Le compas direct et sa quête d’audience internationale

La musique du compas direct s’inscrit dans une universalité.

Hancy PIERRE
05 déc. 2025 — Lecture : 5 min.
Le compas direct et sa quête d’audience internationale

Couverture du disque "Authentic "Haitian Merengues" Recorded in Haiti" de Nemours Jean-Baptiste (1960)

La musique du compas direct s’inscrit dans une universalité. Elle dépasse les frontières du rythme de grenn siwèl approprié par le Maestro Nemours Jean Baptiste lors d’une observation de la prestation d’un groupe “Anba tonèl “ à Saut d’Eau. Déjà en 1963, le Super Ensemble Nemours Jean Baptiste commençait à accorder de l’importance à de nouvelles touches pour adapter le nouveau rythme du compas direct inventé et imposer sa marque. Ainsi les refrains “yo fè yo voye ban nou an nou fè pou voye ba yo tou” ont exprimé l’ambition du maestro Nemours Jean Baptiste pour le Compas direct naissant d’être compétitif sur le plan international. “Yo fè yo voye ban nou an nou fè pou voye ba yo tou” a été repris par l’Ensemble Select de Coupé Cloué en plein essor d’un diffusionnisme culturel et la marche de la globalisation de la culture qui tend à marginaliser les identités. Ce qui ne suppose pas d’un repli ni du bovarysme musical . Le maestro Nemours Jean Baptiste n’était-il pas ouvert au Cumbia, au Mambo et à d’autres influences tout en pronant l’originalité du compas direct. C’est au nom de l'innovation et de l’invention que la musique du compas direct a créé un dynamisme à pouvoir s’intégrer à la scène internationale.

Tout a commencé dans une imbrication du compas direct au courant des grands orchestres internationaux , en Amérique latine et en Amérique du Nord. L’élan d'éclectisme s’est associé à l’originalité mais tout en façonnant un tempo qui résonne dans tous les milieux quand des prestations des groupes du Compas direct ont été remarquables auprès d’autres nationalités. Car le maestro Nemours Jean Baptiste lui-même a frayé la voie de la migration à son groupe aux Etats-Unis pour se tailler une place dans le dialogue inter-culturel.

L’avènement du mini jazz vient garantir l’ouverture du compas direct sur le monde. Le mini Jazz a épousé un fond rythmique accouplé à des touches de rock, de Pop et celles du courant Yéyé. Des instruments modernes sont alors intégrés, soit deux guitares dont une guitare basse, une batterie. La guitare électrique s’impose . Aussi la migration était-elle un facteur important dans le dialogue entre les cultures que représente la musique. De nouveaux groupes avaient été créés dans la diaspora haïtienne aux Etats Unis. Il s’agit du Tabou Combo, du Skah Shah, de l’Accolade de New York, du Volo Volo de Boston, du Djet X, du System Band et tant d’autres.Le Dixie Band, les Frères Déjean et le Magnum Band avaient fait sensation avec leurs prestations aux Antilles françaises.

C’est l’occasion de pointer du doigt des groupes de compas direct, qui de génération en génération successives, outre des instruments modernes utilisés, se sont servis des langues étrangères pour se projeter sur le plan international. Le français, l’espagnol et l’anglais ont fait l’affaire des musiciens et musiciennes. Nous évoquons des groupes qui recoupent différents styles : le boléro, la ballade, le troubadour, le mini-jazz, le Chap, la nouvelle génération. Le premier style a fortement influencé le début des années 1950-60 , et lors de la clôture des bals, des prestations de chanteurs ou de chanteuses sont des interprétations de morceaux avec des contenus en français ou en espagnol. Nous retenons l’orchestre de Nemours Jean Baptiste, le Shleu Shleu , le Skah Shah, les Ambassadeurs et l’orchestre Septentrional. 

Le style troubadour avait privilégié des contenus liés à la romance, chantés en espagnol ou en français. Le Trio Select de Coupé Cloué avait dans sa discographie plusieurs titres en français et en espagnol :“ tu me hais”, “mon idole”, “pourquoi mentir ”. Le Coumbite Créole de Rodrigue Millien et Blagueur, dans un titre en anglais “Let the green flowers end up “ a apporté sa contribution à une extension de l’audience du compas direct. Le Tabou combo, au début des années 1970, continue à mener la danse avec des titres en français dont “je t’ai perdue” et “Maria”. Plus tard, c’était le tour des chansons en espagnol et en anglais composées par le groupe Tabou Combo “Come back my love” associé à André (Dadou ) Pasquet puis “ Inflacion” et “Panama” enfin “light is coming your way” .Le Skah Shah est revenu sur le plateau avec des titres en anglais mélanges du créole “Yahveh”. Le Skah Shah a chanté en français “illusions”, Skah Shah et Lewis Meliano “j’ai envie,” Skah Shah “Caroline’. Le Magnum Band issu de la séparation d’André (Dadou) Pasquet du Tabou Combo a le gros lot dans des titres en anglais qui ont le plus dominé le répertoire de la musique du Compas direct. Magnum Band “Close the door’ Dadou Pasquet “welcome back baby”, “crosover” , “Substitute for your love” etc. On doit citer d’autres groupes musicaux. Entretemps il faudrait signaler quelques figures féminines comme Danielle Thermidor, Anna Pierre, Emeline Michel et Jacqueline Denis qui ont apporté leur contribution en français. D;autres groupes musicaux ont posé leur pierre à l'aube de l'internalisation du compas direct. Nous prendrons le soin d’indiquer les groupes concernés. 

D'autres groupes musicaux ont posé leur pierre à l'aune de l'internationalisation du compas direct. Voici une liste non exhaustive : Thamad fever “booggie”, Tropicana “roca loca”, ”Dixie Band “ la paix’; Scorpio universel “baby I love you”; Scorpio la crème “stop the war”; Scorpio Universel “Roots rock reggae”; Larose et Missile 727: “Guerre incensée; Zeklè “Tambour battant” Jacqueline Denis et Zeklè “l’ordinacoeur’ Zeklè et Raoul Denis “Sukaina”Emeline Michel “chaque fois que tu reviens”; Anie Arlerte et Antony Drew de Zile “parle moi’; “the green flowers end up” de Rodrigue Millien;’; Bossa combo “siempre en domingo”; Freres Dejean “Yoyo”(1979). 

 C’est de l’éclectisme quand les musiciens s’inspiraient des nord américains pour les cuivres et pour les violons et les latinos aux claviers, selon Lacoste (Lacoste, 2021). Le diffusionnisme culturel annonce l’avènement d’une industrie musicale à visée consumériste embrassée de courants technologiques du moment ainsi que des genres en vogue . Du diffusionnisme à l’interculturalité, les musiciens du compas direct s’associent à d’autres nationalités pour faire du compas direct un langage universel. Aussi avons-nous vu défiler des artistes étrangers de renom au sein de plusieurs groupes haïtiens tels que : Caribbean Sextet, Skah Shah, Tabou Combo, Magnum Band , Anie Alerte et Antonny Drew dans Zile, pour ne citer que ces groupes et c’est réciproque pour des artistes haïtiens qu’on retrouve dans des formations étrangères et caribéennes pour d’autres genres musicaux.Ce brassage culturel trouve un essor considérable dans le cadre de nouvelles politiques de promotion conformes aux besoins de l’industrie musicale.

Le compas direct a franchi les frontières, outre les rythmiques adaptées au world beat, la langue a aussi servi comme instrument efficace. Il y a lieu d’évoquer le poids de la migration des groupes musicaux , la fougue des promoteurs et la conquête de nouveaux marchés. Le Tabou Combo a rayonné au Zenith et d’autres groupes l’ont suivi . La prestation du Magnum Band aux Jeux Olympiques de California de 1996 est un actif considérable au compas direct pour se projeter sur le plan international. L’Accor Arena anciennement Bercy est aussi une référence international ainsi que la prestigieuse scène à l’Olympia de Montréal ou l’artiste Fatima, est devenue la première femme haïtienne à s’y produire.

L’artiste franco-haïtien Joé Dwèt Filé a fait escale dans des hauts lieux de spectacles aux États Unis, en France, aux Antilles ou en Afrique avec des concerts en vue d’une illustre extension de son audience à l’international.