Je vous parle, jeunes Haïtiens et Haïtiennes, vous qui êtes dans la rue, qui prenez des armes, qui terrorisez, tuez, violez. Je vous parle de vous, qui détruisez vos propres communautés, vos frères et sœurs. Mais je m’adresse aussi à ceux qui résistent, à ceux qui, malgré tout, refusent de se laisser entraîner dans ce piège. Le système vous veut prisonniers. Vous ne comprenez pas que vous êtes devenus les marionnettes d’une guerre que vous ne menez même pas. Vous croyez que vous avez du pouvoir, que vous êtes des héros dans cette violence. Mais ce n’est pas vrai. Vous êtes des pions, des outils entre les mains de ceux qui vous manipulent.
Ceux qui vous vendent des armes, ceux qui vous forcent à vendre votre âme pour quelques billets, ce sont eux qui vous exploitent. Ceux qui viennent des États-Unis, de la République dominicaine, qui vous fournissent les fusils pour tuer vos propres frères, vos propres sœurs. Ceux qui vous font croire que l'argent est plus important que votre dignité. Ceux-là ne sont pas là pour vous aider, pour vous élever. Non, ce sont eux qui vous maintiennent dans la misère. Ils veulent que vous soyez des instruments de leur propre profit. Ils vous vendent des armes, mais ils vous vendent aussi des rêves brisés, des illusions. Ils vous font croire que vous êtes puissants, mais en réalité, vous êtes leurs esclaves modernes.
Mais ce n'est pas tout. Ceux qui vous font transiter la drogue vers la Colombie, ceux qui exploitent la main-d'œuvre représentée par vos frères et sœurs exilés en Occident et dans l’hémisphère, ceux-là aussi vous écrasent. Ils ne vous voient pas comme des êtres humains. Vous êtes des instruments pour faire tourner leur système, des pièces du puzzle qui leur rapporte des millions. Ils utilisent votre désespoir pour vous transformer en marchands de mort, en trafiquants, en esclaves de la consommation. Chaque fois que vous tuez pour eux, chaque fois que vous acceptez de vendre votre âme pour un peu d’argent facile, vous alimentez un système qui vous détruit, qui détruit votre peuple, qui vous condamne à vivre dans l’ombre de ce qu’il pourrait être.
Et n'oublions pas ceux qui orchestrent les interventions militaires dans le pays, ceux qui détruisent nos communautés sous le prétexte de la "sécurité" ou de la "stabilité." Ils viennent, ils détruisent, ils pillent, puis ils repartent en laissant des ruines, des âmes brisées, un peuple qui reste à ramasser les morceaux. Pendant ce temps, ces puissances étrangères se servent dans les mines qu'ils ont volées aux paysans, ceux qui ont été forcés de fuir, dont les terres ont été accaparées pour nourrir les appétits des grands empires économiques.
Ce ne sont pas vos frères et sœurs qui vous oppressent. Ce n’est pas la violence qui va vous rendre libre. Ce n’est pas l’argent facile, ni la guerre avec le peuple qui va vous sauver. Vous êtes en train de jouer un rôle que vous n'avez pas choisi, un rôle que ceux qui vous exploitent ont écrit pour vous.
Vous êtes la marchandise dans ce système que vous ne comprenez même pas. Comme le disait le juge Lynn : "Avant, on cueillait le coton. Aujourd’hui, nous sommes le coton.” Vous êtes le coton du néocolonialisme, vous êtes le produit de ce système de violence, et vous ne le voyez même pas. Vous croyez que vous êtes libres, que vous avez le contrôle. Mais vous êtes les esclaves modernes d’un système invisible, d'un système qui se cache derrière la misère, derrière la violence, derrière la destruction.
Vous n’êtes pas libres. Vous ne contrôlez rien. Vous êtes des instruments dans les mains de ceux qui exploitent, qui volent, qui détruisent sans jamais avoir à souiller leurs mains de sang. Vous êtes devenu ce produit, ce bien que l’on échange, que l’on utilise, que l’on jette.
Ce n’est pas avec des armes pointées sur vos propres frères et sœurs que vous allez gagner quoi que ce soit. Ce n’est pas en tuant ceux qui vous ressemblent que vous allez obtenir votre liberté. Vous devez vous rappeler ce que disait Toussaint Louverture: « Je prendrai tes armes et je te vaincrai avec. » Les armes que vous avez entre les mains ne doivent pas être utilisées contre votre peuple. Elles doivent être dirigées contre vos véritables ennemis, contre ceux qui vous maintiennent dans cette misère, contre ceux qui vous exploitent et vous détruisent pour leur propre profit. Le vrai combat, celui qui compte, c’est celui contre les oppresseurs, contre ceux qui profitent de votre misère. Ce sont eux qui sont responsables de ce système de violence, de pauvreté, de dépendance. Et ceux qui vous vendent des armes ne font que vous exploiter, vous transformer en esclaves modernes.
Il est temps de comprendre que ce n'est pas en nous battant les uns contre les autres que nous gagnerons. La vraie lutte, la vraie révolution, est celle qui nous mène à la liberté collective, à l’unité, à la dignité retrouvée.
Réveillez-vous ! Vous n’êtes pas des instruments de destruction. Vous êtes un peuple libre, mais vous devez arrêter de nourrir ce système qui vous écrase, qui vous réduit à n’être que des marchandises, des pions dans un jeu qui ne vous appartient pas. Nous devons arrêter de tuer nos rêves, de détruire notre propre avenir. Nous devons lutter pour une Haïti libre, digne, et unie.
A propos de l’auteur :
Jackson Jean est bousier (ex) du programme des Nations unie pour les personne d'ascendance africaine (OHCHR, Suisse), titulaire d’un diplôme en philosophie de libération (USI, Argentine) et d'un diplôme d'études avancées en gestion législative et politique publique (UNSAM, Argentine), avec une concentration en Affaires étrangères, Sécurité intérieure et Défense nationale, il s’intéresse particulièrement aux coopérations Sud-Sud, à la géopolitique des droits humains et aux impacts des politiques étrangères sur les peuples historiquement marginalisés.
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