C’est maintenant ou jamais : Haïti ne peut plus se permettre de rater ce moment historique

Il est des moments décisifs dans l’histoire d’une nation où le courage d’agir, tout comme le choix de rester immobile, peut déterminer l’avenir de plusieurs générations.

C’est maintenant ou jamais : Haïti ne peut plus se permettre de rater ce moment historique

Négociation

Il est des moments décisifs dans l’histoire d’une nation où le courage d’agir, tout comme le choix de rester immobile, peut déterminer l’avenir de plusieurs générations. Haïti se trouve aujourd’hui à l’un de ces tournants. Les décisions que nous prendrons maintenant, ou celles que nous continuerons à repousser, auront des conséquences profondes sur l’avenir de notre pays et sur la vie de millions d’Haïtiens.

Notre pays souffre. Des familles ont abandonné leurs maisons, des enfants grandissent dans la peur, des entrepreneurs voient disparaître le fruit de toute une vie de travail. Des milliers de jeunes, qui devraient rêver de construire leur avenir chez eux, ne pensent plus qu’à partir. Derrière les statistiques et les discours politiques, il y a des visages, des histoires et des vies brisées.

Et pourtant, au milieu de cette tragédie, une possibilité de changement existe.

L’attention internationale portée à la crise haïtienne, les initiatives régionales et la nécessité de trouver une issue politique et sécuritaire créent une conjoncture que nous devons prendre au sérieux. Ce contexte ne garantit rien. Mais il nous offre une occasion de reprendre l’initiative, à condition de savoir ce que nous voulons et d’avoir le courage d’agir.

C’est maintenant ou jamais.

Il est temps de former un gouvernement capable d’agir

Je veux lancer un appel clair aux responsables politiques, aux forces vives de la nation et, particulièrement, à ceux qui ont aujourd’hui la responsabilité de conduire les affaires de l’État : il est urgent d’engager un dialogue sincère et constructif pour parvenir à la formation d’un gouvernement crédible, compétent et capable de répondre aux besoins du pays.

Haïti ne peut plus se permettre de perdre des mois dans des négociations qui n’aboutissent pas. Chaque journée d’incertitude politique a des conséquences sur la vie de nos concitoyens.

Former un gouvernement ne doit pas devenir une nouvelle bataille pour la répartition des ministères. Nous avons déjà trop souvent commis cette erreur. Le pays a besoin de femmes et d’hommes qui comprennent la gravité de la situation, qui connaissent les réalités du terrain et qui sont prêts à travailler ensemble, au-delà de leurs appartenances politiques.

Il ne s’agit pas de demander à chacun d’abandonner ses convictions. Il s’agit de reconnaître que certaines responsabilités dépassent les intérêts des partis et les ambitions individuelles.

Un gouvernement doit avoir une mission précise, un programme réaliste et des résultats à présenter à la population. Il doit pouvoir rétablir progressivement la sécurité, remettre les institutions au travail, soutenir l’activité économique et préparer des élections crédibles.

Mais surtout, il doit redonner aux Haïtiens une raison de croire que l’État existe encore pour les protéger et les servir.

Nous n’avons pas besoin d’un gouvernement pour occuper des fonctions. Nous avons besoin d’un gouvernement pour accomplir une mission.

Le monde regarde Haïti, mais que faisons-nous de cette attention ?

La crise haïtienne suscite aujourd’hui des préoccupations qui dépassent largement nos frontières. Nos partenaires internationaux reconnaissent les conséquences de l’insécurité et de l’instabilité sur l’ensemble de la région.

Cette attention peut représenter une opportunité diplomatique et stratégique importante.

Cependant, nous devons éviter une erreur fondamentale : croire que les solutions à nos problèmes viendront exclusivement de l’extérieur.

Nos partenaires peuvent apporter des moyens, de l’expertise et un soutien indispensable. Mais ils ne peuvent pas définir à notre place le pays que nous voulons construire.

C’est précisément pourquoi la formation d’un gouvernement solide est si importante. Haïti doit pouvoir présenter une vision nationale cohérente, défendre ses priorités et négocier avec ses partenaires dans le respect de sa souveraineté.

La diplomatie ne doit pas se limiter à solliciter de l’aide. Elle doit servir à obtenir des engagements concrets en matière de sécurité, de coopération économique, d’investissement et de renforcement institutionnel.

Pour cela, il faut une direction politique capable de prendre des décisions et de les assumer.

La sécurité, première condition du retour à la dignité

Nous pouvons parler de développement, d’investissements et d’élections. Mais que valent ces ambitions lorsqu’une mère ne peut pas envoyer son enfant à l’école sans craindre pour sa sécurité ? Lorsqu’un commerçant doit abandonner son entreprise ? Lorsqu’une famille ne peut même plus dormir paisiblement chez elle ?

La sécurité doit être la première responsabilité du gouvernement.

Il faut renforcer la Police nationale d’Haïti, soutenir les institutions judiciaires, mieux coordonner la coopération internationale et rétablir l’autorité de l’État dans les territoires où elle a disparu.

Mais nous devons aussi comprendre que la sécurité durable ne se construit pas uniquement par la force. Elle repose sur une justice qui fonctionne, des institutions respectées, une économie qui offre des possibilités et un État qui combat réellement la corruption et l’impunité.

Le peuple haïtien ne demande pas l’impossible. Il veut pouvoir vivre chez lui, travailler, élever ses enfants et circuler librement dans son propre pays.

Ce sont des droits fondamentaux. Ils ne devraient jamais devenir des privilèges.

La politique doit retrouver son sens

Je crois au dialogue politique. Je crois à la nécessité du compromis lorsque l’intérêt national l’exige. Mais je crois également que le dialogue perd son sens lorsqu’il devient une manière de retarder les décisions.

Nous devons sortir de cette habitude qui consiste à multiplier les rencontres, les déclarations et les accords sans véritable changement dans la vie de la population.

Les responsables politiques doivent se parler, trouver un terrain d’entente et prendre leurs responsabilités.

Cela exige du courage. Parfois, cela suppose de renoncer à une ambition personnelle, d’accepter une proposition venue d’un adversaire ou de reconnaître qu’aucune formation politique ne détient seule toutes les réponses.

Je ne crois pas qu’Haïti ait besoin d’une nouvelle confrontation entre ses dirigeants. Elle a besoin d’une volonté commune de faire fonctionner l’État.

Un accord politique sérieux doit conduire à des décisions, à la formation d’une équipe gouvernementale et à un calendrier d’action transparent.

Le dialogue ne doit pas devenir une fin en soi. Il doit permettre au pays d’avancer.

Nous avons encore les moyens de réussir

Malgré tout ce que nous traversons, je refuse de considérer Haïti comme un pays sans avenir.

Je pense à nos enseignants qui continuent de transmettre leur savoir dans des conditions difficiles. À nos médecins et à nos infirmières qui soignent malgré le manque de moyens. À nos entrepreneurs qui refusent de fermer leurs portes. À nos agriculteurs qui continuent de travailler la terre. À cette jeunesse qui cherche simplement une occasion de faire ses preuves.

Je pense également à notre diaspora, présente dans de nombreux secteurs professionnels à travers le monde, et qui conserve un attachement profond à Haïti.

Toutes ces compétences constituent une richesse nationale. Mais elles ont besoin d’institutions fiables, d’une vision économique et d’un environnement sécuritaire pour contribuer pleinement au développement du pays.

Notre défi n’est donc pas seulement de sortir de la crise actuelle. Il est de reconstruire un État capable de fonctionner au-delà des changements de dirigeants et des alternances politiques.

Cela demande du sérieux, de la continuité et une nouvelle manière d’exercer les responsabilités publiques.

Un appel à la responsabilité nationale

Je m’adresse à tous ceux qui participent, directement ou indirectement, aux décisions concernant l’avenir d’Haïti.

Nous avons suffisamment débattu de la gravité de la crise. Nous savons ce que vivent nos compatriotes. Nous connaissons les conséquences de l’insécurité, de l’instabilité et de l’affaiblissement de nos institutions.

Il est maintenant temps de prendre des décisions.

J’appelle à l’ouverture immédiate de discussions politiques sérieuses, avec un objectif précis : parvenir rapidement à la formation d’un gouvernement capable de conduire une action nationale cohérente, dans le respect du cadre institutionnel et avec des engagements publics.

Ce gouvernement devra être jugé sur ses résultats, et non sur les promesses qui auront accompagné sa formation.

Je souhaite que chacun comprenne la portée de cette responsabilité. Les choix faits aujourd’hui auront des conséquences bien au-delà des intérêts politiques du moment.

En tant qu’Haïtien engagé dans la vie publique, je ne peux pas accepter l’idée que nous soyons condamnés à regarder notre pays se détériorer sans tenter de changer les choses.

Je crois que nous pouvons encore nous entendre sur l’essentiel. Je crois que nous pouvons retrouver le sens du service public. Et je crois surtout que les Haïtiens méritent mieux que cette succession de crises qui leur vole leurs années, leurs possibilités et parfois leur vie.

Nous n’avons pas besoin d’être d’accord sur tout pour commencer à travailler ensemble.

Nous devons simplement accepter que l’avenir d’Haïti compte davantage que nos différences.

C’est maintenant ou jamais

Ce moment historique nous impose une responsabilité que nous ne pouvons plus reporter.

L’attention internationale existe. Les besoins sont connus. Les compétences sont disponibles. Ce qui reste à démontrer, c’est notre volonté collective de prendre les décisions nécessaires.

La formation d’un gouvernement crédible doit être le point de départ d’une action nationale sérieuse. Elle doit permettre de répondre à l’urgence sécuritaire, de restaurer la confiance et de préparer le retour à une vie démocratique normale.

Je ne prétends pas qu’un nouveau gouvernement résoudra du jour au lendemain tous les problèmes d’Haïti. Mais je suis convaincu que l’immobilisme politique ne fera que les aggraver.

Nous devons à nos enfants un pays dans lequel ils pourront grandir sans peur, apprendre, travailler et envisager leur avenir avec confiance.

C’est pour eux, pour les familles déplacées, pour ceux qui continuent de résister malgré les difficultés et pour tous ceux qui espèrent encore, que nous devons agir.

À ceux qui détiennent aujourd’hui une part de responsabilité dans l’avenir du pays, je lance cet appel : mettons-nous autour de la table, trouvons un accord responsable et formons un gouvernement capable de gouverner.

L’histoire retiendra moins nos désaccords que notre capacité, ou notre incapacité, à agir lorsque le pays en avait besoin.

Haïti a déjà trop attendu. C’est maintenant ou jamais.