Nécessité d'émergence d'une nouvelle génération sur l’échiquier politique haïtien

Dix ans après les élections de novembre 2016, auxquelles j’ai assisté et participé en Haïti, j’ai récemment franchi une nouvelle étape dans mon engagement citoyen en m’inscrivant comme électeur afin d’exercer mon droit de vote lors des prochaines échéances électorales.

Par Joslord Elmilus
30 sept. 2026 — Lecture : 4 min.
Nécessité d'émergence d'une nouvelle génération sur l’échiquier politique haïtien

Joslord Elmilus

Dix ans après les élections de novembre 2016, auxquelles j’ai assisté et participé en Haïti, j’ai récemment franchi une nouvelle étape dans mon engagement citoyen en m’inscrivant comme électeur afin d’exercer mon droit de vote lors des prochaines échéances électorales. Pour certains, ce processus peut sembler confus ou inutile, mais pour moi il représente bien plus qu’une simple formalité administrative : il incarne une responsabilité citoyenne et une volonté de contribuer activement à l’édification d’un avenir stable, durable et prospère pour mon pays.

Le 19 août 2026, au Centre d’inscription et de vote du Lycée National Horatius Laventure de Delmas 75, j’ai entrepris cette démarche avec conviction. Pourtant, en observant les données disponibles, j’ai constaté avec stupéfaction que de nombreux jeunes semblent afficher peu d’enthousiasme, voire un profond désintérêt, pour leur participation au processus électoral de 2026, que ce soit en tant qu’électeurs ou candidats. Selon le Conseil Électoral Provisoire, seulement 628 755 électeurs étaient inscrits au 21 septembre 2026, soit à peine plus de 10 % de l’électorat potentiel. Parmi eux, 104 252 jeunes âgés de 18 à 28 ans et 139 426 âgés de 29 à 38 ans se sont enregistrés, des chiffres qui paraissent dérisoires au regard du poids démographique de la jeunesse.

Un rapport du PNUD publié en mai 2026, intitulé « La métamorphose silencieuse : comment la jeunesse réinvente l’avenir d’une nation ? », rappelle que les jeunes représentent 42,8 % de la population totale, soit plus de cinq millions de personnes âgées de 15 à 39 ans. Ces données soulèvent des interrogations majeures : qu’est-ce qui retarde la jeunesse haïtienne dans sa décision de s’inscrire comme électeur ? Les autorités ont-elles réellement mis en place un plan stratégique pour offrir à cette nouvelle génération les moyens nécessaires afin d’émerger sur l’échiquier politique ?

Je ne prétends pas donner de leçons ni corriger les stratégies du CEP, mais en tant que jeune citoyen engagé, manager et promoteur socioculturel, je suis conscient du rôle déterminant des jeunes dans la société, qu’il s’agisse du domaine socioculturel, économique, sportif, religieux ou numérique. Leur capacité de mobilisation dans les activités socioculturelles, sportives, religieuses etc, et leur omniprésence sur les réseaux sociaux démontrent un potentiel riche qui pourrait être exploité dans la vie politique nationale pour stimuler la participation électorale.

Certes, le CEP a organisé des campagnes de sensibilisation et des formations, mais les résultats restent insuffisants. Il est urgent de créer une jonction entre les centres d’intérêts des jeunes et la vie politique afin de favoriser leur engagement, d’abord par l’inscription au registre électoral, puis par une participation active et massive aux prochaines élections. Cela suppose de leur offrir un véritable accès aux espaces de prise de décision publique et de les encourager à s’adonner à l’éducation politique pour comprendre le fonctionnement des institutions, leurs droits et leurs devoirs, et ainsi faire des choix conscients et assumés.

Il est vrai que la méfiance envers les institutions, l’insécurité, les difficultés économiques, les problèmes d’accès aux voies publiques devant les conduire aux centres d’inscription et de vote et la déception face à des élections précédentes qui n’ont pas toujours produit les changements espérés peuvent expliquer ce désengagement de la part de certains jeunes. 

Mais il faut aussi reconnaître que la génération qui avait entre 8 et 14 ans en 2016 est aujourd’hui en âge de voter, et que ceux qui à l’époque avaient entre 15 et 18 ans sont désormais des adultes capables de comprendre et de contribuer aux choix qui engagent l’avenir du pays. Dès lors, il devient nécessaire et important de les encourager et de les inspirer à prendre des initiatives, à se regrouper autour de leurs préoccupations et à faire entendre leurs voix, afin de renforcer le secteur de la jeunesse et de favoriser leur engament à la vie publique et politique du pays. 

Dans cette perspective, les forces vives de la nation – le CEP, les institutions publiques, les médias, la société civile, le secteur privé, les universités, les acteurs culturels et sportifs, les organisations communautaires et les secteurs religieux – doivent contribuer à promouvoir l’éducation civique et politique. En contrepartie, les jeunes d’Haïti et de la diaspora pourront ainsi s’impliquer activement à renforcer la vie démocratique et politique.

Il est temps pour Haïti de sortir de cette longue période d’intérim qui a fragilisé ses institutions, son fonctionnement démocratique ainsi que son image à l’échelle internationale. Le pays a besoin d’un retour à un fonctionnement politique normal, avec des dirigeants légitiment choisis par la population et basé sur des institutions issues des trois pouvoirs de l’État : l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire ainsi que de la structure des collectivités territoriales.

Dix ans après les élections de 2016, nous sommes à une échéance cruciale pour que le secteur de la jeunesse puisse occuper la place qui lui revient sur la scène politique. Car, la jeunesse haïtienne n’est pas seulement l’avenir du pays : elle en est déjà le présent. La balle est désormais dans le camp des instances concernées qui doivent apprendre à créer les conditions permettant à cette génération d’identifier et de saisir les opportunités qui s’offrent à elle, afin d’exercer ses droits et d’accomplir ses devoirs civiques et politiques, et ainsi contribuer à la renaissance d’Haïti.