Le Mondial 2026 a marqué le retour d'Haïti à la Coupe du Monde de la FIFA après 52 ans d'absence. Après le tirage au sort, de nombreux observateurs ont considéré le groupe C comme le « groupe de la mort ». Nos Grenadiers devaient affronter des nations parmi les mieux classées au monde, dont deux équipes du Top 10 du classement de la FIFA. Dans ce contexte, peu de gens croyaient à une qualification haïtienne.
Malgré ces pronostics défavorables, la sélection nationale a offert des prestations honorables. Les Grenadiers ont montré du caractère face à l'Écosse, livré une deuxième mi-temps remarquable contre le Brésil et disputé un match de grande qualité contre le Maroc. Les deux buts inscrits lors de cette rencontre figurent sans doute parmi les plus beaux de la compétition. Même si Haïti termine son parcours sans avoir récolté le moindre point, cette participation a démontré les progrès du football haïtien et sa capacité à rivaliser avec des adversaires de très haut niveau.
Cependant, mon principal constat ne concerne pas les résultats sportifs, mais plutôt l'organisation entourant la participation haïtienne. Une Coupe du Monde ne se résume pas à une série de matchs. C'est également une vitrine à travers laquelle chaque nation a l'occasion de promouvoir son identité, son patrimoine, sa musique, sa gastronomie et de soigner son image à l'international.
Pour un pays comme Haïti, cette vitrine mondiale constitue une opportunité stratégique. Au-delà du terrain, il fallait profiter de l'attention médiatique internationale pour mettre en valeur notre culture, notre folklore, notre créativité et notre potentiel touristique. Une telle démarche aurait nécessité l'implication coordonnée de plusieurs institutions publiques, notamment les ministères de la Culture, du Tourisme, des Affaires étrangères, des Haïtiens vivant à l'étranger et des Sports.
Malheureusement, cette dimension culturelle semble avoir été largement négligée. L'impression générale était celle d'une organisation improvisée plutôt que d'une stratégie réfléchie visant à projeter une image forte et positive d'Haïti. Pourtant, une représentation culturelle réussie aurait pu être préparée plusieurs mois à l'avance.
Par exemple, il aurait été possible de sélectionner des ambassadeurs culturels, de mettre en avant des tenues traditionnelles conçues par des stylistes haïtiens et de positionner ces représentants dans des espaces stratégiques afin d'attirer l'attention des médias internationaux. Une telle présence visuelle aurait permis de présenter au monde un visage élégant, moderne et authentique d'Haïti.
Le même constat s'applique à l'animation autour des matchs. Avant les rencontres, les supporters haïtiens semblaient souvent manquer de coordination. Les lieux de rassemblement n'étaient pas clairement définis et les groupes de « rara » donnaient parfois l'impression d'improviser leurs prestations. Pourtant, pour un événement d'une telle envergure, l'animation devrait faire l'objet d'une planification rigoureuse.
Les musiciens pourraient être préparés plusieurs mois à l'avance, avec des répétitions, des costumes soigneusement conçus et un répertoire mettant en valeur les richesses musicales du pays. Les instruments pourraient être décorés par des artisans haïtiens avec des motifs inspirés de notre histoire et de notre folklore. Des démonstrations culturelles combinant musique, danse et costumes traditionnels pourraient être organisées dans les rues et aux abords des stades afin de faire découvrir la culture haïtienne aux visiteurs du monde entier.
Les moments de convivialité entre supporters auraient également pu être davantage exploités. Après les matchs, nous avons vu des Brésiliens, des Écossais, des Marocains et des Haïtiens célébrer ensemble. Ces rencontres représentaient des occasions idéales pour promouvoir notre gastronomie, nos produits locaux, notre rhum Barbancourt, nos traditions et notre hospitalité.
Cette Coupe du Monde aurait pu servir à promouvoir une autre image d'Haïti. Dans un contexte où le pays souffre souvent d'une perception négative à l'étranger, ce type d'événement constitue une occasion rare de montrer nos talents, notre créativité et la richesse de notre patrimoine. Au lieu de compter uniquement sur des campagnes de communication coûteuses pour améliorer notre image à l'international, nous devons apprendre à utiliser intelligemment ces grandes vitrines mondiales.
La participation d'Haïti au Mondial 2026 restera une expérience positive sur le plan sportif. Toutefois, elle doit également servir de leçon. Ce type d'événement ne doit jamais être perçu comme une simple compétition sportive. Il constitue aussi une scène mondiale où chaque nation peut affirmer son identité, comme l'ont montré le défilé spectaculaire des supporters des Pays-Bas dans les rues de Houston, au Texas, ou encore la célébration inspirée des rameurs vikings par les supporters norvégiens. Ces exemples démontrent qu'au-delà du jeu, le Mondial est une occasion unique de raconter une histoire nationale, de valoriser une culture et de marquer les esprits à l'échelle internationale.
Haïti aurait dû pleinement saisir cette opportunité pour projeter une image forte, créative et cohérente de la nation. Une telle mission exige de la vision, de la coordination et une véritable planification stratégique. Car gouverner un État n'a jamais été une question d'improvisation, mais bien de préparation, d'anticipation et de projection à long terme afin d'assurer le rayonnement d'Haïti sur la scène internationale.
Gad Guillard FIRMA
Master en Administration Publique (concentration Administration Internationale) : (École Nationale d’Administration Publique)
Microprogramme Diplomatie et les Métiers de l’International (École Nationale d’Administration Publique)
Licencié en Sociologie : (Faculté des Sciences Humaines, EH)
Diplômé en Diplomatie et Relations Internationales (Académie Nationale Diplomatique et Consulaire)
