En 1803, le dialogue; ensuite, on s'est tu... depuis, on s'entretue !

Regards

Publié le 2019-03-08 | Le Nouvelliste

National -

Peut-être que nous n’en serions pas là, aujourd’hui, si Dessalines, Christophe et Pétion s’étaient écoutés pour s’entendre à ériger un pays, une nation ! Des 1804, la terre arrachée aux colons sera la source de discorde. Nous avions cessé de nous parler. La nouvelle oligarchie, elle-même divisée, n’aura aucune crédibilité pour rallier les masses d’anciens esclaves à un projet pays. L’identité collective et le dialogue social n’auront jamais été au rendez-vous !!!

De fait, les élites (hauts gradés de l’armée, affranchis noirs et mulâtres, Propriétaires terriens) n’avaient qu’une conception du nouvel état haïtien : « s’imposer comme ayant droit par la domination et la répression », sans égards aux droits de la majorité, et aucune place n’était  aménagée au dialogue et aux compromis.

Les paysans sans terre, le créole et le vodou seront discriminés par toutes les constitutions haïtiennes de 1805 jusqu'à 1987… malgré ses lacunes la loi mère de 1987 aura le mérite d’officialiser le créole et le vodou… Mais une nouvelle fois, nous aurons raté la chance de remettre en question le système qui maintient les masses dans les conditions infra-humaines.

Mais revenons à notre histoire. La chute de Dessalines tombé sur les balles assassines au Pont rouge, entrainera le morcellement en trois du territoire national. D’abord la première scission : Christophe (le Nord et l’Artibonite) et Pétion dirigera le reste du territoire. Ensuite, ce fut la trahison de Rigaud qui lui arracha le Sud a Pétion… En 1810, la jeune Haïti qui n’a que six ans, était morcelée en trois et avait déjà connu quatre constitutions et autant de chefs d’état. Ce départ modèlera toute notre histoire jusqu'à aujourd’hui.

Les préjugés de couleurs et l’exclusion sociale incita tumultes et soulèvements. Mais la  première grande remise en question des conditions des masses paysannes s’articulera autour du mouvement des  piquets, les paysans du sud avec Jean Jacques Acaau, comme leader, en 1844. Helas comme de nombreux de nos chefs révolutionnaires, il sera trahi, affaibli, et il mourut sans atteindre ses objectifs d’une société haïtienne juste et inclusive.

Boyer devenu président, confirmera l’ostracisme des masses noires par le fameux code rural de 1826. Une version allégée du code noir de Colbert, comme le dit Barthelemy. La majorité des anciens esclaves noirs, non propriétaires, sont confinés aux travaux des champs, dans des conditions défavorables, avec des restrictions légales de leurs déplacements.

La dichotomie ville-campagne, paysan sans terre-propriétaires terriens s’affirmera par ce parti-pris étatique au profit des classes dominantes. 

C’est ce modèle de société que certains intellectuels qualifieront  d’« Etat-Commandeur »(Barthelemy) ; « Etat-Prédateur » ; Sauveur Pierre Etienne parlera de l’état haïtien comme «instrument aux mains de l’oligarchie» ; et enfin Franklyn Midy avec sa verve habituelle parle de « la division de la société en deux : une élite éclairée dépositaire du pouvoir économique et politique, de l’autre cote une masse paysanne inculte, exclue du partage des richesses et du pouvoir.

L’absence même de services sociaux de base, dans nos campagnes : école, eau potable, services d’hygiène, soins de santé est le reflet de cette idéologie ségrégationniste.

A chacun des soubresauts insurrectionnels des masses pour un mieux-être, les chefs de file sont pervertis et les plus irréductibles trahis, assassinés, ou exilés… D’autres fois, comme récemment en 2003/2004, avec le groupe 184 et le fameux contrat social, il s’agit d’usurpation et de duperie.

Toutes nos révolutions et soulèvements, y compris 1804 ont échoué dans leur vocation de changement radical des conditions de la majorité et n’ont profité qu’à l’enrichissement d’une poignée  d’hommes et de leurs cliques.

Apres 215 ans, le temps est arrivé de constater nos échecs répétés dans la tentative de devenir une nation prospère et forte. Nous nous avouerons, peut-être, au cours de ces discussions, que les rapports sociaux ne peuvent être paisibles sans une intégration sociale, favorisant la participation active de tous les membres de la société.

Nous pouvons continuer à guerroyer. Nous sommes également capables, si nous assumons que la démocratie est notre voie réelle, d’entamer un dialogue entre haïtiens pour déterminer le modèle de société que nous voulons.

On n’est pas démocrate à moitié. C’est un état d’être intégral et permanent. Et la démocratie s’accompagne d’une culture qui exige que ceux qui l’adoptent soient capables de se parler des questions qui les divisent: la répartition des richesses, l’exclusion sociale et l’extrême pauvreté.

Aly Acacia
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