Serions-nous en présence d’un mouvement politique dirigé par des extrémistes haïtiens?

L’ingérence des grandes puissances dans les affaires internes des pays en voie de développement est bien documentée à travers le globe. Loin de moi donc l’idée d’en ignorer l’existence. En Haïti, l’un des exemples les plus frappants, horsmis l’occupation, fut le coup d’État orchestré en 1957 par le général Kébreau en faveur du Dr François Duvalier avec l’approbation du Département d’État. 

Dr. Bernard Miot 
04 déc. 2024 — Lecture : 7 min.

L’ingérence des grandes puissances dans les affaires internes des pays en voie de développement est bien documentée à travers le globe. Loin de moi donc l’idée d’en ignorer l’existence. En Haïti, l’un des exemples les plus frappants, horsmis l’occupation, fut le coup d’État orchestré en 1957 par le général Kébreau en faveur du Dr François Duvalier avec l’approbation du Département d’État. 

Le Dr Duvalier n’avait pas la popularité du sénateur Louis Déjoie. Cependant, il possédait un atout primordial. Il fut l’un des médecins ayant travaillé pendant longtemps à la Mission médicale americaine en Haïti, bien connue pour son projet d’éradication du pian. Son patron, le Dr Laughlin, médecin en chef de la Mission, a certainement dû plaider sa cause au Département d’État. 
Malheureusement, ce choix a été très néfaste pour Haïti puisqu’il nous a imposé une dictature dure durant laquelle le pays a beaucoup régressé au lieu de progresser.

Cependant, insinuer que les USA sont l’allié des gangs dans le but de détruire Haïti me paraît farfelu et absurde. Pourquoi les USA agiraient-ils d’une manière singulière vis-à-vis d’Haïti car ils n’ont eu cette stratégie dans aucun autre pays?

Tantôt il s’agit de faire croire que les Blancs font payer  à Haïti son arrogance d’avoir vaincu les troupes napoléoniennes en 1804 et d’être devenu la première nation noire indépendante du monde, tantôt il s’agit plutôt de laisser entendre que ces puissances prédatrices viseraient à nous détruire jusqu’à nous rendre impuissant afin de pouvoir s’accaparer de nos ressources minières.
Aucune de ces suppositions ne me paraît logique.

La première supposition ne tient pas debout, car si c’était le cas, les USA ne nous auraient jamais libéré de leur joug en 1934.
Au sujet de la deuxième supposition, les USA et le Canada ont toujours exploité les mines en Haïti. On a l’exemple de la Sedren et de la Reynolds mining.
Il paraît évident que pour exploiter des mines, ces compagnies devraient souhaiter le faire dans un pays politiquement stable où il y aurait préférablement des infrastructures adéquates. C’est le cas de la République dominicanie où ces compagnies exploitent l’or et d'autres minerais.

Et si la vérité était tout à fait contraire à ce que l’on pense généralement ? En effet, une autre spéculation me paraît beaucoup plus plausible.
Pour ma part, il existe en Haïti depuis longtemps déjà une infiltration d’extrémistes politiques qui sont résolus à utiliser des méthodes d’une violence diabolique pour arriver à leurs fins. Cette structure extrémiste s’est graduellement développée et  semble avoir finalement atteint un niveau organisationnel assez avancé pour tenter de donner le coup fatal. Ils ont infiltré toutes les structures administratives du pays, incluant la police.


Les méthodes utilisées par les “bandits” n’ont jamais été celles de simples chenapans. J’ai été toujours étonné du manque de compréhension d’amis et de connaissances vivant tant en Haïti qu’en diaspora en regard au déroulement des événements pourtant très sérieux et dangereux dans le pays.

La plupart de mes interlocuteurs avaient pensé pendant longtemps que l’insécurité était dû aux actions de simples bandits en quête de s’enrichir par le truchement de kidnapping, de vol et de traffic de drogue. Dès les premiers actes de violence gratuite, on aurait dû se douter des vrais motifs de ces “brigands”. Ils ont dû passer par ces premières étapes pour accumuler le capital nécessaire à l’achat de leur immense arsenal de guerre afin d’enrôler d’autres combattants leur permettant graduellement de contrôler des territoires plus larges. Ce sont là des méthodes de guérilla urbaine connues et classiques. Ceux qui ont pensé qu’il s’agissait de simples bandits se sont trompés royalement. Ces groupes sont guidés par des têtes pensantes qui facilitent le traffic complexe des armes venant des USA, de la République dominicaine, de la Colombie, du Venezuéla, du Mexique et du Vietnam. Ainsi, ces  “bandits” sont bien équipés pour tenir en échec la police, l’armée et les Kényans.


Les différentes méthodes énumérées plus bas démontrent clairement que ces extrémistes ont utilisé des procédés de guérilla urbaine et ont fourni une assistance experte tant du point de vue de la stratégie qu’en regard du traffic des armes et des stupéfiants.


Méthodes utilisées:

  1. L’encerclement de la ville de Port-au-Prince 
  2. Le blocage des entrées nord et sud de la capitale.
  3. Le blocage des installations portuaires de Port-au-Prince 
  4. La destruction des commissariats de police. 
  5. L’attaque contre le Palais de Justice et des centres de détention, prisons de la capitale et de ses environs.
  6. La destruction d’écoles et d’universités.
  7. La destruction des hôpitaux et centres de santé .
  8. Les attaques contre l’aéroport Toussaint Louverture, avions et hélicoptères causant le blocage du traffic aérien et par ainsi, panique, chaos et désespoir.
  9. Les attaques contre des médias dans le but de paralyser leurs activités et d’intimider les journalistes, essayant ainsi de les réduire au silence en induisant la peur et les empêchant de dénoncer le carnage.
  10. Les attaques contre les orphelinats et autres organisations de charité.
  11. Les attaques contre des quartiers moyens et pauvres dans le but de créer le déplacement et le désarroi au sein de la population qui y vit.

Le kidnapping, les détournements de camions de transport, le pillage des entrepôts, les vols de toutes sortes ont certes grandement renfloué les caisses de ces organisations, leur permettant l’acquisition de l’arsenal nécessaire pour enrôler plus de combattants, conquérir plus de territoires et 
devenir cette force difficile à vaincre, d’autant plus qu’elle s’est pourvue du bouclier humain des bidonvilles.

S’ils étaient de simples bandits, voleurs, ils se seraient bornés à acquérir leur butin et à en jouir. Ils ne se seraient pas livrés à cette destruction systématique du pays. Cette destruction rentre dans le cadre d’une lutte de guérilla urbaine visant à paupériser davantage les populations pauvres et moyennes afin de les rendre furieuses pour ensuite essayer de les utiliser dans l’accomplissement de leur sale besogne et la réalisation de leur projet politique. Ce projet politique viserait surtout à la destruction totale des maisons d’affaires, magasins, factories, industries et autres appartenant aux gens aisés. C’est en gros la politique de la terre brûlée qui finira par annihiler Haïti.

Malheureusement, ils ont déjà gagné à leur cause beaucoup d’acolytes au sein de la police et des structures gouvernementales.
Les efforts de démantèlement de leur organisation criminelle se sont révèlés infructueux puisque les moyens employés ont été très insuffisants.
Si une force militaire nombreuse, bien entraînée et équipée ne nous vient pas en aide avec des moyens financiers adéquats, considérons dores et déjà la bataille perdue.
Nous continuerons à pleurer nos proches en attendant d’être à notre tour la victime de ces sbires.
Aucun compromis ne devrait être accepté sous aucun prétexte avec ces criminels. Nous avons suffisamment gangsterisé la police par les programmes antérieurs de désarmement-réinsertion.

Quand “Viv Ansanm” promet de foutre tous les bourgeois au soleil. S’ils arrivaient à leur fin, le résultat serait catastrophique. Les plus riches iraient faire fortune ailleurs. Les riches qui resteraient au pays deviendraient au mieux des gens de condition moyenne. Ceux de la classe moyenne deviendraient pauvres et les gens pauvres deviendraient plus pauvres. Cependant, un petit groupe de “gangsters” et leurs chefs deviendraient riches laissant la majorité croupir dans la misère. Ils seraient incapables de développer Haïti n’ayant ni le savoir-faire ni les moyens après l’exode massif qu’ils créeraient. Les Haïtiens de la diaspora ne reviendraient pas perdre leur temps et leur fortune dans cette instabilité. Alors, Viv Ansanm règnerait sur des cendres faisant encore pire que leurs prédécesseurs. La haine est mauvaise conseillère. Les haineux détruisent toujours un pays quand ils arrivent au timon des affaires. Viv Ansanm a de toute evidence un leadership composé d’intellectuels haineux qui leur indiquent quoi faire et quoi dire en temps opportun. 

De ce train-là, Haïti deviendrait un pays encore pire que le Biafra d’antan.
Le pays est si pauvre que la plupart des hommes sont achetables; juste une question de survie. Les juges ne pourront plus jamais rendre justice ; s’ils ne sont pas achetés, ils seront simplement kidnappés ou tués par ceux qui possèdent les moyens de coercition. 

Cessons de faire l’autruche.

Ces 65 dernières années de déchéance nous ont amenés au fond de l’abîme.
Nous allons assister à l’agonie prolongée de notre pays . Nous verrons les pires atrocités ainsi que l’exode continu et massif des gens préparés. Ainsi, le projet initié en 1804 ne pourra pas s’épanouir pour aboutir à quelque chose de bien. Nous assisterons à la poursuite de la zizanie entre les incapables et les méchants restés sur place. Ils continueront à se battre sur les cendres.