Vu de l’extérieur, la crise haïtienne apparaît comme une anarchie incontrôlable, mais en réalité, elle reflète l'institutionnalisation d'un chaos et d’un système politique hautement fonctionnel pour une poignée d'acteurs : des gangs, des oligarques, des leaders politiques et des opérateurs internationaux, Dans ce système de prédation, la violence demeure le principal outil de régulation qui fragilise les institutions et les fondements de l’État de droit.
De massacre en massacre, la terreur comme mode de gouvernance :
L’aspect le plus tragique de cette gouvernance de violence constitue les massacres tragiques perpétrés par des gangs sur la population. Le dernier en date a fait plus de 160 victimes selon des organismes de Droits humains dont le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH). Cette violence tire son origine dans le recrutement des jeunes des quartiers populaires par des acteurs économiques et politiques respectivement, pour sécuriser les circuits de l’économie criminelle et appuyer des opérations électorales, et finalement peut-être, pour des objectifs internationaux non encore apparents. Au fil des ans, ils ont acquis des pans entiers de territoire et une puissance de feu dissuasive, leur permettant de dépasser le mercenariat au service d’un patron et de s’ériger comme de véritables acteurs politiques, économiques et territoriaux autonomes.
Une paix durable implique un solide accompagnement judiciaire allant au-delà des actions armées contre les gangs pour pouvoir remonter jusqu'aux commanditaires. Malheureusement la justice vient donner les preuves de son incapacité avec le transfert aux États-Unis des inculpes dans le dossier d’assassinat de Jovenel Moïse ce dimanche 20 septembre. D’autre part, l’actuel PM a tout manigancé pour révoquer l’ex chef de police, Normil Rameau, qui a effectué la plus grande saisie de drogue dans l’histoire du pays en 2025. C’est le sabotage de la police pour la stabilisation du chaos.
L'oligarchie et l’économie criminelle :
Le Centre pour la libre entreprise et la démocratie (CLED) fut l’une des dernières grandes initiatives du secteur privé sur le développement au début des années 2000. Le CLED avait l’habitude d’organiser de grandes activités de réflexion dont un forum sur la compétitivité et l’Investissement avec la participation de personnalités comme l’ex président Leonel Fernandez et l’économiste péruvien Hernando de Soto. Aussi, doit-on rappeler une campagne du PDG de l’UNIBANK, Carl Braun en faveur d’une révolution de la croissance à l’époque. Après cette période, les idéaux de croissance et de développement ont fui les cercles de réflexion du secteur privé pour s’enfermer dans un Capitalisme de connivences et de prédation.
L’économie criminelle est le résultat de la maturation de ce capitalisme non producteur de richesses durant ces 20 dernières années. Et pourtant, étonnamment, les membres du secteur privé associés à ce chaos sont absents des rapports des organismes de droits humains, de lutte contre la corruption, des dossiers de presse et des discours des partis politiques, etc. Le groupe « Makaya », récemment créé, a suscité l’immense espoir d’un changement de comportement de cette oligarchie. L’utilisation du vocable « Makaya: esclave révolutionnaire et divinité dans le vaudou », était perçue comme un rejet du Bovarysme traditionnel et une appropriation des valeurs du pays profond de cette élite. Malheureusement, c’est sans compter avec le génie malicieux des grands noms de ce secteur, leur reflexe reste figé dans la prédation comme unique mode d’accumulation de richesses.
La Gouvernance de chaos:
Avec le support de l’oligarchie et des Américains, le Premier ministre concentra le pouvoir entre ses mains après le 7 février 2026. Cette démarche n’avait inspiré aucun espoir quant à une quelconque amélioration de la situation. D’ailleurs, il avait été révoqué par le conseil présidentiel de Transition pour son incapacité à combattre la violence et pour la signature de contrats opaques dont celui du recrutement des mercenaires estimés à des centaines de millions de dollars. L’intérêt de garder le PM comme seul maitre à bord visait exclusivement à protéger le contrat improductif des mercenaires dont Erik Prince en est le patron.
Parler d’élection dans ce vaste désordre où plus de 40 % du territoire est contrôlé par des gangs est une stratégie claire pour se perpétuer au pouvoir, maintenir le contrat d’Erik Prince servant de caution à ce pouvoir auprès de Washington et normaliser le chaos comme l’avait mentionné Roberto Alvarez, l’ex Chancelier Dominicain auprès du Conseil de Sécurité des Nations unies en juillet 2025.
L'aveuglement de la communauté internationale
Face à ce drame humanitaire et politique, la communauté internationale, sous la coupole de Washington, fait preuve d'une cécité diplomatique dramatique en soutenant un pouvoir oligarchique et vise essentiellement une stabilité de façade, quitte à fermer les yeux sur la légitimité douteuse du pouvoir, et ses connivences avec les architectes financiers de ce chaos. Dans ce cadre, l’affirmation selon laquelle certains acteurs internationaux auraient corrompu des responsables pour des contrats doit être étayée par des enquêtes. La mission onusienne est souvent dénoncée par des acteurs politiques pour ses liens avec des cercles traditionnels du pouvoir en Haïti au-delà de leur fonction diplomatique.
La communauté internationale doit employer une vigilance accrue sur ses operateurs en Haïti qui présentent toujours les réalités en fonction de leurs connivences avec des acteurs locaux, spécialement les résultats des élections. Les joutes de 2010 pour lesquelles un candidat gagnant au premier tour a été obligé de céder sa place à un perdant ce sur injonction internationale constitue un exemple concret.
Conclusion
Il est impératif de rompre l'alliance toxique entre l'État, les oligarques et les gangs. Cela implique une justice transitionnelle intraitable, l'assainissement du système financier, et l'arrêt du soutien diplomatique aveugle au régime du PM Fils Aime. Sans un sursaut éthique et une souveraineté réaffirmée, Haïti restera enfermée dans cette gouvernance de chaos.
