L’art du consensus par l'Éducation à la Citoyenneté, la Culture et le Sport

La crise haïtienne que nous traversons n’est pas seulement politique, sécuritaire ou économique.

Nesmy Manigat
03 févr. 2026 — Lecture : 3 min.
L’art du consensus par l'Éducation à la Citoyenneté, la Culture et le Sport

Des enfants de l'école presbytérale de Décossière lors de la journée de reboisement

La crise haïtienne que nous traversons n’est pas seulement politique, sécuritaire ou économique. Elle est d’abord culturelle. Elle révèle notre difficulté collective à dialoguer dans la divergence, à rechercher l’intérêt général au-delà des appartenances, à construire du consensus sans renoncer à nos convictions. Or aucune réforme durable, aucune politique publique efficace, aucune stratégie de sécurité crédible ne peut réussir sans cette capacité fondamentale à vivre et aimer Haïti ensemble dans le désaccord.

Haïti ne manque pas de textes. Elle manque de culture civique partagée, de cette culture de l’écoute, du respect et de la délibération qui permet aux nations de transformer leurs différences en richesse plutôt qu’en conflit. C’est précisément là que le Cadre d’Orientation Curriculaire 2024-2054 prend tout son sens. Cette réforme n’est pas seulement pédagogique. Elle est profondément nationale. En rendant en 2023 obligatoires l’Éducation à la citoyenneté, l’Éducation esthétique et artistique et l’Éducation physique et sportive, l’école haïtienne est appelée à devenir le premier espace d’apprentissage du consensus et non de tri dans la compétition et la méfiance à l’instar de l’école du 19ème siècle que certains continuent d’idolâtrer.

L’Éducation à la citoyenneté apprend à débattre sans s’entretuer, à écouter sans mépriser, à chercher le compromis sans se renier. La société repose sur le fait de vivre ensemble dans la pluralité. Cette pluralité, l’école doit l’enseigner pour qu’elle ne se transforme pas en cette fracture que nous vivons aujourd’hui.

La Culture, à travers l’Éducation esthétique et artistique, reconstruit le lien symbolique entre les Haïtiens. Elle apprend à reconnaître la sensibilité de l’autre, à partager des références communes, à se voir dans un patrimoine collectif. Aimé Césaire avertissait qu’« une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente ». Refaire société passe aussi par la reconnaissance d’une culture partagée.

Le Sport, à travers l’Éducation physique et sportive, enseigne des leçons que les discours politiques échouent souvent à transmettre. Sur un terrain, on apprend la règle, la discipline collective, la loyauté, le respect de l’adversaire, la coopération. On découvre que l’autre n’est pas un ennemi mais un partenaire du jeu. Le sport devient une école pratique du consensus.

À titre personnel, pour avoir servi comme ministre de l’Éducation, je peux témoigner que des politiques comme la Politique et Stratégie Nationale d’Alimentation Scolaire (PSNAS) et la création d’EDUPOL, l’unité de police communautaire dédiée à la sécurité en milieu scolaire, n’auraient jamais vu le jour sans de longues discussions, des compromis patients et des accords construits avec plusieurs ministères et secteurs de la vie nationale.

Le consensus n’est pas une faiblesse. Il est un art. Et comme tout art, il s’apprend, il se pratique, il se cultive.  En Haïti, elle est peut-être surtout l’arme la plus puissante pour apprendre à vivre ensemble.Ainsi, par la Citoyenneté, la Culture et le Sport, le nouveau curriculum propose une nouvelle manière de faire nation. Une génération capable de dialoguer pour gouverner, de se respecter pour sécuriser et de coopérer pour construire l’avenir.

Poursuivons résolument la mise en œuvre du COC 2024-2054 : des programmes réécrits selon l’approche par compétences, le recrutement et la formation d’enseignants pour ces nouvelles matières, en particulier celles et ceux issus du Centre de Formation pour l‘École Fondamentale (CFEF) et le financement des matériels didactiques adaptés, au premier rang desquels le Liv Inik en créole, afin que la réforme devienne enfin réalité dans chaque salle de classe de la nation solidaire et moderne à construire. 

Nesmy Manigat

Lecture Dominicale 

1 février 2026