Devenir Médecin : protéger l’humanité des soins à l’ère de l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle(IA) occupe une place grandissante dans pratiquement tous les domaines.

Devenir Médecin : protéger l’humanité des soins à l’ère de l’intelligence artificielle

Médecin avec un patient
Photo : DC Studio Magnific

L’intelligence artificielle(IA) occupe une place grandissante dans pratiquement tous les domaines. Il est donc crucial de prévenir les effets néfastes qu’elle pourrait avoir sur la prestation des services de santé. Pour ce faire, nous devons développer de nouvelles approches en ce qui concerne la manière de former le personnel qui va inévitablement nous remplacer et qui devra prendre soin de nous.

Nous savions déjà que le personnel médical constituait l’épine dorsale du système de soins. Toutefois, avec la révolution technologique, nous voyons bien que la tendance est à remplacer les humains par des machines, alors qu’il est impossible d’inverser l’importance de la chaleur humaine dans la production des soins de santé.

La médecine est en constante évolution depuis l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui. Bien que les avancées technologiques telles que l’intelligence artificielle jouent un rôle crucial dans le diagnostic des maladies, la recherche, la télémédecine et l’automatisation des tâches, il est crucial de ne pas sous-estimer l’importance de la main humaine dans la fourniture des soins de santé. L’observation, l’inspection, la palpation et l’auscultation sont nécessaires pour établir un lien avec le patient. Ces techniques produisent toujours les mêmes vibrations, ce qui est favorable aux patients. Bien que l’intelligence artificielle soit utile, elle ne remplacera jamais complètement la main humaine, sachant que le contact humain, le jugement clinique et l’empathie demeurent fondamentaux.

Face à la tendance qui consiste à donner toutes les responsabilités à la machine, on doit adapter les curricula de formation des prestataires. Dans ce texte, nous revenons sur les premiers moments de la formation des professionnels de la santé, à l’époque où la spiritualité en faisait encore partie. Ensuite, nous avons tenté de comprendre à travers les symboles, le mysticisme dans la médecine. Finalement, nous avons présenté des idées sur l’importance de l’intelligence émotionnelle dans la pratique actuelle de la médecine.

Une interprétation subjective de l’évolution de la formation médicale à travers les âges.

Devenir Dieu est le titre de l’un de mes livres de chevet, dans lequel, l’auteur, Bernard Bro souligne que celui ou celle qui connait Dieu, possède par cette connaissance tout ce qui existe en fait de biens; et il existe entre son âme et Dieu une compénétration mutuelle, Dieu venant en l’âme et l’âme se transportant en Dieu capable de pousser celui-là à faire le bien(1). L’homme a du mal à accepter qu’il ne peut être que lui-même. Partout, il réalise un jour qu’il n’en peut plus d’être simplement un homme, poursuit le professeur Bro. L’homme est limité dans ses conditions naturelles, peut-être doté d’une intelligence infinie qui lui confère une puissance de désir insatiable, le poussant à s’élever toujours plus haut par ses créations et ses inventions, ou à améliorer le bien-être de ses semblables. Quand l’homme agit dans le sens du bien-être de ses semblables et pour parfaire la création, c’est la main de Dieu qui agit (Saint Ambroise, 330-397).

La Bible dit que Dieu a créé l’être humain à son image et à sa ressemblance (Genèse 1:17). Au personnel médical, Dieu a donné exclusivement l’intelligence nécessaire pour réparer cette œuvre parfaite. En effet, « Soigner est un don de soi. Il demande souvent une générosité qui peut être sans limites. Le précepte de l’amour du prochain, notamment de l’amour du pauvre, s’est exprimé tout naturellement dans le soin du blessé, du malade, du miséreux, du prisonnier, et du lépreux.. »nous dit Durand et ses collaborateurs(2). L’intelligence émotionnelle du médecin crée déjà l’espoir d’une guérison chez son patient. Mon regretté professeur de pharmacologie, le Dr Lambert, nous disait : « Le patient qui avale une capsule de médicament avale aussi celui qui l’a prescrite ».

Dans le livre de Bro, il souligne que, chez les Grecs, le désir de devenir Dieu suscita deux réflexions contraires : soit ce désir est une folie, et on doit donc le calmer, soit il exprime le plus profond de nous-mêmes, et on doit donc lui donner carrière, mais en le dirigeant(1). Le sens de l’intelligence émotionnelle est crucial pour la carrière d’un médecin ou d’une infirmière. Cette intelligence se définit en la capacité à reconnaître nos propres sentiments et ceux des autres, à nous motiver et à bien gérer les émotions en nous et dans nos relations(3). Tout en faisant aussi du professionnel un être de compassion, encourager  chez lui le développement de ce sens et le diriger devient une priorité.

Je suivais un cours en ligne, avant de commencer le module ce jour-là, le professeur demanda à chaque étudiant international de présenter brièvement la perception du médecin par la population de son pays d’origine. Le premier a brisé la glace, arguant que, dans mon pays Haïti, on prend le médecin pour un dieu. Curieusement, plus de 70 % des étudiants présents à ce cours en étaient du même avis.

La devise fondamentale qui caractérise un médecin ou une infirmière est le respect de la dignité de la personne humaine. Elle est aussi, de ce précepte du respect de la vie qui n’a pas été compris que négativement (s’abstenir de tuer, de mutiler, de nuire), mais positivement : soigner, panser, accompagner. Et plus largement encore : assurer lit, nourriture, confort, bien-être(2). Ce sont tous des gestes d’amour qui portent un personnel de soins au plus haut sommet  de son humanité. Dans l’amour du prochain, Dieu grandit en l’homme et le hisse jusqu’à lui, nous dit Monseigneur RoBert Sarah (4)

En Rome antique, la médecine ne faisait pas de distinction avec le sacré. En effet, les médecins étaient également formés aux rituels religieux et plaçaient leurs gestes sous la protection des dieux(2). Le symbole Rx sur les tampons des prescriptions médicales garde une empreinte culturelle forte, un témoignage du lien historique entre médecine, pouvoir et spiritualité. En effet, il était une invocation au dieu Jupiter, s’adressant au malade : « Prenez ceci sous la protection de Jupiter, que le mal recule et que le souffle de la vie soit restauré »(5).

D’autres prétendent que le Rx a en fait évolué à partir de l’œil d’Horus, le fils de deux des principaux dieux de la mythologie égyptienne. Il était associé au pouvoir de guérison et porté comme une amulette pour assurer une bonne santé et empêcher la maladie(6).

En Haïti, on peut voir des caducées sur les parebrises des voitures des médecins, dans les enseignes des cliniques et sur les murs des centres de santé. En eux, soit l’un, attribut d’Hermès le messager des dieux, montre deux ailes, un bâton autour duquel s’enroulent 2 serpents ou l’autre appelé bâton du dieu Asclépios enroulé d’un serpent. Les 2 ailes font allusion à l’éloquence, à la connaissance et à l’harmonie dans le chaos ; le serpent fait référence à la prudence, au savoir caché, à l’ambivalence et aux forces souterraines ; le bâton fait référence à la quête du savoir médical, à l’universalité, au lien vertical entre le ciel et la terre(7, 8).

Le Corpus Hippocraticum et le serment d’Hippocrate décrivent le médecin idéal : le médecin devrait être affable et modeste tout en étant fiable. Il ne doit pas manquer de connaissances tout en étant humble; il devrait prendre soin du riche et du pauvre, de l’esclave et de l’homme libre. De plus, si on lui offre une certaine compensation, qu’il l’accepte. Si on ne lui offre rien, qu’il ne le requiert pas parce qu’aucun montant ne peut équivaloir au bénéfice acquis(2).

Contexte de l’intelligence émotionnelle (IE)

Aujourd’hui, la science médicale et la formation des prestataires de soins revêtent un caractère plutôt scientifique. L’avènement de l’ IA dans le domaine de la santé transforme profondément les pratiques médicales et infirmières. Les technologies intelligentes, telles que les systèmes de diagnostic assistés, les algorithmes prédictifs ou les robots de soins, améliorent considérablement la précision des diagnostics, la gestion des données et la rapidité des interventions(9). Toutefois, cette révolution croissante soulève un enjeu fondamental : comment préserver l’humanité des soins dans un environnement où la machine occupe une place centrale ?

En outre, l’omniprésence de l’intelligence artificielle peut engendrer un risque de déshumanisation des soins, en réduisant la place accordée à la subjectivité et aux interactions empathiques. Pour contrer cela, les compétences émotionnelles deviennent une force d’équilibre, un complément essentiel à l’IA : là où la machine calcule, l’humain ressent, interprète, accompagne(10).

Dans ce contexte, l’intelligence émotionnelle devient une compétence essentielle pour le personnel soignant. Contrairement aux compétences techniques de l’intelligence artificielle, l’IE met en œuvre des aptitudes distinctement humaines, telles que l’empathie, la régulation émotionnelle, l’écoute attentive et la qualité des relations interpersonnelles(3). Ces dimensions se situent au cœur de l’expérience de soins vécue par la communauté médicale, particulièrement en contexte de vulnérabilité, de douleur ou de fin de vie.

Les soins de santé ne se réduisent pas à des protocoles. Ils sont ancrés dans des relations de confiance et des interactions émotionnelles. L’intelligence émotionnelle permet au personnel soignant de s’adapter aux complexités de ces dynamiques : un médecin qui sait déchiffrer les émotions non verbales de son patient pourra mieux adapter sa communication, aussi bien qu’une infirmière qui maîtrise ses émotions dans les situations stressantes pourra maintenir une présence rassurante(11, 12).

L’intelligence émotionnelle aide le professionnel à faire face à la surcharge informationnelle, à gérer son propre stress dans un système numérique exigeant et à prévenir l’épuisement professionnel. Elle contribue donc au bien-être au travail, à la qualité de vie du personnel soignant, et par extension à la qualité des soins(13).

Nous savions représenter le Ministère de la santé publique au concours pour le recrutement des résidents de l’hôpital universitaire de Mirebalais. Dans l’entrevue, on cherchait surtout à scruter chez les étudiants le sens de la compassion (kè sansib), s’ils cultivent l’intelligence émotionnelle. Les grèves habituelles, justifiées ou non, dans nos hôpitaux universitaires avaient surtout motivé notre attitude. Nous désirions regarder dans leurs cœurs, s’ils pouvaient saisir le sens des cellules d’urgence, quand elles sont des cellules fantômes. Nous voulions voir s’ils pouvaient ressentir la détresse d’une mère ayant perdu son enfant asthmatique parce que les portes de l’hôpital étaient fermées ce jour-là. Nous voulions voir s’ils pouvaient comprendre la frustration d’un mari ayant perdu sa femme parce qu’il n’avait pas pu collecter le minimum requis pour accéder à un hôpital privé.

Généralement, nous ne conduisons pas de recherches sur les impacts des arrêts de travail répétés. Dans un pays où la santé n’est pas prioritaire pour les gouvernements, celles-ci importent peu. Notons que la moyenne des budgets de santé avoisine 5 % dans les lois de finances, sauf en 2003, pour la première fois, la part attribuée à la santé était de 18%. 

De toute manière, la nature de l’intelligence artificielle est computationnelle, mimétique et évolutive. La nature humaine consiste à aimer. S’il est deux attitudes morales qu’exige notre époque, ce sont précisément celles-là: la retenue et la compassion(14). Dans un environnement ténébreux où, chaque minute de sa vie est renouvelable, certains croient qu’exercer la médecine  en Haïti constitue un sacerdoce, le personnel est un prêtre ; car il soigne parfois même ses assassins. La machine est ce qu’elle est, faite de matière synthétique qui le prive de la possibilité de sentir et d’aimer. La matière du médecin ou de l’infirmière relève plutôt d’une connaturalité avec l’humain, sauf qu’elle doit émaner de ces potentiels de l’intelligence émotionnelle qui se sont révélés être le cœur du soin : la conscience de soi, la maîtrise de soi, la motivation nécessaire, l’empathie, les compétences sociales(3).

Dans une atmosphère un peu sordide des centres de santé et hôpitaux universitaires encore fonctionnels, de certaines communes du département de l’ouest, le professionnel fait des miracles avec les moyens du bord; il s’acharne à sauver la vie même de ceux qui empoisonnent son existence. Et, où l’esprit des confrères et consœurs assassinés restera vivant, pour y avoir atteint le plus haut sommet de leur humanité,  pour y avoir fait de leur vie et de leur amour pour la vie un bouquet de services.

Une anecdote africaine raconte l’histoire d’un scorpion qui piqua la grenouille qui la prendra sur son dos pour l’aider à traverser un fleuve. Au milieu de l’eau, la grenouille sentit la brûlure d’une piqûre et le poison engourdir ses membres. — Tu vois, tu m’as piquée, et je vais mourir, dit-elle !— Je sais, répondit le scorpion. Je suis désolé, mais on n’échappe pas à sa nature ! Et les deux disparurent dans les profondeurs de l’eau.

Définition des principales composantes de l’intelligence émotionnelle

1. La conscience de soi (self-awareness) consiste en la faculté de reconnaître et de comprendre ses propres émotions, ses déclencheurs émotionnels, ainsi que l’impact de ces émotions sur ses pensées, comportements et décisions. Ainsi Goleman la définit comme « la capacité à surveiller ses propres émotions, à les reconnaître avec précision et à comprendre leur impact »(3).

2. La maîtrise de soi (self-regulation) correspond à la capacité de gérer ses émotions de manière saine et constructive, d’éviter les réactions impulsives, de rester calme et clair dans les situations stressantes, et d’adapter son comportement en fonction du contexte(15). Elle fait partie des compétences d’adaptabilité nécessaires à une réponse émotionnelle appropriée.

3. La motivation nécessaire (internal motivation) constitue la capacité à se motiver soi-même pour atteindre ses objectifs, à persévérer face aux obstacles et à avoir une vision optimiste(14). Cette forme de motivation provient d’une source interne, nourrie par la passion pour l’activité elle-même et non par des récompenses externes. Elle repose sur un engagement profond envers le travail et une quête de réussite personnelle au-delà des attentes, selon lui.

4. L’empathie (empathy) constitue un élément essentiel de l’intelligence émotionnelle interpersonnelle(16). C’est la capacité à percevoir et comprendre les émotions, les besoins et les préoccupations des autres, à adopter leur perspective, et à répondre de manière appropriée à leurs émotions.

5. Les compétences sociales (social skills) désignent la capacité à interagir efficacement avec les autres : communiquer clairement, influencer positivement, gérer les conflits, coopérer et développer des relations constructives(17). Ces compétences sont essentielles au leadership émotionnel, car elles permettent de naviguer dans des environnements sociaux complexes.

Comprendre la portée de l’intégration de l’intelligence émotionnelle dans les curricula de formation des professionnels de la santé.

Malgré des nuances terminologiques, les définitions convergent autour de quatre dimensions fondamentales : la perception des émotions, la compréhension des émotions, la régulation des émotions, l’utilisation dans l’action(3, 16, 18). Elles combinent à la fois une vision d’habilité (compétence) et une vision personnalité(19). Ce qui fait dire que l’intelligence émotionnelle rêvait à la fois un potentiel à cultiver et un facteur de disposition individuelle.

Le personnel soignant opère dans un environnement chargé émotionnellement (douleur, maladie, fin de vie, stress aigu). L’intelligence émotionnelle permet de mieux comprendre les émotions des patients (empathie), de gérer leurs propres émotions (anxiété, frustration, fatigue) et de communiquer avec humanité malgré les contraintes cliniques. Par exemple, une infirmière de lignes ou un médecin, dont l’employeur tarde à émettre les chèques de paie, malgré la situation difficile, doit réguler son stress tout en restant à l’écoute de la personne soignée.

Les compétences décrites mettent en évidence l’importance de l’intelligence émotionnelle pour établir une relation de confiance avec la clientèle cible et favoriser son adhésion au traitement. Elles facilitent une communication thérapeutique, réduisent les conflits et les malentendus, notamment en contexte multiculturel(3, 11). La dimension socio-émotionnelle de l’intelligence émotionnelle revêt une importance particulière en milieu hospitalier, facilitant le travail en équipe. Elle permet la collaboration efficace au sein d’équipes pluridisciplinaires et l’exercice d’un leadership empathique. Elle prévient également l’épuisement professionnel (burnout), grâce à une meilleure régulation émotionnelle(15).

La formation médicale est historiquement centrée sur les compétences techniques et cognitives, comme l’indiquent Shapiro, Cherry et ses collaborateurs(12, 20). Cette approche peut négliger les besoins émotionnels des personnes qui fournissent des soins et de celles qui en reçoivent. Elle favorise également une forme d’alexithymie professionnelle et rend le personnel débutant vulnérable au stress émotionnel chronique. L’approche conjoncturelle exigerait, désormais, l’intégration dans des programmes de formation en soins de santé des modules sur la communication empathique, les biais émotionnels ou la gestion de conflits.

Conclusion

De tout ce qui précède, il met en évidence une réalité fondamentale : la compétence émotionnelle s’avère inséparable de la compétence clinique, et son intégration dans la formation des professionnels de la santé devient urgente.

Dans notre cher pays, à cause des problèmes de tout genre, on a l’impression que certaines de nos anciennes valeurs veulent nous échapper. Et, dans un milieu médical de plus en plus axé sur la technologie, l’intelligence émotionnelle nous rappelle que la relation humaine se trouve au cœur des soins. Médecins et infirmières qui développent cette intelligence deviennent non seulement plus efficaces, mais aussi plus humains, plus résilients, et plus aptes à exercer leur profession durablement.

L’IE  apparaît comme une compétence fondamentale dans l’exercice des professions médicales. Au fil de cette intervention, nous avons souligné ses multiples retombées positives: amélioration de la communication avec les patients, renforcement de la relation thérapeutique, soutien au travail en équipe, prise de décision plus humaine et régulation du stress professionnel. Ces effets bénéfiques gagnent en importance à l’ère de l’intelligence artificielle, où le facteur humain doit demeurer  le socle d’une médecine authentique, centrée sur la personne.

Il convient de souligner que la communication non verbale constitue un prolongement naturel de l’intelligence émotionnelle en contexte clinique. Les gestes, les postures, les regards et les intonations constituent autant de vecteurs d’écoute, d’empathie et de compréhension qui renforcent la relation médecin-patient. Des études ont démontré que l’incongruence entre le message verbal et les signaux non verbaux peut créer du malaise ou de la méfiance chez les personnes soignées(21, 22). Ainsi, maîtriser sa communication non verbale s’inscrit pleinement dans le développement des compétences professionnelles.

Réaffirmer l’importance stratégique de l’intelligence émotionnelle dans la santé s’avère donc impératif. On doit la percevoir non seulement comme une compétence « douce » ou secondaire, mais bien comme un pilier du professionnalisme clinique, au même titre que les savoirs scientifiques ou techniques. Elle constitue un levier majeur pour l’humanisation des soins, la qualité relationnelle, et la satisfaction du personnel soignant et de celui recevant les soins.

Dans cette perspective, on doit urgemment intégrer l’intelligence émotionnelle et la communication non verbale de manière formelle dans la formation initiale et continue du personnel soignant. Des dispositifs pédagogiques concrets, tels que la simulation, la supervision, les groupes de réflexion ou les ateliers de pleine conscience, peuvent favoriser leur développement dès les premières années de formation.

Enfin, une ouverture s’impose sur la question de l’évaluation de l’intelligence émotionnelle en santé. Développer des outils rigoureux, contextualisés et adaptés à la réalité clinique permettrait non seulement de valider ces compétences, mais aussi d’établir un critère de qualité dans les soins. À l’heure où l’on valorise l’excellence technique, reconnaître et mesurer l’intelligence émotionnelle, y compris à travers les canaux non verbaux, revient à réhabiliter le cœur même de la médecine : la relation humaine.

Références.

1.       BRO B. Devenir Dieu. Le CERF. ed: Le CERF.; 1978.