En Haïti, l'intégration des faux diplômés au sein du système administratif est une problématique récurrente qui fragilise les institutions publiques. Cette pratique de faux documents, contrefaits, falsifiés ou mensongers est utilisée pour tromper sur son niveau d'études. Il peut s'agir d'un document entièrement fabriqué (usurpant le nom d'une école), d'un document modifié (mention ou notes altérées), ou simplement d'une fausse déclaration sur un Curriculum Vitae.
Les faux diplômes se déclinent sous trois formes principales :
-- document contrefait ;
-- document falsifié ;
-- mensonge par omission.
Les conséquences légales et professionnelles
Utiliser un faux diplôme n'est pas sans risque, car la tricherie peut être facilement décelée par des outils de vérification. Sur le plan pénal, la fabrication et l'usage de faux diplômes sont des délits qualifiés de « faux et usage de faux ».
Dans certains pays, ces infractions sont sévèrement punies et les contrevenants encourent des peines allant jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et des amendes. Et, sur le plan professionnel, présenter de faux documents donne le droit à l'employeur de procéder à un licenciement pour faute grave, et ce, même après plusieurs années d'embauche.
Aussi, de plus en plus de recruteurs font-ils appel à des prestataires spécialisés pour authentifier les diplômes auprès des établissements universitaires.
En Haïti, les faux diplômés gangrènent l'administration publique. Certaines personnes se présentant avec des diplômes, exigent leur intégration dans la fonction publique comme des licenciés en droit ou professeurs et même des agents de santé.
Au cours des années 60, le président François Duvalier, après avoir reçu d'un de ses subalternes, un diplôme le reconnaissant comme licencié en droit, a apposé sa signature diagonalement sur le diplôme et immédiatement après, il a décroché son téléphone et a appelé un responsable pour exiger la fermeture immédiate de cette École de droit.
Cette pratique est récurrente. Voulant mettre de l'ordre dans ce désordre qui a trop duré, le 28 août 2020, Me Monferrier Dorval, bâtonnier de l'Ordre des avocats de Port-au-Prince a été assassiné à la capitale. Suite à cet assassinat, certains professionnels de droit, interpellés par leur conscience, sur les ondes de la Télévision Nationale, ont mis en doute la compétence de certains de leurs « confrères / collègues », leur exigeant de dire qui ont été leurs camarades de promotion. Le pays, selon ce qui se dit, en est infesté.
Dans les universités publiques d'Haïti, il serait bon de mener des enquêtes relatives à certaines personnes qui se font passer pour étudiants, voire avocats. Au cours du passage de M. Fritz Deshommes à la tête du Rectorat, l'Université publique des Gonaïves a été fermée. Certaines pratiques douteuses avaient émaillé son fonctionnement.
Qu'on se le rappelle, le président Jovenel Moise avait déclaré, publiquement et péremptoirement, qu'il a été induit en erreur en nommant une cinquantaine de personnalités à des postes judiciaires.
Selon le Code pénal haïtien, la fabrication, l'utilisation de faux, est un délit. C'est un acte interdit par la loi et puni d'une amende. Et selon l'article 217, quiconque s'immisce dans des fonctions publiques civiles ou militaires, sans titre, est puni d'un emprisonnement d'un à trois ans.
L'usurpation des titres de magistrats ou l'infiltration de corrompus dans le système judiciaire a pour conséquence l'effondrement du système et de son État de droit.
Cette situation est susceptible d'entraîner des conséquences destructives à plusieurs niveaux :
-- injustice institutionnelle ;
-- insécurité juridique ;
-- perte de confiance ;
-- isolement diplomatique.
La prolifération de faux diplômes constitue un phénomène recurrent et préoccupant dans de nombreuses administrations publiques. Elle a pour conséquence de priver les candidats honnêtes, ayant réellement étudié et réussi les concours, des postes qu'ils méritent.
Il serait souhaitable que les responsables Haïtiens, dans leur souci de réformer l'Etat, s'arment de courage pour mettre en place des commissions de contrôle pour débusquer et révoquer les faux magistrats qui exercent avec de faux diplômes.
Cette situation ne concerne pas uniquement le système judiciaire. Le secteur éducatif et médical sont aussi corrompus. Une telle entreprise exige des purges administratives et des réformes structurelles profondes.
