Pendant plus d’un demi-siècle, Haïti a été le théâtre de luttes intestines où des factions, obsédées par le pouvoir, se sont acharnées à s’affronter, sans égard pour les conséquences dramatiques de leurs rivalités. Ce cycle destructeur a brisé les fondations de la gouvernance, miné la confiance du peuple envers ses dirigeants et empêché toute forme de solidarité patriotique orientée vers le bien commun.
Profitant de cet état de division chronique, l’ingérence étrangère s’est infiltrée comme un poison, affaiblissant la souveraineté nationale. Trop souvent, les décisions majeures sur — et contre — Haïti ont été prises hors de nos frontières, dans des chancelleries où l’intérêt du peuple haïtien n’est qu’un détail secondaire. Certains acteurs internationaux agissent selon leurs agendas propres, et parfois même en contradiction flagrante avec les aspirations de notre nation. Il est temps d’ouvrir les yeux, de sortir de la torpeur et de dire ASSEZ ! Assez de dissensions stériles. Le moment est venu d’agir ENSEMBLE, avec détermination et lucidité, pour renverser la vapeur.
Il faut dépasser nos différends et construire un sursaut collectif, fondé sur le dépassement des intérêts individuels au profit d’une vision partagée : Haïti d’abord et Haïti toujours! L’heure a sonné pour les élites haïtiennes, toutes tendances confondues, de former un front uni, porteur d’un projet national rassembleur pour tous, sans exclusive. C’est en assumant ensemble notre responsabilité historique que nous pourrons forger un avenir digne pour notre pays.
Cette unité patriotique n’exige ni l’uniformité ni la disparition des diversités politiques, sociales et/ou idéologiques. Elle exige un engagement sincère à faire cause commune, à faire entendre une voix forte, cohérente, capable de défendre nos intérêts fondamentaux, et de redonner espoir à chaque citoyenne et chaque citoyen. Il est tard, très tard, mais il n’est pas trop tard. La barque tangue, dérive, mais ne doit pas sombrer. Nous devons redresser le cap.
Haïti est notre seule patrie. Le moment est venu de chanter à nouveau, non pas par nostalgie, mais par conviction :
« … L’union fait la force ... »
Le moment est venu d’assumer pleinement notre rôle de leaders, dans la diversité de nos idées mais unis par une quête de concorde, face aux périls qui nous guettent. Il faut serrer les rangs. Le temps des décisions courageuses est arrivé. Le temps d’empoigner l’arme de la parole, du dialogue franc, du respect mutuel, et de la revalorisation de l’être haïtien. Nous devons, avec humilité mais avec fermeté, mobiliser nos forces, unir nos valeurs, nos rêves, nos sensibilités.
La souveraineté nationale ne peut être un mot creux. Elle est un legs sacré que nous avons trop longtemps négligé, dilapidé par insouciance, par division, par lâcheté. Désormais, nous n’avons plus le luxe de l’indifférence. Haïtiennes, Haïtiens, de toutes origines, de toutes couleurs, de toutes classes sociales : nous devons choisir la voie de la compréhension mutuelle, de la volonté partagée, de la reconstruction. C’est un impératif de survie.
Nous devons créer, ensemble, les mécanismes d’un véritable dialogue national, capables de réconcilier les différences et de concilier les ambitions autour d’un projet de société. À défaut, la désunion continuera de nous précipiter vers le gouffre de l’immobilisme, de l’instabilité et de l’effondrement.
Face à l’ampleur des malheurs qui nous accablent, je lance un cri sincère et solennel à toutes les forces vives de la nation : partis politiques, société civile, secteurs organisés. L’heure est au sacrifice patriotique pour le sauvetage national. Il ne faut plus permettre à la division de nous réduire à néant. Seule une alliance forte et sincère entre les filles et fils de cette terre pourra nous permettre de surmonter les défis, qu’ils soient internes ou imposés de l’extérieur.
L’histoire, pour notre survie, nous impose à forger un vrai Pacte de gouvernabilité inclusif, visionnaire et ambitieux. Non pas comme un simple événement symbolique, mais comme un véritable moment fondateur, pensé dans les règles de l’art, autour d’un nouvel accord politique réellement consensuel, porteur d’espoir et de changement. Un pacte où l’intérêt du pays l’emporte enfin sur les ambitions personnelles.
L’accord du 3 avril a montré ses limites, il est devenu tacitement caduc !
L’heure du réveil et de la concorde a sonné.
Me Jean Henry Céant
Citoyen Haïtien
Ancien Premier Ministre d’Haïti
