À Cap-Haïtien : une alerte rouge pour le rouge

Il a des vaisseaux pour habitat, la pompe cardiaque pour stimulant et l’oxygène pour passager.

Jean-Rony Monestime André
24 juin 2026 — Lecture : 4 min.
À Cap-Haïtien : une alerte rouge pour le rouge

Transfusion sanguine
Photo : David Lorens Mentor OPS/OMS

Il a des vaisseaux pour habitat, la pompe cardiaque pour stimulant et l’oxygène pour passager. Le sang, ce liquide biologique, circule dans tout le corps, mais ne doit pas être toujours vu par les yeux humains. Car, quand il est aperçu en dehors de son logis naturel, sauf dans une pochette pour transfusion, c’est peut-être le signe d’un péril médical. 

À Cap-Haïtien, le manque de sang transfusionnel est un triste constat. Cet écart thérapeutique tue au quotidien ; déjà, en ce premier semestre de l’an 2026, on en récence une hécatombe dans les centres hospitaliers privés et publiques. Plus d’une dizaine de receveuses sont mortes à l’Hôpital Justien ; de divers départements sont touchés : cliniques, médicaux et chirurgicaux.

La Croix-Rouge, sous l’égide du MSPP, devient croix noire. Notamment, des patientes/patients, souffrant d’une grave anémie ou d’une forte hémorragie, meurent en silence. Le besoin de transfusion de globules rouges reste un simple jeu de ping-pong ou une vile plaisanterie. Par exemple, les médecins tirent les parents des receveuses et/ou receveurs sur la Croix-Rouge du Cap ; cette Croix Rouge les tire à nouveau sur Fort-Liberté ; Fort-Liberté les renvoie sur l’Hôpital Sacré-Cœur de Milot. Et, Milot les retourne à Cap-Haitien. Et là, c’est le cas de transfusion impossible qui se traduit par la mort.

La transfusion sanguine demeure très complexe en Haiti. Le frustrant, c’est que cette complexité est voulue par un groupuscule de professionnels de la santé publique qui sont des amoureux perpétuels de la République de Port-au-Prince.

D’ailleurs, les trois piliers de l’existence d’une banque de sang, selon les standards internationaux de santé, ne sont que palabres dans le Nord : la sécurité transfusionnelle est une rêverie, le respect des normes sanitaires est un acte de foi et la pérennité du stockage, une illusion. Les autorités médicales du département sont impuissantes malgré leur bonne volonté. Car, tout se décide à Port-au-Prince.  

L’Insécurité Transfusionnelle. -

La Croix-Rouge du Cap-Haitien accueille les donneurs dans une salle de prélèvement moyenâgeuse. Cette salle à température élevée, parfois caniculaire, a tout pour déshydrater et étourdir. 

Le Non-Respect des Normes Sanitaires. –

La triste réalité de la Croix-Rouge du Cap est qu’elle n’a pas de laboratoire d’analyse. Son ministère de tutelle, le MSPP, n’encadre pas son développement. Ainsi, pour un bon dépistage et une bonne qualification, le sang collecté ne peut pas être testé, à Cap-Haitien, pour le VIH, l’Hépatite B & C et la syphilis. Tout échantillon est envoyé à la capitale. Des receveuses/receveurs meurent, espérant les résultats qui doivent être venus par avion, mais quelquefois sont arrivés trop tard.  

La Précarité du Stockage. –

Il n’y a pas de bon système énergétique à la Croix-Rouge du Cap. Les réfrigérateurs et congélateurs y pleurent parfois comme des nourrissons. La gestion des stocks se fait sans un système informatique sérieux capable de tracer les poches de sang, du jour des dons jusqu’à l’heure de la transfusion. Autrement dit, aucune utilisation optimale ne peut être garantie. Le copinage règne. 

En effet, la distribution équitable du liquide rouge est un illogisme. Les accouchements par césarienne, les accidents de la route et les hémorragies aigues, en général, sont presque tous synonyme de la mort dans le Grand Nord. 

Pour l’instant, le Grand Nord, voire le Cap, n’est plus un endroit sûr à visiter et/ou à vivre. Les urgences médicales, associées à la transfusion sanguine, sont des catalyseurs de décès. Au regard des objectifs de la qualité de vie, tout citoyen sensé habitant la métropole du nord doit se réveiller pour contester cette léthargie de l’état sur l’octroi de globules rouges. 

Oui, dans le nord d’Haiti, les poches de sang se font rares. Tout le monde est à risque. Les femmes enceintes, le politique, le simple citoyen, le maire de la ville, le médecin soignant, l’infirmière, les policiers, le touriste, le footballeur, les maitres, les avocats …vivent tous, inconsciemment, dans cet abattoir à ciel ouvert. Pas un jour ne passe sans qu’un humain n’y décède pour cause de sang. Voilà une alerte rouge pour le rouge !

Jean-Rony Monestime André

AstraZeneca Clinical Research Coordinator 

Breast Oncology Research Program

Cancer Clinical Trials Office (CCTO)

Solid Tumor Programs

Weill Cornell Medicine | New York-Presbyterian     

Meyer Cancer Center (MCC)

425 E.61st Street Suite 201

New York, NY 10065

jea4029@med.cornell.edu