Difficile d’endiguer des torrents de larmes en écoutant ce matin le récit poignant de cette dame (Mme Pamphile!?) narrant sur les ondes l’assassinat crapuleux de sa mère et de sa jeune sœur. Les victimes auraient été diaboliquement « rôties » dans l’incendie de leur maison lors des événements survenus au cours du week-end écoulé dans les parages de l’Hôtel Oloffson. Incendie allumé, juste comme ça, par les gangs coalisés, pour le bon plaisir de Leurs Majestés.
Larmes de rage, d’indignation et de révolte. Larmes d’impuissance et de honte. Rage devant de telles atrocités dont celle rapportée sur les ondes de Radio Caraïbes ce lundi n’est que la millionième partie des exactions exercées par les gangs sur une population civile sans défense, n’ayant commis pour seul crime que le péché d’habiter des quartiers abandonnés par l’État.
Indignation d’assister en témoins virtuels à de telles scènes de barbarie dépassant de loin les pires scénarios des films d’horreur jamais imaginés par l’esprit humain. Révolte devant l’impuissance de ces populations, déjà à la limite de la survie, à se protéger. Révolte bien comprise pour le sort de tous ces membres des familles n’ayant même pas le temps ou la force de s’enfuir devant l’imminence du danger.
Honte de prétendre appartenir à l’élite du pays, à une certaine élite, dont les trois composantes sont tout autant condamnables, même à des degrés divers. Une élite politique flibustière, occupée à la rapine et aux combines douteuses, saprophytant à la fois l’État et le peuple. Une élite économique fermée sur elle-même et croyant dur comme fer qu’elle ne peut prospérer que par le monopole, la contrebande et la cooptation d’agents politiques déclassés. Une élite intellectuelle accusant déjà le poids des ans, aux portes de la précarité avec les déficits physiques et les soucis matériels, en panne de succession. Face à une réserve naturelle de jeunes préférant le clinquant de la monnaie au mutisme de l’intellect, empressés de posséder tout de suite ce que les gens normaux mettent une vie à accumuler et s’instituant (tu quoque fili mi!) dirigeants dans l’élite politique flibustière avant même d’achever leur premier cycle universitaire.
Toute cette élite n’a donc pas été en condition de voir venir cela. Il se dit même, dans certains milieux, qu’une partie de cette élite a planté elle-même les semences de ce chaos. Elle n’a pu ni l’empêcher de se produire, ni pouvoir, de son confort petit-bourgeois, imaginer et proposer aucune réponse viable à aucun problème concret. Une élite, hélas, bien pauvre d’esprit! Une élite bien répugnante, comme un dirigeant étranger eut à la qualifier, il y quelques années, avec, bien malheureusement, une bonne dose de condescendance! Une élite avec une minorité entreprenante, mais aussi une majorité de silencieux, vivant au jour le jour. Attendant les événements, les subissant même tout autant. Ayant depuis longtemps jeté l’éponge et espérant, comme le commun des citoyens ordinaires, qu’une intervention étrangère vienne nous sortir de ce bourbier.
Le discours politique d’opposition des trois dernières décennies a tellement galvaudé le terme de « massacre » qu’il est difficile de trouver un mot idoine pour qualifier les tueries de masse d’aujourd’hui, crapuleuses et bien gratuites, qui se produisent au quotidien, sous nos yeux, depuis le déclenchement de cette opération de déboulonnage national. On aurait dit que les enfants du peyilòk sont en train de dépasser, et de loin, leurs maitres et co-géniteurs. Assassinats à Carrefour-Feuilles, à Kenscoff, à Delmas, dans l’Artibonite, pour ne citer que les cas les plus médiatisés. Ces atrocités se produisent aussi sous les yeux d’une aristocratie internationale, repue et fatiguée, qui n’éprouve nullement le besoin de surseoir sur le steak saignant pour s’émouvoir pour des NÈGRES qui s’entretuent en Haïti. Après tout c’est bien dans leurs gènes, ces nègres, pense-t-elle. N’ont-ils pas déjà fait cela au Rwanda en 1994? Ils n’auront (ces nègres), se dit-elle, qu’à s’arrêter lorsque leur bon désir ou leur bon vouloir les prendront ou lorsque leur feu et leurs stocks de munitions auront été épuisés.
Devant toute cette cruauté, dont aucune justification ne pourrait établir le bien-fondé, il y a vraiment lieu de prendre une minute de recueillement à la mémoire de toutes ces victimes innocentes, sacrifiées sur l’autel de l’antipatriotisme, de la flibusterie politique et du gloutonnement comptable.
Ou une journée de jeune et de prière. Pourquoi pas même une neuvaine? Pour exorciser notre terre de ces démons nourris de son sein et qui déversent sur le peuple l’enfer qu’ils portent dans leurs cœurs déshumanisés. Voire même une période entière de flagellation. Tiens! ne sommes-nous pas dans le temps de Carême. Pourquoi ne pas y mettre tout le temps du Carême? Tout cela peut paraitre bien religieux, très catholique même et trop peu parlant aux protestants, vodouisants ou non-croyants. Et pourtant, aucune foi n’est nécessaire pour se rappeler les personnes disparues que nous avons connues et aimées. Aucune confession religieuse n’est pré-requise pour rendre hommage aux défunts. Nous portons tous, avec ou sans croyance, le deuil de nos êtres chers partis sans retour.
Alors, n’ayons pas peur des mots, encore moins des bonnes intentions. Ciblons ensemble ce temps de contrition pour nos manquements et nos silences, ce temps de compassion pour les victimes et de solidarité envers leurs familles. Prenons ce temps de Carême pour faire, toutes et tous, notre part de sacrifices, une part de notre renoncement qui doit servir d’expiation pour nos errements collectifs. Le temps d’une CURE. Une CURE DE CARÊME! Pour nous tous et plus spécialement pour tous ceux qui, par effraction, prétendent nous gouverner depuis au moins 5 ans.
Et, comme le temps s’y prête bien, CURE D’AMAIGRISSEMENT à la tête de l’État! Au cours des 4 dernières années depuis l’assassinat du Président Jovenel Moise (2021-2025), le budget national a augmenté de 68% en variation absolue. Les deux régimes de transition (Ariel Henry et CPT) auraient consommé en 4 ans, la bagatelle de 1249 milliards de gourdes, soit l’équivalent de 9.5 milliards de dollars américains environ. Or il ne s’est passé pratiquement pas d’investissement public significatif, ni à Port-au-Prince, ni dans les départements. Où donc est passé tout cet argent? Pendant ce temps, les moyens manquent pour protéger la population des assauts des bandits, selon ce que répète religieusement et inlassablement la PNH à chaque intervention publique de ses porte-parole. Il y aurait encore moins de ressources pour apporter un peu de secours à ceux qui n’ont pas les moyens d’en réchappe. A ceux qui, chanceux, se regroupent dans des camps de fortune. Ou à ceux qui, moins favorisés par le sort, se retrouvent à errer d’une zone à une autre, trainant, sans destination connue à l’avance, le lourd fardeau qu’ils sont devenus pour eux-mêmes.
Oui ce temps de Carême est bien le moment de faire un geste symboliquement fort et significatif. Une cure utile. Pour les gangs armés comme pour le CPT, Leurs Majestés Présidentielles et leurs cours respectives. Seulement 40 jours. Encore moins au fait! 15 jours sont déjà écoulés. Il n’en reste que 25. Le temps du sacrifice est confortablement allégé. Rien que 25 petits jours.
Pour les gangs armés, de faire une pause… ou un arrêt définitif. De fermer la vanne de sang, de destruction et de deuil. Car personne ne quitte ce monde sans payer pour ses actes. La facture arrive toujours. Immanquablement. Impitoyablement. Un jour ou l’autre!
Pour les dirigeants, rien de plus qu’une petite cure de renoncement symbolique et d’amaigrissement « transitoire! ». En refusant les privilèges pendant 25 jours. Pour les rediriger sélectivement sur les deux seules priorités nationales du moment : la sécurité et la solidarité avec les victimes.
Sécuriser les zones et quartiers menacés. Débloquer des couloirs de passage pour les victimes et les déplacés qui souhaitent aller reprendre leur souffle ou se reconstruire dans les départements d’origine. Prendre en charge toutes les victimes, aux plans matériel et psycho-social. Accompagner dans la dignité tous ceux et toutes celles qui sont hébergés.es dans les camps qui n’ont nulle part ailleurs où aller. Qui découvrent avec horreur que « moun Pòtopwens se chen san ke »! Oui, les aider à retourner chez eux dans des quartiers récupérés et durablement pacifiés.
Pour le mois qui reste encore de ce temps de Carême, Messieurs-dames les Présidents, Monsieur le Premier Ministre, décrétez que tout le 1/12 mensuel du budget soit investi dans la sécurité et la réparation des victimes, hormis les salaires du petit personnel et des cadres intermédiaires. En temps d’abondance et de vaches grasses, il arrive à la nation d’accorder un quatorzième mois de salaires. Nous sommes en période disette et de vaches exsangues. La nation a besoin d’un mois de salaire de ses staffs dirigeants, du Chef de service aux Présidents.
Allez-y! Présidents, PM, Ministres, DG, grands commis. L’heure est à la participation au sauvetage collectif. Consentez ce petit effort pour nous tous, mais aussi et d’abord pour vous. Dans l’intérêt de votre employeur, l’État, et dans le vôtre propre.
Patience! Patience! Après le Carême ce sera la Pâques, le temps de la victoire. De l’abondance et de la bombance pour ceux qui, comme vous, sauront rester du bon côté de la marmite nationale. Pour vous, ce sera l’exonération totale d’obligation de faire des élections. Vous pourrez jouir paisiblement d’une transition à perpétuité. Un mandat d’éternité pour chacun, à tour de rôle, selon l’ordre de préséance dont le sort aura décidé…
Au nom de tous les esprits, tous les guinen et tous les loas et qui commandent les 9 « kalfou danjere ».
Au nom de la Triple Trinité 9 fois sainte! Ainsi soit-il.