Jean-Henry Céant : « Je suis le Premier ministre en fonction »

Evincé de la Primature, Jean-Henry Céant, loin de passer le maillet, a qualifié d’illégale et d’inconstitutionnelle la séance d’interpellation de la Chambre des députés alors qu’il était au Sénat qui l’avait interpellé avant les députés. Sans langue de bois, Céant revient sur ses relations compliquées avec le président Jovenel Moïse et sur sa volonté de faire la lumière sur PetroCaribe. Le dossier qui a tout fait chavirer…

Publié le 2019-03-18 | Le Nouvelliste

« Je suis un Premier ministre en fonction. Je n’ai pas d’affaires courantes à liquider parce que je ne suis pas un Premier ministre déchu. Il y a des députés qui ont décidé de faire quelque chose d’illégal et d’inconstitutionnel et qui va à l’encontre des principes, des traditions républicaines et des traditions parlementaires », a confié tout de go au Nouvelliste Me Jean Henry Céant, quelques heures après la séance d’interpellation à la Chambre basse au cours de laquelle 93 députés contre 6 ont voté la censure de son gouvernement, lundi 18 mars 2019.

« Je suis encore en poste comme Premier ministre. J’ai un rendez-vous devant le Sénat mercredi parce que l’interpellation qui a commencé au Sénat doit finir par un vote de confiance ou de censure », s’est défendu Jean-Henry Céant, qui dit se réunir avec son « équipe pour regarder quelle réponse donnée ». Il a enfoncé le clou du déni en soulignant que ce qui s’est passé à la Chambre des députés ne le « concerne pas ».  

Me Jean-Henry Céant, dans cette interview exclusive avec le journal, a aussi évoqué ses relations compliquées avec le président Jovenel Moïse et les dossiers qui ont « tout fait chavirer ». « Il n’a jamais pu tolérer ma personnalité et le fait que je lui disais ce que je pensais et je voulais le conduire sur le bon chemin.  Je n’étais pas un Premier ministre béni oui-oui. Je lui ai toujours dis mon opinion », a indiqué Jean-Henry Céant, estimant que sa volonté d’aller jusqu’au bout, de faire la lumière sur le dossier petrocaribe, de demander des audits sur des organismes déconcentrés de l’Etat, dont l’ONA, l’APN, l’OFATMA …, de combattre la contrebande à la frontière, le gaspillage des ressources publiques dans l’achat, la location de véhicule, a tout fait chavirer.

Pour Jean-Henry Céant, c’est son action à la tête du gouvernement qui lui a valu l’action « maladroite » et « grossière » des députés qui se sont laissés « instrumentaliser » en participant à cette « combine ». « J’étais depuis le début l’homme à abattre parce que je suis venu avec des principes pour gouverner le pays », a revendiqué Jean-Henry Céant.

Interrogé sur les accusations d’être déloyal et d’avoir tenté de déstabiliser le président Jovenel Moïse qui a mobilisé ses troupes à la Chambre des députés pour l’évincer de la Primature, Jean Henry Céant nie en bloc. « Il n’y a jamais eu ça. C’est l’harmonie que je recherche toujours avec le président. Vous pouvez le voir depuis mon arrivée. Le président ne m’a jamais donné d’espace. J’ai essayé de le comprendre, de travailler avec lui », a expliqué celui qui revient sur quelques coups infligés par le président.

« Le 21 novembre, il a fait un premier discours qu’il n’a pas diffusé. Il a fait un deuxième le 22 novembre qui m’engage sur le terrain du dialogue à faire avec des gens que je devais chercher. Je l’ai fait pendant qu’il a choisi Gabriel Fortuné et tant d’autres pour faire  des choses parallèles. Je me suis battu pour que le mois de décembre se passe bien. Et en janvier, après 60 jours de travail assidus, de privation de sommeil, de nourriture pour rencontrer des gens de tous les secteurs du pays pour lancer le grand forum pour le pacte de gouvernabilité, vous voyez ce qu’il avait dit devant tout le monde », a longuement expliqué Jean-Henry Céant, qui reconnaît n’avoir pas compris les choix du président qui ne s’est jamais arrêté de le défier après lui avoir confié la mission de conduire le dialogue.

Jean-Henry Céant a aussi nié avoir financé des manifestations de l’opposition pour déstabiliser le président Moïse. « Comment pourrais-je financer la rue ? Avec quel argent ? Ensuite, je suis d’un gouvernement qui cherche l’entente entre le président et l’opposition », a indiqué Jean-Henry Céant. « J’ai essayé de rapprocher l’opposition du palais national, le palais national de l’opposition. J’avais fait en sorte que le président appelle des gens de l’opposition radicale. A quoi ça allait servir de financer l’opposition ? Parce que je serais dupe en croyant que j’allais prendre le pouvoir alors que les gens manifestaient depuis deux ans… Ils auraient renversé le président pour me mettre à sa place alors que je suis aux cotés du président ? Cela ne fait aucun sens. Quand on veut noyer son chien on l’accuse de rage. Il fallait trouver un prétexte », a affirmé Jean-Henry Céant, satisfait que le pays, les petrochallengers voient que lui, il est passé de la parole aux actes sur sa volonté de faire la lumière sur le dossier PetroCaribe.« Il y a quelque part une peur sur cette volonté de faire le jour et la lumière sur PetroCaribe. Une revendication de tout le peuple. Les petrochallengers se sont rendus compte que je ne plaisantais pas », a indiqué Jean Henry Céant. « Je ne sais pas si le président a peur », a lâché Jean-Henry Céant au journal. « Des gens autour du président, indexés, ont été renvoyés. Je ne sais pas s’ils ont encore de l’influence sur le président. Je ne sais pas ce qu’il faut faire. Laissons la lumière se faire et tout le monde connaîtra la vérité », a-t-il poursuivi.

 « La bataille doit continuer. Le pays doit sortir de cette situation. Le peuple doit cesser de souffrir, la misère doit cesser. Il faut que le pillage des ressources publiques prenne fin. Il faut que tout le monde sache ce que fait l’Etat, dans la transparence. Il faut la bonne gouvernance. C’est ce à quoi je me suis attelé. Il faut que les enfants aillent à l’école, que l’on trouve du travail, que l’on crée un climat favorable aux investissements. Il faut trouver une entente, une harmonie entre tous les Haïtiens. Il faut vraiment, sans mensonge, dialoguer entre nous pour nous regarder dans les yeux et nous dire que le pays est notre unique intérêt commun », a confié Jean-Henry Céant au Nouvelliste. 

Si Jean-Henry Céant retrousse ses manches, le président de la Chambre des députés, Gary Bodeau, a déjà tourné la page de ce gouvernement. Il a envoyé une correspondance au président Moïse au sujet de la censure du gouvernement. Le président Moïse a pris acte et annoncé qu’il va entamer les consultations pour nommer un nouveau Premier ministre.

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