Madame Jacqueline Charles, dans un article publié le 20 février 2019 dans le Miami Herald sous le titre « Des Américains arrêtés en Haïti se promenant avec un arsenal prennent l’avion pour les États-Unis », a relaté une aventure rocambolesque impliquant des autorités haïtiennes et l’administration américaine. Ils étaient détenus depuis le 17 février 2019.
Le prestigieux quotidien a manifesté son étonnement de voir ces individus déambuler à l’aéroport international Toussaint Louverture sans menottes et dans une complète liberté de mouvement. Continuant, l’article souligne à l’eau forte l’opinion de plusieurs que la remise de ces détenus à l’administration américaine constitue une gifle pour la justice haïtienne surtout que le commissaire du gouvernement avait déclaré, le 19 février 2019, ces individus non libérables.
Les faits de flagrance relevés à la charge des huit aventuriers les rendent justiciables du système judiciaire haïtien. Les premières charges sont l’importation illégale sur le territoire haïtien d’armes de guerre et d’immigration clandestine, leur passeport n’ayant aucun sceau d’entrée.
Ils ont été interceptés par la police dans des voitures appartenant à des proches du pouvoir. Suite à leur arrestation, plusieurs démarches ont été entreprises par des autorités haïtiennes de haut rang pour obtenir leur libération. L’enquête policière et l’instruction judiciaire auraient pour tâche de déterminer les menées précises de leur entreprise et les complicités dont ils bénéficiaient localement.
Dans une mise à jour de l’article, Madame Jacqueline Charles a relaté que le ministre de la Justice d’Haïti, selon copie d’une lettre détenue par le journal, aurait instruit la Police nationale de remettre ces individus à l’administration américaine pour être poursuivis pour transport illégal d’armes de guerre des États-Unis d’Amérique en Haïti.
Autre épisode dans cette misérable affaire, l’administration américaine a fait savoir que ces individus ne seraient pas poursuivis.Toutes enquête policière et instruction judiciaire deviennent futiles en absence des présumés auteurs des délits ou des crimes.
Le pouvoir de l’État d’accueil s’applique aux étrangers. Par sa législation, il établit leur soumission à la juridiction territoriale. La justice haïtienne était déjà saisie du dossier dès l’arrestation de ces individus par la police, leur transfert à la Direction centrale de la police judiciaire, l’intervention du commissaire gouvernement et les déclarations du Premier ministre promettant une enquête approfondie.
Le Premier ministre, chef du gouvernement, en application de l’article 155 de la Constitution, a déclaré n’avoir jamais autorisé le transfert des détenus à l’administration américaine. Ce qui établit que le ministre de la Justice n’a pas agi sur les instructions du Premier ministre.
Le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, dans une lettre adressée au ministre de la Justice Jean Roudy ALY, le 21 février 2019, a qualifié de grave ingérence de l’exécutif dans le judiciaire le fait de ravir des détenus à la justice haïtienne déjà saisie.
Dernière note scabreuse, comment remettre aux États-Unis d’Amérique des individus poursuivis en Haïti qui n’ont avec la république étoilée aucun lien de nationalité? La gifle est encore plus cinglante.
Port-au-Prince, le 21 février 2019.