Pour sortir de la guerre permanente

Par définition simple, les guerres sont faites pour anéantir un adversaire et prendre possession de ses territoires, de ses biens ou de sa personne.

Hugues JOSEPH
06 mars 2025 — Lecture : 14 min.

Par définition simple, les guerres sont faites pour anéantir un adversaire et prendre possession de ses territoires, de ses biens ou de sa personne. Il en est ainsi pour les sociétés, les nations, comme pour les individus. Qu’elles soient mues par le désir de conquêtes ou engagées juste pour l’honneur, toutes les guerres entraînent des conséquences imprévisibles. Elles finissent toujours par des destructions plus ou moins importantes. Dans les deux camps. Mais plus encore sur le territoire où se livrent les affrontements. Destruction du milieu naturel. Destruction des infrastructures. Mort des soldats comme des civils, surtout des femmes, des enfants et des personnes âgées ou à mobilité réduite. Destruction mentale et morale d’une partie de ceux qui survivent.

Ii est des guerres qu’on a voulues. D’autres qu’on a cherchées. Il y a aussi celles  qu’on aurait préféré éviter mais dans lesquelles on s’est retrouvé engagé parce qu’on n’a pas eu le  choix. Il y a des guerres qu’on ne veut ni livrer, ni subir. Mais la constante de toutes  guerres, c’est la perte. Des  pertes énormes dans les deux camps, rarement compensées, même pas par le butin amassé par le vainqueur. Après tout, ce sont les hommes les ressources les plus importantes. Perdre des hommes, même des ennemis, c’est  perdre l’essentiel, la seule chose qui compte vraiment. Il est vrai que les états-majors politiques et professionnels restent bien au chaud ou au frais, selon le cas, n’envoyant mourir dans les tranchées que les enrôlés. Ces enfants du peuple qui vont mourir pour rien. Eux dont les conditions n’auraient changé d’un iota, avec ou sans guerre, après la victoire comme après la défaite.

Les guerres remontent à la nuit des temps. Elles sont toujours destructrices. Elles peuvent être brèves ou très longues. Mais que l’on gagne ou que l’on perde, il y a des phases où l’on se consacre à la réparation, la reconstruction, physique ou mentale,  ou les deux, pour jouir tranquillement de la paix retrouvée. Ou pour se préparer à repartir en guerre. Ce temps d’arrêt ou de reconstruction est, pour les sociétés ou les parties belligérantes, comme le week-end du citoyen ordinaire. Un temps de ressourcement. Un temps de ravitaillement. Un temps de jouissance des bienfaits de la conquête. Un temps de réparation après la défaite subie, qu’elle soit engagée par le vainqueur ou par le vaincu à partir de ses réserves.

Sans ce répit, toutes les sociétés engagées dans des guerres finiraient par craquer, même en alignant victoire sur victoire. Aucun conquérant ne saurait engager constamment ses soldats sur le front. L’épuisement physique sape le moral, suscite la mutinerie et la contestation de l’autorité des chefs, effrite donc les bases intrinsèques des armées. On ne gagne plus rien avec une armée en rébellion. Autant passer tout de suite toute la troupe devant le peloton d’exécution. Que dire d’un pays, d’une société ou d’un territoire engagé en permanence dans la guerre, sans espoir de s’en sortir un jour? Sans aucune chance d’en sortir vainqueur.

On ne peut faire la guerre en permanence. Même en étant toujours vainqueurs, on s’expose à l’implosion. La nature humaine a besoin de redescendre un peu, à chaque fois qu’elle est montée trop haut, comme si le contact avec la terre ferme était important à son équilibre. Cette grille de lecture tirée de l’expérience universelle est éclairante pour comprendre le drame d’Haïti. Quel pays au destin plus singulier! On a marché de la gloire à la débâcle,  sans trop bien comprendre quand la gloire a commencé  à s’estomper pour faire place progressivement à l’ignominie et la ruine.

La réalité est qu’Haïti a été un territoire de guerres permanentes. Elle a été toujours en guerre, tous les types de guerre. Sans pause ni répit. Elle est entrée dans l’histoire mondiale avec l’invasion européenne et l’offensive menée par les Espagnols contre les Indiens vite décimés, les premiers perdants. Elle a vu, sous l’occupation française de Saint-Domingue, la répression sans merci livrée par les colons contre leurs esclaves pour en tirer le maximum de profits sans consentir le moindre frais. Ces esclaves noirs venaient eux-mêmes de guerres tribales menées ou alimentées en Afrique de l’Ouest dans le seul but de conquérir des êtres humains comme prisonniers pour les déshumaniser, les marchandiser et les vendre par lots comme de la patate ou des mangues, pour le travail servile dans les plantations coloniales.

Cette guerre contre la personne humaine, codifiée et légitimée par le Code Noir de 1685, a été le déclencheur de la seconde guerre d’esclaves -la première victorieuse- conduite dans l’histoire universelle[1]. Mais, cela a pris un siècle avant que les esclaves dominés, éternels vaincus de la guerre coloniale, parvinssent à s’organiser assez pour se soulever et engager eux-mêmes leur propre guerre de libération contre le système colonial abêtissant et inhumain. Cette guerre a de singulier qu’elle n’a pas opposé deux nations différentes,  par suite d’une invasion du territoire de l’une par l’autre. Elle a mis face à face, sur un même territoire, deux classes sociales avant Karl Marx, le colon et l’esclave, longtemps avant le capitaliste et le prolétaire. Deux classes sociales érigées sur des préjugés de races, deux races différentes, dont l’une se croyant supérieure dominait et asservissait l’autre qu’elle considérait inférieure, juste comme un ramassis des bêtes de somme, même pas comme des êtres humains.

La victoire des esclaves dominés était loin d’être même envisageable, tellement les forces, la culture et l’expérience militaires étaient disproportionnées. Mais le désespoir est une arme redoutable. On ne craint plus rien quand on n’a plus rien à perdre. La mort était la seule conclusion de l’alternative. Elle était inscrite sur les deux faces de la médaille. Mourir en combattant pour conquérir sa liberté. Ou mourir sous le fouet ou les armes du colon parce qu’on craint de se rebeller. Cette guerre de libération devait  détacher le combattant,  l’esclave rebelle, de toutes ses attaches matérielles, avec la promesse de les retrouver peut-être après la victoire, s’il s’en sort vivant. Quant aux ressources de l’ennemi colon, un seul mot d’ordre : mettre le feu, incendier. Pour le colon lui-même, une seule consigne : couper sa tête.

Ainsi la guerre de conquête de notre liberté et de notre indépendance s’est faite en détruisant le potentiel économique même dont le nouveau pays allait avoir besoin pour se construire. Quel dilemme inextricable, cet embarras du choix  a dû représenter pour nos ancêtres!  Se retrouver, pour survivre, à détruire les bases mêmes de leur survie! Mais l’embarras n’était qu’apparent. L’esclavage colonial ne laissait guère le choix. Quand il faut sortir de l’enfer, on ne lésine pas à se demander comme cela se passe à l’extérieur. Le seul choix est de sortir et de voir après, en espérant faire mieux en partant sur d’autres bases dans lesquelles les préjugés raciaux seraient à jamais bannis.

Telle a été notre guerre pour la conquête de notre indépendance. Cela fait déjà deux siècles et quart. De  1791 à 1803, douze ans de luttes acharnées à ajouter aux deux siècles (17ème et 18ème siècles) de marronnage et d’infanticide que les esclaves ont trouvés comme seules armes face à la guerre coloniale et esclavagiste. Après 1804, il nous fallait un répit pour tout reconstruire. Mais ce répit n’est jamais venu. Deux siècles plus  tard, nous sommes toujours en guerre sous des formes diverses. Nous n’avons jamais eu le temps de pause nécessaire pour commencer à panser,  réparer,  penser pour reconstruire et construire. Regardons brièvement quelques-uns des épisodes chaotiques, sur fonds d’affrontements sanglants, qui ont jalonné notre histoire nationale :

  1. 1806: Assassinat de l’Empereur Jean-Jacques Dessalines.
  2. 1806: Guerre de scission entre le Nord et le Sud. Deux pays en même temps  sur un territoire coupé en deux: une république  dans le Sud et un royaume dans le Nord, laissant la partie de l’Est en état d’orphelin.
  3. 1825: Menaces de  réoccupation de la France pour forcer à payer la rançon de l’indépendance
  4. 1822 – 1855: Les différentes missions de prise de contrôle de la partie de  l’Est
  5. 1843: Acaau et les Piquets
  6. 1848: Soulouque, Similien et les Zinglins
  7. 1850-1880: Diplomatie de la canonnière : Affaire Batsch, Affaire Luders, Affaire Navase
  8. 1867-1869: Guerre civile Piquets contre Cacos sous Salnave
  9. 1883: Insurrection et guerre des Libéraux contre Salomon à Miragoane et Port-au-Prince
  10. 1888-1889: Poursuite de la guerre civile contre le  Gouvernement de Salomon
  11. 1896: Invasion de Jacmel par Mérisier Jeannis
  12. 1890-1910: Guerres de conquête du pouvoir par les troupes venant du Nord (Alexis) ou du Sud (Antoine Simon)
  13. 1902: Amiral Killick et Firmin contre Nord Alexis et Boisrond-Canal
  14. 1912: Explosion du Palais national avec Cincinnatus Leconte
  15. 1915: Occupation américaine et guerre insurrectionnelle des Cacos
  16. 1960-1980: Duvalier Père et fils, les Tontons Macoutes et les kamoken : invasions et répressions
  17. 1986: Guerre de reconquête des droits citoyens (déchoukage, syndicats, organisations populaires, libres tribunes, partis politiques, nouvelle constitution)
  18. 1987 : Élections et massacre de la Rue Vaillant
  19. 1991: Coup d’état militaire, FRAPH
  20. 1994: Occupation militaire américaine et onusienne, destruction de l’Armée et chasse aux militaires
  21. 2003: GNB vs kokorat, Opération Guy Philippe
  22. 2004: Occupation militaire, Mission des nations-Unies,  Opération Bagdad
  23. 2005: Opération des forces brésiliennes sur Cité Soleil, mort de Dread Wilmé
  24. 2015: Élections générales sur fonds d’armement des bases des candidats sur tout le territoire
  25. 2018 -2020: Peyi lock, montée des gangs armés
  26. 2021: Assassinat du Président Jovenel Moise
  27. 2021: Extension des gangs, mutinerie prison Croix-des-Bouquets, évasion et mort d’Arnel Joseph
  28. 2023: Guerre des gangs et mitage du territoire :
  29. 2024: Consolidation de la puissance militaire des gangs – Guerre d’extermination dans l’Artibonite avec Gang Savien, Mission des militaires kenyans
  30. 2025: Occupation de la zone métropolitaine, Invasion de Kenscoff, opérations contre les gangs.

La liste est en effet très longue. En deux siècles, on a vu différentes formes de guerres.

  1. Les menaces de guerre des anciennes puissances coloniales ou de pays plus forts (France, Allemagne, USA)
  2. Nos guerres internes pour la conquête du pouvoir avec des généraux, en lien avec des pans différents de notre dénommée bourgeoisie, utilisant la paysannerie pauvre et le lumpen-prolétariat des villes comme chair à canon;
  3. Nos régimes politiques répressifs civils ou militaires luttant pour leur survie et utilisant la guerre ou la répression contre leurs ennemis et adversaires politiques, souvent par le peuple interposé comme victime ou comme bourreau, selon le cas.
  4. Depuis 1986, des luttes pour le pouvoir instrumentalisant le peuple revendicatif et s’attaquant aux infrastructures publiques destinées au service de cette même population (chaussée goudronnée, écoles, hôpitaux, tribunaux, casernes et commissariats, sièges de ministères).

Nous sommes donc en guerre depuis deux siècles, avec peut-être une petite accalmie en 1946 et au début des années 1980, avec  la détente concédée par le régime jean-claudiste sous l’impulsion du Président Jimmy Carter et du Pape Jean-Paul II. Dans toutes ces guerres, les parties en présence étaient clairement établies, les raisons des conflits clairement énoncées, les objectifs clairement exprimés. Les protagonistes se livraient leurs hostilités en se trucidant entre eux, sans exercer d’exactions ou de représailles sur les civils. Dans toute cette période tourmentée, le peuple n’a jamais été aux commandes. Au mieux des cas, il a servi d’alibi. L’apogée de – cette stratégie fut atteinte après 1986 avec des régimes politiques affichant une façade populaire masquant une nomenklatura affairiste et exclusiviste. Au pire des cas, dans tous les cas, le peuple a servi de prétexte pour des politiciens opportunistes et véreux aspirant au pouvoir pour leurs seuls avantages.

Pourtant aucune de ces guerres n’a été autant destructrice que celle que nous vivons aujourd’hui, et ce depuis 2018. Jusque dans les années 1990, les infrastructures économiques, les équipements collectifs ont été tenus à l’abri des échauffourées politiques, hormis les épisodes d’incendie du palais national[2]. Dans la situation présente s’apparentant curieusement de près à celle de la récente guerre israélienne à Gaza, tout ou presque est systématiquement et méthodiquement détruit. La situation du Centre-ville est pire qu’après le tremblement de terre de janvier 2010. L’aéroport principal est fermé.  Les bâtiments commerciaux sont désertés ou pillés ou occupés. Des pans entiers de la capitale sont devenus des territoires perdus, aux mains d’un ennemi craint et redouté. Le peuple renonce à sa liberté de circulation. Il se donne ou accepte volontiers les nouvelles frontières qui lui sont imposées par la perte de contrôle des forces de sécurité. Il ne semble pas que nous ayons un commandement qui  se reconnait  en état de guerre et qui adopte des attitudes et comportements de chefs en guerre. Toute la classe politique participant au pouvoir d’État  s’agglutine sur le petit territoire de la capitale non encore perdu, de la taille d’un terrain de football. Là, timorée et bien à l’abri, elle discute du partage du gâteau national,  sans pouvoir garantir même sa propre sécurité.

Pendant ce temps, l’ennemi clairement identifié entretient le mythe sur ses capacités réelles et suscite ainsi la peur jusqu’aux plus hautes autorités prétendues de l’État. Cet ennemi c’est enfin une frange du peuple. Qui dit s’affranchir de la tutelle et de la manipulation de la classe politique, de l’élite économique et du pouvoir d’état. Si on n’y prend garde, on pourrait croire à une réplique de la révolte des esclaves contre l’autorité coloniale. Pour mémoire, les bandes d’esclaves en guerre contre les colons incendiaient les plantations et les demeures des colons. Mais pas les places  à vivres, pas les cases de leurs frères/sœurs esclaves.

Les guerriers d’aujourd’hui (force est d’appeler ainsi les gangs armés) ne semblent s’embarrasser d’aucun scrupule, d’aucune appartenance. De manière indiscriminée, ils attaquent, brûlent, pillent, incendient les maisons et les quartiers des couches les plus défavorisées de la population. Tous indistinctement  sont victimes de ces exactions. Même les structures les plus emblématiques de services à la population sont saccagées et vidées, le meilleur exemple étant l’Hôpital Général. Aux dernières informations, une nouvelle stratégie d’extension territoriale a amené ces groupes armés à s’en prendre aux pauvres paysans des sections communales de Kenscoff avec les mêmes stratégies de table rase, de saccage, d’incendies et d’assassinats odieux et crapuleux.

Que veut donc cette nouvelle armée improvisée sur la dépouille de nos Forces Armées que nous avons délibérément ou inconsciemment détruites pour des raisons strictement politiques? Pour qui se bat cette nouvelle armée? Est-elle sur les fronts pour son propre compte avec l’intention de prendre la direction du pays, pour profiter de son tour, comme les régimes précédents, ou y opérer des changements en profondeur? Mais avec quelle crédibilité après tant de crimes, de kidnappings, de pillage et de viols? Est-elle juste un Cheval de Troie au service d’intérêts étrangers? Ou bien s’agit-il simplement d’une entreprise criminelle pour amasser de l’argent sur le sang  du peuple et les cendres de la nation? En profitant d’une période de vide,  d’instabilité et de fragilité où une classe politique cupide et sans vision a totalement détruit l’image, le symbole et la puissance de l’État pour les seuls avantages matériels de ses membres.

 Il est préoccupant d’observer que les chefs visibles de ces gangs sont tous issus du peuple, enfants des quartiers populaires marginalisés, certains fonctionnaires ou professionnels déclassés, fils d’anciens chômeurs ou d’anciens chefs de quartiers ou d’organisations populaires laissés à la marge. Tous les soldats ou les membres de la troupe sont eux-mêmes des enfants du peuple. Leur dénuement  tranche avec l’opulence affichée par les chefs de gang. Ces derniers produisent et diffusent à dessein des vidéos où ils se pavanent dans des palais édifiés au cœur même des quartiers populaires insalubres où aucun service public n’arrive plus, mais n’ayant rien à envier aux résidences cossues des  plus nantis de l’élite économique et politique.

 Autour de cette armée gravitent, il  faut aussi le rappeler, des éléments de la classe politique misant sur des alliances en vue des élections éventuelles toujours attendues, des éléments de la classe des affaires, dont ceux qui font appel à ces gangs pour protéger leur business ou punir un concurrent, ceux également qui font le commerce lucratif d’approvisionner cette armée en armes, munitions et logistique. Sans oublier des professionnels qui offrent leurs services techniques pour amasser aussi un peu de fric dans ce temps d’impunité absolue.

Voilà donc réunis tous les ingrédients d’une guerre non conventionnelle : une armée ennemie sans cible connue, ne se donnant aucune limite, n’exprimant aucun objectif cohérent, n’ayant aucun soutien de la population et détruisant la capitale mieux que ne sauraient le faire des ennemis les plus acharnées avec des armes conventionnelles. Jusqu’où ira cette guerre des gangs contre la nation? Le savent-ils eux-mêmes? Dans quel état en sortira à la fin le pays?  Aucune réponse n’est possible aujourd’hui. Aucune limite n’est non plus à espérer.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’épisode actuel de la guerre, de ce type de guerre, ne peut que nous enterrer  davantage. Elle détruira tout, y compris ce qu’il est le plus difficile de restaurer : l’image de notre pays. Elle présente le seul avantage de nous montrer clairement ce qu’il ne faut pas faire pour ne pas continuer à semer les graines  qui peuvent reproduire et amplifier ces genres d’armées partout  à travers le pays. Elle nous apprend que l’exclusion et l’ostracisme ne mènent qu’à la ruine.

Elle nous enseigne que nous n’aurons jamais la paix pour commencer à construire un pays, tant que nous n’aurons pas compris que nous avons tous des ancêtres qui se sont sacrifiés dans la seule bonne guerre de toute notre histoire, celle qui a conduits à notre indépendance. Qu’à ce titre chacun mérite de sortir pour de bon de l’esclavage pour jouir pleinement de sa dignité de citoyen, dans des conditions de vie meilleures que de celles de la colonie de Saint-Domingue, dans lesquelles pataugent encore certains.es  de nos sœurs et frères restant enchainés.es depuis deux siècles dans une pauvreté innommable.

Il n’y a pas mille manières d’y arriver. Il n’existe pas beaucoup d’options à notre portée.  Nous devons enfin commencer maintenant à construire ensemble un État fort, responsable et solidaire. Un État bon père de famille, qui accepte de ne pas manger tant que le plus petit de ses enfants ne sera pas rassasié. Un État-pélican qui accepte de se priver pour le bien-être de la couvée nationale. Sinon c’est Jacques Roumain qui aura raison avec Délira dans son cri déchirant: « Nous mourrons  tous !!!».  Sinon, nous risquons fort de mourir tous, en effet,  sans voir un pays meilleur. Sinon, nulle guerre n’aura été autant inutile que celle menée par nos ancêtres en rêvant de pouvoir faire d’Haïti un havre de paix,  une terre de liberté, d’égalité et de fraternité.  

 

[1] Si l’on tient compte de la révolte des esclaves (prisonniers de guerre) dans la Rome Antique sous le leadership de Spartacus.

[2] Explosion du Palais national le 8 août 1912, emportant le Président Cincinnatus Leconte