Il résulte avant tout d’un choix politique délibéré, celui de préserver un système de pouvoir fondé sur l’impunité, la prédation et la gestion du chaos. La crise haïtienne ne peut être réduite à un simple problème d’insécurité ou de faiblesse institutionnelle. Elle s’inscrit dans une logique plus profonde de confiscation de l’État, correspondant à ce que la littérature politologique qualifie de « state capture», où les institutions formelles servent de façade à des arrangements informels entre acteurs politiques, économiques et criminels. Les groupes armés ne constituent pas une anomalie extérieure à l’État haïtien; ils prospèrent dans les interstices d’un système volontairement affaibli, toléré et parfois instrumentalisé. Tant que les financiers occultes, les fournisseurs d’armes, les intermédiaires politiques et les criminels en col blanc continueront de bénéficier d’une protection implicite, aucune opération policière, aussi médiatisée soit-elle, ne pourra produire une sécurité durable. L’expérience du CPT illustre pleinement cette dérive. Loin d’être un mécanisme de transition démocratique, il s’est transformé en un outil de reproduction d’une classe politique disqualifiée, improductive et largement responsable de l’effondrement institutionnel du pays. La majorité des partis politiques, pourtant associés à des décennies d’échecs, ont occupé l’espace de la transition pour se maintenir au centre du jeu institutionnel, en violation de l’esprit et des objectifs de l’accord du 3 avril 2024. À l’approche de la fin de leur mandat, ces mêmes acteurs se présentent paradoxalement comme détenteurs de solutions, alors qu’ils ont été à la fois les acteurs et les bénéficiaires du désastre actuel. Cette imposture politique constitue une négation de la souffrance du peuple haïtien et une atteinte à l’intelligence collective. La gouvernance d’Alix Didier Fils-Aimé s’inscrit pleinement dans cette faillite générale. Malgré un bilan sécuritaire, social, économique et diplomatique largement négatif, il continue d’être perçu par certains cercles nationaux et internationaux comme une option de stabilité. Cette perception repose moins sur des résultats concrets que sur une logique de gestion par défaut, privilégiant une stabilité apparente à court terme au détriment de la justice, de la reddition de comptes et de la reconstruction réelle. L’histoire récente démontre pourtant que cette approche ne fait que prolonger la crise, renforcer les réseaux criminels et aggraver la souffrance de la population. La responsabilité de la situation actuelle incombe en premier lieu aux dirigeants de facto, mais elle s’étend également aux élites économiques prédatrices, aux réseaux de corruption, à une partie de la presse complaisante et à certains acteurs internationaux qui, au nom de la stabilité, ont toléré l’inacceptable. La banalisation de l’impunité, la normalisation de la corruption et le sacrifice silencieux de millions de citoyens ont conduit Haïti à l’un des niveaux les plus bas de crédibilité, de cohésion sociale et de souveraineté effective de son histoire. Pourtant, une certitude s’impose: il ne peut y avoir ni sécurité durable, ni développement, ni reconstruction nationale sans justice. Tant que les responsables politiques, économiques et criminels des vingt derniers mois échapperont à toute responsabilité pénale, le cycle de la violence et de la prédation se reproduira inévitablement. La rupture nécessaire ne pourra être ni cosmétique ni consensuelle. Elle exigera la fin du pouvoir de facto, la reddition de comptes, la poursuite judiciaire des auteurs de crimes économiques et politiques, ainsi que l’exclusion durable des acteurs compromis de toute gouvernance future. Le choix est désormais clair et historique. Soit l’État haïtien rompt avec la logique des intouchables et assume pleinement ses fonctions régaliennes au service de la population, soit il continuera de s’enfoncer dans une faillite morale et institutionnelle dont le coût humain est déjà insoutenable. L’histoire ne jugera ni les discours, ni les promesses, ni les mises en scène sécuritaires. Elle jugera les actes, les renoncements et les complicités. Et elle jugera sévèrement ceux qui, ayant eu le pouvoir d’agir, auront choisi de préserver un système mafieux plutôt que de sauver la nation.
Marckenzi DENIS, Avocat
M2DIEDF – Citoyen engagé et indigné
Tél :+509 37704332
