Les avancées technologiques ont toujours hanté l'humanité. De l'invention de la pierre taillée — qui a bouleversé l'ordre du monde — aux premiers cimetières — qui ont révolutionné le rapport à la nature —, chaque grand tournant a suscité mysticisme et peur d'une atrophie de nos facultés. Au fil du temps, cette socialisation s'opère.
Mais, à l'heure actuelle, l'intelligence artificielle (IA) défie l'entendement au point de nous pousser à déléguer nos capacités à une super-puissance machine. À l'image de l'objet perturbateur dans «Les dieux sont tombés sur la tête », l'IA s'interpose et engendre l'indifférence. Les enjeux se vident de pensée lorsqu'elle est perçue comme une nébuleuse.
Des débats de haut niveau agitent la sphère publique sur la nécessité d'une régulation éthique, tandis que les principaux acteurs s'affrontent autour de risques majeurs inhérents à cette arme à double tranchant.
Y a-t-il encore de place pour la fatalité quand l’IA fait sa course, telle un juge incontrôlable.Nous pouvons pousser plus loin ce questionnement en nous demandant s’il revient à l’IA de penser le développement d’Haïti. Mais il y a lieu de nous référer, du moins, à deux antécédents: Rony Durand (1979), penser le développement, Editions Fardin et Gerard Pierre-Charles (1993), l’Economie haïtienne et sa voie de développement, Henri Deschamps, Port au Prince.272 p
Le professeur Jonel Dilhomme s’intéresse aux enjeux géo-politiques de l’IA et à la nécessité pour Haïti de penser son insertion dans l’écosystème mondial. Le professeur Dilhomme, dans Le Nouvelliste du 19 mai 2026, s’est demandé ce qui suit : “Dans ce contexte global, une question cruciale se pose pour les États fragiles comme Haïti : comment exister dans une révolution technologique que l’on ne contrôle pas” .
Le professeur Edva Altemar avait initié des débats sur l’IA depuis 2018. Il en a fait un briefing en remontant à l’histoire de cette technique en 1950.Les risques d’eclipser les métiers traditionnels de traitement de texte sont évidents.Ce n’est pas du fatalisme même si les machines font la course pour surpasser l’intelligence humaine.Il existe des cas, même isolés, de percées dans cette nouvelle technologie en Haïti.Le professeur Altermar a rapporté : « qu’en février 2018 deux jeunes à la rue du magasin de l’État, qui faisaient fonctionner un petit tracteur actionné à partir d’un smartphone ». Un deuxième cas renvoie à l’exposition au Champ de Mars d’une firme qui expérimentait le parcours spatial des drones transportant de l’eau et quelques autres matériels, a ajouté le professeur Altemar.
Lors de son allocution devant l'Assemblée générale le 22 septembre 2026, Antonio Guterres a situé l'IA et ses enjeux au même niveau que les dossiers majeurs de politique internationale, notamment le changement climatique et les guerres en cours.
La République d’Haïti ne saurait s’effacer des débats actuels sur l’avenir de l’humanité face aux enjeux de la course de l’IA. Les dirigeants devraient faire montre de créativité pour se projeter comme interlocuteurs, au nom du principe d’égalité entre les États. Cela permettrait de négocier un positionnement non préjudiciable devant les avancées spectaculaires de l’IA et les enjeux éthiques qui s’imposent.
En guise de conclusion, nous voudrions paraphraser Aldy Castor qui affirme: « Haïti ne manque ni de créativité, ni d’engagement. Il lui faut désormais une stratégie, une alliance et un cap. Et l’intelligence artificielle, bien encadrée, peut en faire partie ».
Repères bibliographiques
Edva Altemar (2018) Intelligence artificielle, où en est-on en Haïti ?(le Nouvelliste, 4 avril 2018)
Aldy Castor (2025), “L’intelligence artificielle en Haïti : de l’empire global à l’innovation locale”, in Le National du 25 juin 2025
Jonel Dilhomme (2026), “Intelligence artificielle et États fragiles : quel cap pour Haïti face à une révolution hors de contrôle ? Le Nouvelliste, 19 mai 2026
