Tandis que les gangs continuent à semer la terreur dans la région métropolitaine – je fais bien entendu référence au terrible massacre qui a eu lieu dans la nuit du 23 au 24 août dernier à Kenscoff – notre « grand voisin », lui, ne badine pas avec les expulsions massives de nos compatriotes vivant sur son territoire. Et dans quelles conditions ! De passage chez un ami, il y a quelques semaines, j’apprenais à ma grande stupéfaction que certains Haïtiens, en raison de la fin de leur statut de protection temporaire (TPS), devaient désormais porter un bracelet électronique. Un arsenal supplémentaire dans la stigmatisation de l’Haïtien. Après tous les infames propos tenus par le président américain, après toutes les mesures prises par son administration, après la révocation du TPS, après les agissements odieux de la police de l’immigration (ICE), une nouvelle étape a été franchie dans la chasse aux Haïtiens. Pourtant, devrions-nous être véritablement surpris de cette énième manœuvre de notre « grand voisin » ? La messe était dite dès le départ ! Nous sommes l’une des cibles de cette administration qui, inexorablement, tente d’épurer sa société de tous les « étrangers indésirables ». J’utilise volontairement le terme d’épuration, car il s’agit bien de cela : une épuration.
Comme nous l’avons tous constaté, cette administration, raciste et suprémaciste, flirte éhontément avec le fascisme. Elle utilise des méthodes d’action qui rappellent les heures les plus sombres de l’histoire de l’humanité. Un peu ironique, quand même, pour un pays qui se prétendait être le protecteur du « monde libre », non ? D’ailleurs, ce glissement est-il véritablement surprenant ? Les Etats-Unis se sont construits sur un clivage alimentant le racisme saupoudré de la haine de l’autre. Une partie de la population américaine est ainsi imprégnée de cette idéologie abjecte. L’émancipation sociale des Afro-Américains et des Afro-Américaines à travers la lutte pour les droits civiques n’a pas effacé la mentalité rétrograde de certains. Celle-ci était au contraire toujours présente dans cette société fracturée. L’actuelle administration américaine ne fait que déblayer un boulevard pour permettre à cette pensée de s’exprimer sans retenue et se manifester dans toute sa hideuse splendeur.
En irriguant sa politique d’une idéologie raciste, le gouvernement américain déshumanise l’Haïtien. Il le dénigre, le rabaisse, et le dévalue. Il lui enlève toute son humanité. L’Haïtien n’est plus considéré comme un être humain, mais comme une chose sans aucune valeur. En d’autres termes, le gouvernement américain ne fait que proclamer avec force la pensée malsaine que les hommes ne sont pas égaux, et, par là même, justifier les scandaleuses méthodes employées pour expulser les Haïtiens. Nous sommes, sans nul doute, revenus aux heures les plus sombres que ce monde ait connues.
Cependant, – et c’est là que le bât blesse – cette déshumanisation de l’Haïtien est saisissante également au sein même des frontières d’Haïti. Dans son propre pays, l’Haïtien perd de sa valeur, il est traité avec mépris par ses propres dirigeants. Sa vie et sa dignité n’ont aucune espèce d’importance. Il ne bénéficie d’aucune véritable protection contre les assauts des gangs qui, malheureusement, ne semblent reculer devant rien. Il est le prisonnier d’une situation complexe dont nous ignorons, pour l’heure, l’identité exacte de tous les instigateurs de l’instabilité politique et économique.
Cette déshumanisation de l’Haïtien nous pousse dès lors à nous poser une question. Y a-t-il une réelle envie que ce pays change ? Les Etats-Unis, comme nos dirigeants, privilégient l’instabilité pour asseoir une domination sur des êtres dénués de visage. L’aide de notre « grand voisin » n’est qu’une farce, nous le savons tous. Elle n’a vocation qu’à servir ses seuls intérêts perfides au détriment d’une population à l’agonie. Ah ! néo-colonialisme quand tu nous tiens ! Si le gouvernement américain parvient à traiter de la sorte des immigrés, c’est tout bonnement parce que rien n’a changé depuis des siècles. Nous avons cru obtenir notre indépendance, mais, en réalité, il n’en était rien. Le colon n’a fait qu’enlever son masque pour en mettre un autre plus sournois. Les heures les plus sombres de l’humanité planent toujours au-dessus de nos têtes…
