Le triomphe du viral sur le valable

Je croyais à tort que les gens ne lisaient pas suffisamment.

Dacely B.
24 nov. 2025 — Lecture : 3 min.
Le triomphe du viral sur le valable

Ecran de smartphone

Je croyais à tort que les gens ne lisaient pas suffisamment. En réalité, ils lisent bien davantage qu’autrefois : Facebook, X, WhatsApp… La production de contenus s’est considérablement accrue. Toutefois, force est de constater qu’il y a une hiérarchisation de ce qui fait sens.

En effet, le temps passé sur les écrans est colossal, et ce temps est principalement dédié à la lecture d’articles, de commentaires, fils d'actualité, messages, légendes, etc... La lecture est devenue une activité permanente et non plus un loisir réservé au temps libre. La capacité de chacun à produire du contenu a démultiplié la quantité de "texte" disponible, bien au-delà de ce que l'édition classique ou la presse pouvaient offrir.

Cependant, il est crucial de faire la distinction entre les types de lecture. D’une part, la lecture versus le scroll. Cette forme de lecture sur les réseaux sociaux est souvent superficielle, fragmentée et rapide. Le "scroll" infini. L'attention est constamment sollicitée mais rarement maintenue en profondeur. On "scanne" plus qu'on ne "lit" au sens traditionnellement linéaire et prolongé du terme. D’autre part, la lecture versus le divertissement. Une grande partie de cette lecture est liée au divertissement, à la connexion sociale ou à l'actualité immédiate, ce qui diffère de la lecture d'un livre ou d'un essai visant l'apprentissage, la réflexion profonde ou l'immersion narrative. Et, tout cela sous l’emprise d’un seul mot : l’Algorithme.

Aujourd’hui l’algorithme est comme un Censeur. L'information qui "fait sens" ou qui "fait autorité" n'est plus uniquement définie par le temps et l'effort qu'on y investit, mais par les algorithmes qui trient, sélectionnent et amplifient certains contenus en l’occurrence, ceux qui génèrent le plus d'engagement : réactions fortes, clics, partages au détriment d'autres. Le triomphe du viral sur le valable est consommé. Un contenu peut devenir la priorité absolue dans la conversation publique parce qu’il fait sens pour un temps ou tout simplement parce qu'il est viral, émotionnel, confirme un biais, et non parce qu'il est factuellement précis ou intellectuellement riche. On peut prendre en exemple, la déclaration d’Etzer Emile reprise par Daly Vallet qui voulait juste apporter un peu de sens au caractère dangereux de celle-ci. 

Nous sommes prisoniers de la bulle de filtrage de contenu sur Internet. Le "sens" est donc de plus en plus personnalisé et enfermé dans des bulles de filtrage, où les individus sont moins exposés à des idées ou des lectures qui remettraient en cause leur propre hiérarchie du sens.

En de termes plus clairs et plus pratiques, l’explication est la suivante. Les algorithmes des plateformes comme Facebook, X, TikTok, etc. n'ont pas pour mission de nous montrer l'information la plus véridique, la plus pertinente ou la plus équilibrée. Leur objectif principal est de maximiser le temps que nous passons sur la plateforme. Le contenu qui génère le plus d'engagement en commentaires, likes, partages, temps de visionnage est souvent celui qui provoque des réactions émotionnelles fortes comme la colère, l’indignation, la surprise, la joie intense.

Par conséquent, l'algorithme hiérarchise et pousse vers le haut le contenu qui est polariseur, sensationnel ou émotionnellement chargé, car il "fait sens" en termes de performance économique pour la plateforme, même s'il est de qualité inférieure ou trompeur. Le contenu modéré ou nuancé est souvent relégué. Au fait, l'algorithme ne juge pas le sens de manière qualitative ; il le juge de manière quantitative (engagement) et personnalisée (historique). Il crée un environnement où l'individu lit beaucoup, mais où la hiérarchisation de ce qui mérite son attention est externalisée à une machine dont le but n'est pas l'enrichissement intellectuel, mais la rétention d'utilisateur.  

Dacely B.

Ingénieur TELECOM 

Maîtrise en IT 

Professeur, University of the People (California) 

Professeur, American University of the Caribbean (Les Cayes)