Le bon sens, nous dit Descartes, est la chose du monde la mieux partagée. Pourtant, chez nous le non-sens semble prendre le dessus tant les formes de rationalisation sont déroutantes. En dépit du fait que les protagonistes du chaos (bandits à veste et leurs suppôts des ghettos) continuent d'endeuiller les familles haïtiennes, l'ordre voulu par eux est rejeté stoïquement d'un revers de main. D'où le peuple haïtien tient-il cette force de caractère?
Les masses populaires ont toujours fait les frais de cette politique nihiliste qui ne profite qu'à ses concepteurs (la quasi-totalité des nantis et leurs vassaux politiques). Pour elles, la violence aveugle n'a jamais été une option. Trahies de multiples fois lorsqu'elles ont été embarquées dans des batailles qui étaient faussement les siennes, les masses se sont réinventées en adoptant la débrouillardise comme mode de vie ou de survie.
Comme on leur avait refusé l'égalité économique dès la genèse de l'État, elles n'ont, pourtant, jamais opté pour l'indignité, le vol ou la criminalité de toutes sortes. A la faveur d'activités variées (petit commerce, agriculture, élevage, pêche, artisanat, métier, expatriation...), les masses se sont évertuées à relever les défis que leur impose l'existence.
Ainsi, les bandits auront beau faire, mais ils ne pourront pas leur imposer l'inacceptable. Pour preuve : les différentes formes de résistance qu'elles leur opposent.
Commençons par le "bwakale" qui est la plus haute expression du refus de l'ordre voulu par les bandits. Quand la justice instututionnelle fait défaut, la justice populaire, dite expéditive, prend le relais. Le "Bwa kale" peut, certes, faire d'innocentes victimes, et, sûrement il en a fait, mais c'est un discours réactif qui répond proportionnellement aux actes des malfrats.
Par ailleurs, la résistance farouche que leur opposent certains jeunes de certains quartiers en dit long. Se priver de nuits de sommeil pour faire la sentinelle n'est pas une mince affaire.
De plus, la chasse aux bandits mis en déroute lors de quelques offensives doit être notée comme un non à l'ordre chaotique que ces terroristes veulent perpétuer.
Comme au moment où Bonaparte et les siens (expédition de février 1802 commandée par Charles Leclerc puis par Donatien Rochambeau) voulaient rétablir l'esclavage et où le mot d'ordre était "vivre libre ou mourir"; de nos jours, la société haïtienne est à un tournant décisif où le mot d'ordre doit être "vivre paisiblement ou mourir". Ces ennemis de l'intérieur sont redoutables, certes, mais ils peuvent être défaits. Les macoutes et d'autres milices ont été neutralisés par le passé. On peut en venir à bout de ce monstre tantaculaire qui a à son compte tant de cruautés. Cette machine infernale a broyé sur son passage jeunes et vieux et même de nombreux enfants, voire des nourrissons. Elle dévore des femmes jusque dans leur intimité. Seul un véritable branle-bas puisse en avoir raison : de braves gens couplés à de braves soldats et policiers.
La sécurité étant le premier des biens publics, elle ne peut nous être ravie pour toujours. Un retournement de situation s'impose, quitte à prendre le taureau par les cornes ou forcer les autorités à s'acquitter de leur mission.
La volonté populaire veut que les bandits soient neutralisés, pas chassés ou délogés de leurs repaires, ce qui leur donne la possibilité de faire des exactions sporadiques.
Traqué impitoyablement par les bandits, le peuple haïtien garde une attitude stoïque vis-à-vis de ces derniers. Pris en tenaille entre ces vautours et les délinquants ou mafieux des secteurs politique et économique, il continue de dire non à cet état des choses.