Dans la vie des nations, il existe des moments où les divisions s’effacent momentanément devant un rêve collectif. Des moments où les différences politiques, sociales, économiques ou idéologiques cèdent la place à un sentiment plus fort : celui d’appartenir à une même communauté de destin. Le football possède cette capacité exceptionnelle. À l’approche de la Coupe du monde 2026, la sélection nationale haïtienne porte bien plus qu’un simple projet sportif. Elle porte l’espérance de millions d’Haïtiens, tant sur le territoire national qu’au sein de la diaspora dispersée à travers le monde. Dans un contexte marqué par l’insécurité, les difficultés économiques et les incertitudes institutionnelles, les Grenadiers rappellent à la nation entière qu’il existe encore des causes capables de rassembler le peuple haïtien autour d’un même drapeau.
A. Le football : plus qu’un sport, une identité collective
Le football est souvent présenté comme le sport le plus populaire du monde. En Haïti, il est également l’un des rares langages universels capables de transcender les barrières sociales.
Dans les quartiers populaires comme dans les campagnes, dans les écoles comme dans les universités, sur le territoire national comme dans la diaspora, le football suscite une émotion commune. Il permet de rappeler que malgré les difficultés :
a. nous partageons une histoire commune ;
b. nous portons les mêmes couleurs ;
c. nous appartenons à une même nation ;
d. nous continuons de croire en la possibilité de réussir ensemble.
Lorsque les Grenadiers entrent sur le terrain, ils ne représentent pas seulement onze joueurs. Ils incarnent un peuple tout entier.
B. Une qualification qui dépasserait le cadre sportif
Une éventuelle participation d’Haïti à la Coupe du monde 2026 représenterait un événement historique dont les effets dépasseraient largement le domaine sportif. Elle constituerait :
a. un puissant facteur de cohésion nationale ;
b. une source de fierté collective ;
c. un message positif envoyé à la jeunesse ;
d. une occasion de valoriser l’image du pays sur la scène internationale.
Dans un environnement souvent dominé par les mauvaises nouvelles, le football peut devenir un vecteur d’espérance et de réconciliation symbolique. Les peuples ont besoin de projets collectifs capables de nourrir leur confiance en l’avenir.
C. Une responsabilité collective
Le succès d’une sélection nationale ne dépend pas uniquement des joueurs ou du staff technique. Il dépend également du soutien que lui accorde la nation. À ce titre, chacun peut contribuer :
a. en encourageant les joueurs ;
b. en valorisant les performances sportives ;
c. en soutenant les initiatives de formation ;
d. en promouvant une culture sportive positive.
La réussite des Grenadiers doit être perçue comme une réussite nationale. Car lorsqu’un joueur haïtien marque un but sous les couleurs nationales, c’est une partie de l’âme collective du pays qui s’exprime.
D. La jeunesse haïtienne a besoin de modèles
Dans les États fragiles, les modèles positifs jouent un rôle fondamental. Les jeunes ont besoin de voir des femmes et des hommes qui réussissent grâce au travail, à la discipline, à la persévérance et au mérite. Les joueurs de la sélection nationale peuvent incarner ces valeurs. Leur parcours démontre que l’effort, la rigueur et la détermination permettent de franchir les obstacles les plus difficiles. À travers eux, de nombreux jeunes découvrent qu’il existe d’autres chemins que la résignation ou le découragement.
E. Derrière le football, une leçon pour la nation
Le football enseigne une vérité simple que les États fragiles gagneraient à méditer : aucune victoire durable ne se construit dans la division. Une équipe gagne lorsqu’elle partage :
a. une vision commune ;
b. un objectif commun ;
c. une discipline collective ;
d. une confiance mutuelle.
Ces principes valent autant pour une sélection nationale que pour un pays. La reconstruction d’Haïti exigera elle aussi davantage de cohésion, davantage de coopération et davantage de sens de l’intérêt général.
Enfin, à l’approche de la Coupe du monde 2026, les Grenadiers portent bien plus qu’un espoir sportif. Ils rappellent à chaque Haïtien que notre nation demeure capable de rêver, d’espérer et de se mobiliser autour d’un objectif commun. Pendant quelques instants, le football nous permet de dépasser nos divergences pour retrouver ce qui nous unit : notre drapeau, notre histoire et notre appartenance à une même communauté nationale. Que nous vivions à Port-au-Prince, au Cap-Haïtien, aux Cayes, à Saint-Louis-du-Sud, à Jacmel, à Montréal, Porto Alegre, à Miami, à Paris ou ailleurs dans le monde, nous portons tous les mêmes couleurs. Aujourd’hui plus que jamais, derrière les Grenadiers, c’est Haïti tout entière qui doit avancer d’un même pas. Car parfois, l’espérance d’un peuple commence simplement par un ballon qui roule et un drapeau qui flotte. Tous unis pour Haïti. Tous derrière les Grenadiers.
Me Jonel Dilhomme, Av.
Chercheur en droit international et gouvernance globale
Ancien professeur à l’Université d’État d’Haïti
Membre du GRUCH
Jonel.dilhomme30@gmail.com
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