Diaspora haïtienne, la mal-aimée de la mère patrie

Les membres de la diaspora haïtienne se retrouvent sur tous les continents, avec une concentration dans les trois Amériques, dans la Caraïbe et en Europe.

Ericq Pierre
07 mai 2021 — Lecture : 3 min.

Les membres de la diaspora haïtienne se retrouvent sur tous les continents, avec une concentration dans les trois Amériques, dans la Caraïbe et en Europe. Ils investissent leur énergie et leurs connaissances dans leurs pays d’adoption et constituent  parallèlement une importante réserve de savoir et de savoir-faire pour la mère-patrie. 

Il sont, à des degrés divers, des travailleurs essentiels dans des secteurs clés comme la santé, le transport, l’éducation, la construction, l’agriculture, la technologie et l’hospitalité. Ce sont des compatriotes ordinairement très occupés et qui, à de rares exceptions, ne gagnent pas beaucoup d’argent. Ils trouvent malgré cela le temps de participer à des marches de revendications  et de partager sur les réseaux sociaux leurs opinions et leurs réflexions pour faire avancer la cause d’Haïti.  

En plus donc de supporter l’économie du pays par les traditionnels transferts d’argent, les membres de la diaspora mènent beaucoup d’autres  combats pour Haïti. Aux États-Unis, depuis quelque temps, ils se sont mis  à organiser des levées de fonds  pour appuyer certains élus locaux ainsi que des candidats au Congrès et au Sénat afin de pouvoir les sensibiliser à plusieurs dossiers importants pour les Haïtiens  comme la lutte contre la corruption,  les déportations, l’insécurité, les problèmes liés à la violation des droits humains, l’organisation des élections. Cela leur permet ainsi de  ne pas laisser le champ libre aux seuls lobbyistes du gouvernement et  du secteur privé dit « organisé » . Ce dernier groupe étant   généralement considéré, à tort ou à  raison, (peut-être plus à raison qu’à tort) comme des alliés objectifs du pouvoir. La diaspora investit donc son temps et son argent, deux denrées rares et  précieuses  dans le monde entier et particulièrement chez l’Oncle Sam où l’on dit  généralement  que  « le temps c’est de l’argent ». Mais qu’est-ce qu’elle obtient en échange ?

 Que je sache, elle n’a jamais rien demandé formellement pour elle-même. Ce sont les politiciens de la mère patrie qui, en plus de la considérer comme une vache à lait, lui font des promesses qu’ils savent qu’ils ne tiendront pas. Certes, la diaspora aimerait bien pouvoir voter en Haïti et participer à la vie de la nation, mais pas pour cautionner des pratiques  non démocratiques ni pour perpétuer un système de clientélisme ou de copinage. Ce qu’elle voudrait vraiment c’est de pouvoir, entre autres, visiter de temps en temps son pays d’origine avec sa famille, sans courir le risque d’être kidnappée, de pouvoir faire des investissements, récupérer et de jouir des biens meubles et immeubles hérités de leurs parents sans trop de tracasseries et sans s’exposer à de multiples chantages.  

Mais, dans la réalité, même ses visites sporadiques au pays pour se ressourcer et s’oxygéner un peu sont de nos jours gravement compromises avec la prolifération des gangs et l’explosion des cas d’enlèvement contre rançon. Avec apparemment l’indifférence coupable pour ne pas dire complice des autorités. Sans compter les spoliations de toutes sortes, y compris les actions parasitaires des politiciens qui convoitent leur soutien. Quand elle doit faire face à ce genre de situation, la diaspora est pratiquement toujours perdante.

Il faudra donc changer de paradigme, comme on dit, pour bien travailler avec la diaspora et lui permettre de « gagner » un peu. D’autant plus qu’elle a noté que si sa mère-patrie a toujours expérimenté diverses formes de précarité, c’est bien  la première fois en ses 218 ans d’indépendance (acquise à Vertières le 18 novembre 1803) qu’elle occupe la une des médias du monde entier comme le pays le plus dangereux de la région. Ceux qui s’enorgueillissent d’être les dirigeants d’Haïti aujourd’hui  devraient prendre en considération le fait que les Haïtiens au pays et dans la diaspora ne leur pardonneront jamais d’avoir transformé leur terre natale en enfer.

Ericq Pierre                                      

Le 6 mai 2021.