Alors que la crise sécuritaire continue d'éprouver les coeurs en Haïti, la Fondation Culture Création dresse un bilan porteur d'espoir pour la première phase de son projet pilote à Kenscoff. Entre libération de la parole et reconstruction du lien social, le théâtre thérapeutique prouve qu'il est un outil de guérison puissant pour la communauté éducative.
KENSCOFF, Haïti – Derrière les chiffres d'un rapport de mi-parcours, se cachent des visages, des larmes et, surtout, des sourires retrouvés, des peurs apaisées. La première phase du projet « Théâtre thérapeutique pour améliorer la résilience des communautés éducatives de Kenscoff » vient de s'achever sur un bilan assez positif, touchant déjà 556 personnes. Ce projet d’appui psychosocial financé par l'Agence espagnole de coopération internationale au développement (AECID), est un signal fort lancé à l’endroit des familles haïtiennes qui affrontent la violence au quotidien.
Une participation plurielle et inclusive
Les résultats de cette première phase révèlent un ralliement sans précédent de la communauté kenscovite. Sur les 556 bénéficiaires ayant trouvé refuge dans ces espaces de soin, la répartition par genre témoigne d'un engagement fort avec un pourcentage 57% de femmes (259) contre 43% d’Hommes (197). On observe une prédominance féminine marquée, particulièrement chez les parents et les enseignants.
L'intervention a couvert une amplitude générationnelle impressionnante de 69 ans, allant de l’enfant de 5 ans au doyen de la communauté âgée de 74 ans. Cette diversité se structure autour de trois piliers principaux :
1. Le Groupe Scolaire (Enfants/Adolescents) : Avec une moyenne d'âge entre 11 et 15 ans, ce segment a vu une participation masculine particulièrement active.
2. Le Groupe Professionnel et Parental : Composé d'adultes et d'enseignants (moyenne d'âge 38-40 ans), ce groupe favorise la transmission de la résilience vers les plus jeunes.
3. Le Groupe des Seniors : La présence de participants de plus de 60 ans est à souligner pour leur contribution de la transmission des valeurs culturelles et mémorielles.
Une mobilisation ancrée dans le territoire
Les ateliers se sont déployés stratégiquement à Thomassin 25 et 32, investissant l'espace de Carre Zémès en semaine et le Centre communautaire la Réserve d’Haïti durant les weekends. Sur les 60 sessions prévues initialement, 59 ont été menées à bien au profit de 12 établissements scolaires.
Les ateliers ont officiellement pris fin le jeudi 5 mars dernier. En résonance avec l'actualité, une conférence en ligne a été présentée à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes sous le thème : « Affronter la violence au quotidien : Des femmes engagées pour une communauté résiliente ».
La méthode : Une éthique du soin par l'image et le corps
Sous la direction de l’équipe d’animation et des équipes techniques de la Fondation Culture Création et de l’EFACAP, le psycho-théâtre a été mobilisé comme outil principal d’intervention. Les séances ont été animées par trois jeunes intervenantes Phannuella T. Lincifort, médecin, psychothérapeute et comédienne, Hermanie Jean Louis, psychologue et Schneidine Jeannee, animatrice sociale dans un cadre strictement contenant et sécurisant, fondé sur des principes éthiques rigoureux : confidentialité, volontariat, non-jugement et respect du rythme de chacun. Deux stagiaires bénévoles les étudiantes Santa Salomé Révolus et Giussanie Valéus se sont également relayées pour assurer la logistique et le bon déroulement des activités.
L'approche a permis de solliciter plusieurs dimensions de l'être :
Le corps et la parole ;
La mise en scène symbolique ;
Le travail collectif de création.
Les résultats encourageants s'appuient sur une collecte de données croisée, incluant l'observation clinique, la parole libérée, des auto-déclarations et les nombreux dessins réalisés par les élèves, témoins silencieux de leur cheminement intérieur.
Des témoignages poignants de résilience
L'impact du projet se lit dans les histoires individuelles qui émergent :
Retrouver le sourire : Un jeune élève, arrivé dans un état de détresse absolue après l'assassinat de son père, a pu retrouver confiance et joie de vivre grâce au parcours thérapeutique.
Recoudre le tissu social : Pour les parents du Centre Communautaire la Réserve, dispersés par les violences de mars 2023, ces séances ont été le catalyseur d'une réunion inespérée. « Partager nos traumatismes a provoqué une libération ; nous n'imaginions plus pouvoir nous réunir », confie un parent.
Guérir les familles : Au cours de l’atelier réalisé avec l’école Soleil de Hollande, une réconciliation émouvante entre une mère et son fils a prouvé que l'expression des émotions est le premier pas vers la paix.
Vers une pérennisation communautaire
La force du projet réside dans sa volonté de durer. 26 agents multiplicateurs ont déjà été formés pour porter ces outils au-delà de la durée du projet. 10 groupes de paroles ont été déjà formées et les premières rencontres ont débuté le weekend dernier à l’EFACAP de Kenscoff. Parallèlement, 3
un plaidoyer se développe à travers les rencontres communautaires sur les ondes de Radio Nago qui diffusent ce message de résilience à toute la population de Kenscoff. D’autres communications se réalisent jusqu’en avril 2026 au sein des institutions cultuelles, culturelles et associatives et diffusées à travers les médias ainsi que sur le site web de la Fondation Culture Création (www.fondationculturecreation.org) et les différents réseaux de la FCC.
Face à ces résultats, la Fondation reste déterminée à poursuivre cet effort. Alors que les préparatifs pour le Théâtre Forum du 27 mars, journée mondiale du Théâtre s'intensifient, une chose est certaine : à Kenscoff, l’art a cessé d'être un simple divertissement pour devenir un acte de survie et de dignité.
La Fondation Culture Création
Mars 2026