Je suis une femme haïtienne afrodescendante. Pas une diplomate, pas une représentante officielle, pas une porte-parole mandatée. Une femme ordinaire, comme des millions d'autres, qui un jour a rencontré Cuba - non pas sur une carte, mais dans le regard de ses amis cubains, dans la générosité de ses médecins venus soigner Haïti après le tremblement de terre, dans la dignité silencieuse d'un peuple qui résiste depuis soixante ans à ce que beaucoup n'osent pas nommer : un crime contre l’humanité, un terrorisme d’état.
Je ne parle pas au nom d'Haïti. Je parle depuis Haïti. Depuis cette terre sœur qui partage avec Cuba la même mer, les mêmes cyclones, les mêmes luttes, et parfois les mêmes silences du monde.
Je soumets à votre lecture ce texte de réflexion introduisant le poème titré ‘Solidarité avec Cuba’ portant sur l'impact humain des sanctions internationales contre Cuba. Ce texte de réflexion - explique le pourquoi de ce poème à plusieurs chapitres - qui n'est pas une œuvre littéraire prétentieuse mais un cri. Un cri mis en vers parce que la poésie, parfois, porte plus loin que la prose. Un cri mis en alexandrins parce que cette forme classique, venue de France mais devenue universelle, donne au désespoir une dignité, une cadence, une mémoire.
Depuis plus de soixante ans, le blocus imposé à Cuba pèse lourdement sur la vie quotidienne de millions de personnes. Depuis plus de soixante ans, ce blocus contre Cuba, impose à une population entière le poids d’une sanction politique dont les conséquences sont avant tout humaines. Derrière les termes diplomatiques - “sanctions”, “embargo” - se cachent des réalités concrètes : pénuries de médicaments, difficultés d’approvisionnement, obstacles technologiques et financiers qui affectent directement les plus vulnérables.
Chaque année, l’Assemblée générale des Nations Unies vote massivement pour demander la levée de ces mesures. Pourtant, elles demeurent. Pendant ce temps, Cuba continue d’envoyer des médecins à l’étranger, de former gratuitement des étudiants venus de pays modestes, et de participer aux efforts humanitaires internationaux.
Le poème joint à ce texte propose une réflexion littéraire sur les effets humains d’une politique prolongée et interroge la responsabilité collective face aux conséquences concrètes des sanctions économiques. Il invite à dépasser les clivages idéologiques pour considérer les conséquences humaines d’un conflit diplomatique durable.
Ce poème naît d’un constat : au-delà des débats idéologiques, ce sont des vies humaines qui sont concernées. Il ne s’agit pas d’adhérer à un système politique, mais de poser une question simple : les sanctions économiques prolongées servent-elles encore les peuples, ou les fragilisent-elles davantage?
Il est un appel à regarder Cuba autrement - non comme un symbole géopolitique, mais comme une société humaine confrontée à une pression constante. La solidarité commence par la lucidité. Ce que vit Cuba est une tragédie classique: un peuple accusé sans preuve, puni sans jugement, étranglé sans procès. Le blocus est le deus ex machina[1] à l'envers : au lieu de sauver, il tue. Au lieu de résoudre, il détruit.
L’impact du blocus
Ce blocus, ce sont des grands-pères qui meurent faute de médicaments contre l'hypertension ou le diabète.
Ce blocus, ce sont des incubateurs qui s'éteignent faute de carburant.
Ce blocus, c'est la faim programmée, méthodique, administrée goutte à goutte.
Ce blocus, c'est un peuple entier privé de seringues, d'anesthésie, de pièces détachées, de technologie, de tout ce qui permet simplement de vivre.
Cuba, une main tendue dans l’indifférence
Et Cuba continue de résister. Cuba, qui a envoyé ses médecins partout dans le monde, y compris dans les pays qui la sanctionnent. Cuba, qui a développé cinq vaccins contre la COVID-19 sans aide extérieure. Cuba, qui forme gratuitement des milliers de médecins étrangers. Cuba, qui tend la main quand la catastrophe frappe, comme elle l'a fait pour Haïti en 2010. Cuba donne. Le monde reçoit. Et le monde laisse Cuba mourir à petit feu. Le poème qui suit ne prend pas position dans un débat idéologique.
Un appel au monde entier
Un appel à l'Amérique latine, terre sœur, pour qu'elle se souvienne que Cuba est son enfant.
Un appel à la Caraïbe, notre mer commune, pour qu'elle unisse ses voix.
Un appel à l'Afrique, mère originelle, pour qu'elle n'oublie pas le sang cubain versé pour sa libération.
Un appel à l'Europe, qui se dit des Lumières, pour qu'elle éclaire enfin cette nuit.
Un appel à l'Asie et à la Ligue arabe, partenaires lointains mais fraternels.
Un appel au Canada, voisin immédiat, ami de toujours.
Un appel au Congrès et au Sénat des États-Unis, pour qu'ils regardent ce que leurs lois produisent concrètement.
Un appel aux Nations Unies, maison commune, pour qu'elles cessent d'être impuissantes.
Un appel aux organisations des droits humains, pour qu'elles défendent aussi le droit le plus fondamental : le droit de vivre.
Le vers alexandrin, douze syllabes, six et six, porte en lui une mémoire. C'est le vers de Corneille et de Racine, de Hugo et de Baudelaire. C'est le vers qui a dit les grandes passions, les grands combats, les grandes douleurs. C'est le vers de la tragédie classique.
J'ai choisi l'alexandrin parce que sa solennité dit la gravité du sujet. Parce que sa cadence oblige à ralentir, à peser chaque mot. Parce que sa musique, venue de France, peut voyager dans toutes les langues une fois traduite.
Et parce que, peut-être, la beauté touche là où la politique échoue.
Ce que je demande
Je ne demande pas l'aumône pour Cuba. Cuba ne mendie pas.
Je ne demande pas l'amour pour Cuba. L'amour ne se commande pas.
Je demande la justice.
Je demande que le blocus soit appelé par son nom : crime contre l'humanité.
Je demande que les gouvernements du monde cessent leur complicité silencieuse.
Je demande que les médias cessent de normaliser l'inacceptable.
Je demande que chaque citoyen, chaque citoyenne, en lisant ces vers, se demande : de quel côté de l'histoire veux-je être ?
AUX LECTEURS
Vous qui tenez ce journal entre vos mains, vous qui lisez ces vers sur un écran ou sur du papier, je ne vous demande pas d'être d'accord avec tout. Je ne vous demande pas d'adhérer à une idéologie. Je vous demande simplement de regarder Cuba. De voir ce qu'on lui fait. De sentir, ne serait-ce qu'un instant, la douleur d'un peuple qu'on étouffe en silence.
Si un seul vers, une seule image, une seule idée vous touche, alors ce poème aura rempli sa mission. Et peut-être que demain, vous parlerez de Cuba autour de vous. Peut-être signerez-vous une pétition. Peut-être écririez-vous à votre député. Peut-être partageriez-vous ce cri.
Car les cris, quand ils sont assez nombreux, deviennent des tempêtes.
Prenez lecture du premier chapitre du poème .
SOLIDARITÉ AVEC CUBA
Poème en alexandrins d'une Haïtienne pour Cuba
- LA SŒUR DE L'ÎLE SŒUR
Je ne suis pas de Cuba, je suis d'Haïti la rouge,
La sœur qui partage l'eau salée des Antilles,
La même mer qui chante et qui parfois bouge,
Les mêmes ouragans, les mêmes vents qui filent.
J'ai vu mes sœurs cubaines, j'ai vu mes frères aussi,
Danser sur la place, chanter sous la pluie,
J'ai vu leur dignité quand tout semble fini,
J'ai vu leur résistance, leur amour, leur génie.
C'est une Haïtienne qui parle, une femme debout,
Qui aime Cuba profonde, Cuba la magnifique,
Qui tend la main par-dessus les douleurs, les dégoûts,
Pour dire au monde entier : justice, justice publique !
Car quand on frappe Cuba, c'est mon île qu'on blesse,
C'est Haïti qu'on méprise, c'est toute la Caraïbe,
C'est notre sang mêlé, nos douleurs, nos prouesses,
C'est l'Amérique entière, la petite et l'archi-île.
—-----------------------
FIN
Huguette JEAN-FRANÇOIS, autrice de Solidarité avec Cuba
Ottawa, Canada
Le 16 Février 2026
Note aux rédacteurs et aux lecteurs
Ce poème peut être publié intégralement ou par extraits, en une fois ou en feuilleton. Il peut être accompagné d'encadrés explicatifs sur le blocus, de témoignages de Cubains, d'analyses juridiques. Il est libre de droits pour toute publication à but non lucratif visant à informer sur la situation cubaine. Pour toute utilisation commerciale ou en recueil, merci de contacter l'autrice.
Les traductions dans toutes les langues sont non seulement autorisées mais encouragées. Faites vivre ce cri dans vos langues, vos cultures, vos pays.
Pour les droits de publication contactez Huguette JEAN-FRANÇOIS au courriel:: huguette.jeanfrancois@outlook.com
[1] L’expression est utilisée de manière inversée et métaphorique :
Dans la tragédie classique, le deus ex machina arrive à la fin pour sauver les personnages, résoudre l'intrigue, apporter une solution.
Le blocus américain contre Cuba, lui, agit comme un dieu machine inversé : il n'arrive pas pour sauver, mais pour détruire lentement. Il n'apporte pas de solution, mais aggrave la tragédie. Il n'est pas là pour dénouer l'intrigue, mais pour étrangler les personnages (le peuple cubain) sans leur laisser d'échappatoire.
C'est une façon poétique de dire que le blocus est une force extérieure, mécanique, implacable, qui s'abat sur Cuba comme un destin tragique - mais un destin maléfique, qui tue au lieu de sauver.
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