« Vers la gratuité de l’enseignement de base»

« Vers la gratuité de l’enseignement de base avec un cadre de partenariat public-privé s’appuyant sur un programme de subvention ».

Par Yves ROBLIN
02 sept. 2026 — Lecture : 9 min.
« Vers la gratuité de l’enseignement de base»

En route vers l'école

En marge de la rentrée scolaire (2026-2027), je solidarise avec toutes les écoles de kenscoff dont les portes sont fermées à la suite des attaques perpétrées par des bandits armés sur la commune où plus d’une cinquantaine d’innocents ont perdu la vie. Et comme dit le chansonnier « où sont passées les Nations-Unies où sont passés nos commissariats ! ». Ce carnage de plus, pour quelle motivation ! Et l’Eglise, dernier rempart de la société, dans tout cela, pourquoi ce silence ! Un silence de cimetière.  Et que l’âme des de cujus repose en paix.

Nonobstant  des crises récurrentes qu’a connues le pays, nous autres planificateurs de l’éducation, nous ne cesserons de cogiter  sur l’importance de la gouvernance des données aux fins de  montage  de grandes politiques publiques relatives à  l’amélioration de la qualité de vie de la population et que ça  doit passer ipso facto par la gratuité de l’enseignement de base ou l’ancien primaire et une allocation aux familles vivant dans des poches de pauvreté  par une discrimination inversée selon le modèle  brésilien de « Bolsa familia ».

Faut-il bien se souvenir que bien avant la Conférence de Jomtien en Thaïlande en 1990 sur l’éducation et l’alphabétisation, dans le Royaume du Nord d’Haïti (1807-1820) sous Henri Christophe, la gratuité de l’enseignement était effective au point même que le Royal Dahomey procédait à l’interpellation des parents qui n’emmènent pas leurs progénitures à l’école. Selon des historiens haïtiens Fouchard et Manigat, Christophe a travaillé le marbre et l’humain pour parler de grandes constructions et de vastes campagnes d’alphabétisation. Et ses apologistes ont regretté que Christophe n’ait pas gouverné le pays tout entier, rapporte le professeur Victor Benoit, l’ex-ministre de l’éducation.

Et j’en profite pour dire qu’on ne doit pas voir le problème du pays en aval seulement avec le pullulement des gangs armés et la non- réalisation des élections mais aussi en amont en raison de nombreux besoins essentiels dont le droit à l’éducation non encore satisfaits. Puis l’on comprend facilement que l’analyse devant être systémique puisque les phénomènes sont globaux totaux dans la conception du sociologue franco-russe, George Gurvitch.

En regard du Plan Décennal d’Education et de Formation (2020-2030), tous les enfants de la tranche d’âge (6-11 ans) doivent avoir une place assise à l’école de façon gratuite et obligatoire. Et d’ailleurs, quels que soient le genre, le handicap et les couches sociales de l’apprenant. Cet output est en congruence avec le Cadre d’action de Dakar 2000 de l’UNESCO et la Déclaration d’Incheon en Corée du Sud de 2015 ainsi qu’avec l’ODD4 de la feuille de route, issue du Congrès de new York de la même année. 

Le droit à l’éducation !

Le droit à l’éducation s’inscrit en ligne droite des efforts nationaux pour accroitre l’accès de tous les enfants à un enseignement de qualité. Il est consacré dans l’article 26 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen du 10 Décembre 1948 et de la Constitution haïtienne de 1987 amendée dans son article 32.1 mettant l’accent sur la gratuité de l’enseignement de base ainsi que d’autres instruments internationaux auxquels a adhéré Haïti comme la Convention relative aux droits de l’enfant, ratifiée par le Parlement haïtien en novembre 1994.

Quid de la Scolarisation universelle ?

C’est une expression utilisée dans les assises internationales correspondant au cycle primaire où   tous les enfants en âge d’admission devraient avoir une place assise à l’école. Le taux net de scolarisation ou la population scolarisée est donc un indicateur fiable pour suivre les progrès de l’Etat vers cet objectif.

Une offre publique   de 25% par rapport à la demande sociale !

Le diagnostic du système éducatif indique que 25% d’enfants sont scolarisés dans le Public au niveau de l’enseignement de base soit 624.105 élèves des écoles nationales qui sont des heureux bénéficiaires de la gratuité.  Le Ministère de l’éducation compte passer de 25% de l’année de base To de la Planification (2020) à 90% à l’horizon temporel 2030 hormis des crises récurrentes. 

Croisement des données démographiques et scolaires

Rappelons que la population du pays avoisine les douze (12) millions d’habitants dont trois (3) millions d’élèves de l’Ecole fondamentale (1er et 2e cycles) pour un taux net de scolarisation de 88%, figuré dans le plan d’éducation. Cette performance est due grâce aux efforts des familles, aidées de la Diaspora qui déverse plus de trois (3) milliards de dollars dans l’économie haïtienne selon les économistes du pays dont Enomy Germain et Eddy Labossiere, destinés à la consommation et a l’éducation.  

 Il est à remarquer que les données de la population scolarisable (0-5 ans), issues du recensement général de la population sont accolées avec celles des écoles aux fins de calcul des taux comme des taux d’admission en première année d’études, des taux bruts et nets de scolarisation. 

Ces données agrégées et désagrégées vont permettre au Ministère de l’Education de faire de meilleures allocations de ressource particulièrement au niveau des Directions Départementales d’Education (DDE).

Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI)

L’IHSI via le Ministère de l’Economie et des Finances a déjà envisagé un scenario pour l’achèvement du 5eme recensement général de la population et de l’habitat. Hormis l’extrapolation des tendances passées ou la projection, point d’orgue des statistiques, les pouvoirs publics ont besoin des données valides et opportunes pour la prise de décision en termes d’amélioration de la qualité de vie des citoyens et des citoyennes du pays. Cela s’inscrit dans une démarche de politique de rétention des compatriotes pour ne pas augmenter le nombre de migrants en Amérique latine et surtout aux USA.

Pas de zones de non-droit comme Matissant.

Tenant compte des zones criminogènes et de la pauvreté abjecte, la seule planche de salut du pays, c’est d’investir davantage dans l’éducation par un choix judicieux dans le cadre de l’analyse coût-bénéfice. Pour que plus tard c’est-à-dire dans 15 à 20 ans, en raison de grandes politiques publiques en matière de services de base, nous n’ayons pas comme aujourd’hui des zones considérées comme la vallée de l’ombre de la mort dont décrivent les Saintes Ecritures. Telles que Matissant, Canaan, Croix-des-Bouquets et Seguin voire une insécurité grandissante comme phénomène social marqué par des cas de kidnapping et d’assassinats.

Des ressources publiques au profit de l’offre scolaire.

Le Trésor Public doit prendre en charge la question de l’accès des enfants à l’école avec une politique malthusienne visant la réduction des naissances avec le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) ainsi que la question de carte scolaire avec son principe cardinal « pas de demande potentielle d’éducation, pas d’implantation d’école » aux fins d’optimisation de ressources. Tout en pensant à des solutions à géométrie variable pour dire, il faut fixer les enfants dans des écoles de leur zone respective pour parler d’écoles de proximité. Par exemple, vous habitez Carrefour, vous étudiez dans un établissement de Carrefour. Delmas, Pétion-Ville idem. Port-au-Prince, Croix-des Bouquets, ibid. ainsi que les autres villes de province, ibidem. La gestion de proximité oblige.

2% sur la masse salariale au profit de la scolarisation universelle des enfants

Les planificateurs de l’éducation doivent cibler d’autres sources de financement tout en proposant de prélever un quantum de taxes sur l’alcool, la cigarette et le voyage d’agrément. Aussi peut-on penser à un droit de péage sur les nouvelles routes. Et sur la masse salariale de l’administration, 2% est à déduire. Sur le secteur porteur comme la téléphonie, les pouvoirs publics peuvent repenser les contrats originels de type léonin au profit de l’éducation de base.

Annulation de la dette externe

 Et pourquoi ne pas solliciter auprès des bailleurs l’annulation de la dette externe du pays s’évaluant à 2.6 milliards de dollars US comme ceux de Petro-caribe du Venezuela. Et que le poste budgétaire dédié au paiement de cette dette soit canalisé vers le financement des projets visant la scolarisation de tous les enfants en âge scolaire selon les résolutions des différentes assises sur l’éducation auxquelles avaient pris part diverses délégations du pays. 

Selon l’approche-programme préconisé par les partenaires techniques et financiers comme la Banque Mondiale et l’UNESCO, les pouvoirs publics   peuvent en profiter pour imprimer une nouvelle orientation au financement de l’éducation en Haïti à l’échelle mondiale visant entre autres à l’atteinte de l’objectif de l’accès, de la qualité de l’enseignement comme axes d’intervention du nouveau Plan d’éducation. 

Par rapport à ce plan, il est question à ce que les décideurs mobilisent davantage de ressources (4% du PIB ou plus de 20% du budget) vers l’augmentation de l’offre scolaire tout en assurant un enseignement de qualité aux élèves voire une meilleure adéquation entre l’offre de formation professionnelle et la demande du marché de travail avec une bonne dose d’entrepreneuriat. 

Dans la même veine, les divers dons et prêts de l’accord bi/multilatéral seront spécifiquement mobilisés vers l’autre volet de la scolarisation universelle qu’est la qualification des maitres. Et que l’Etat maintienne la même part allouée du budget des années antérieures vers la qualité de l’enseignement en raison du cadre aléatoire de l’aide.

 Un taux de qualification des enseignants d’environ 35%

Quant aux enseignants de l’école de base, le taux de qualification s’estime à environ 35%. Nous voulons passer à quelques 70% à un horizon pas trop lointain. Grâce à des mesures compensatoires comme le renforcement de l’inspection scolaire, la passation automatique, l’évaluation formative. Le système éducatif connaitra une meilleure efficacité interne ainsi la cohorte scolaire entrant en 1ere année d’études ne peinera pas pour atteindre le taux d’achèvement comme la dernière classe ou la 6eme année, comme taux de survie ou espérance de vie scolaire. 

Il faut dire que la tendance qui se dessine au Ministère depuis  la rénovation du secondaire en septembre 2007 sous le Ministre Gabriel Bien-Aimé, c’est qu’on veut passer de la pédagogie de l’échec à la pédagogie de la réussite avec la formation  initiale et continue des maitres y compris la formation en cours d’emploi, la dotation des écoles en manuel scolaire, en cantine ainsi qu’une bonne dose d’éducation à  la citoyenneté voire de technologies de l’Information et de la communication à  l’ère de la révolution cybernétique, marquée par les avancées de l’Intelligence Artificielle.

De la bonne gouvernance publique.

Tout ceci requiert un dénouement heureux à la crise multidimensionnelle qu’a connue le pays et est perçue encore comme un irritant à toute mise en œuvre de politiques publiques. Aussi doit-on développer des mécanismes pour que le pays se dote d’un Exécutif qui exécute tout en respectant le temps électoral pour ainsi dire en organisant des élections à temps, d’un  Parlement qui parlemente en votant des lois d’intérêt public, d’un  Judiciaire qui rende la justice dans un esprit d’équité, pas d’instrumentalisation, des Forces de sécurité qui  assurent la sécurité  dans la ville en traquant les bandits armés  ainsi qu’une Administration qui administre en se démarquant des opérations marginales pour parler de la corruption qui a  décrédibilisé les institutions haïtiennes aux yeux de l’Internationale. 

Des problèmes à résoudre par les Pouvoirs publics en Haïti.

Dans la même veine, je m’inscris dans la conception de l’école de Palo Alto qui voit le patient dans toute sa globalité pour parler de la psychothérapie. Si on veut développer l’éducation au point de vue quantitatif et qualitatif, il faut s’inspirer non seulement des modèles étrangers de systèmes efficaces d’éducation suivant le PISA comme la Finlande, le Japon, le Canada et la Taiwan. Mais aussi des stratégies à adopter par rapport à l’amélioration de la qualité de vie de la population tout en décelant cinq (5) problèmes à résoudre de façon gradualiste savoir : les problèmes de l’insuffisance alimentaire, du logement, de la gratuité, de l’enseignement, de la santé, la modernisation du transport en commun, considérés comme fondamentaux des droits humains.

En guise de conclusion

L’atteinte de la scolarisation universelle de tous les enfants en âge scolaire du pays aura des retombées notables sur le plan politique, social et économique pour parler de la rentabilité de l’école. Et par ricochet, la diminution des tensions sociales et la réduction de la pauvreté des familles dans les grandes villes. Tenant compte des programmes-projets du plan d’éducation, l’Etat central en lien avec le pouvoir local va augmenter la part du PIB consacrée à l’éducation et créer un climat stable pour la modernité et la croissance.  

  Enquête scolaire du Ministère de l’éducation (2025-2026). 

Yves ROBLIN, Diplômé de l’Institut International de Planification de l’Education de Paris de l’Ecole Normale Supérieure de P-au-P, de la Fac de Droit et des Sciences Economiques, Auteur : « Un 20e siècle, riche en évènements et en inventions : le cas d’Haiti.    

roblinyves@yahoo.fr