Le congé de paternité pourrait-il permettre aux femmes de gagner plus ?

Publié le 2017-04-27 | Le Nouvelliste

En Haïti, comme dans la plupart des pays, les distorsions et les inégalités sociales empêchent les femmes de contribuer au maximum de leur capacité. Selon une étude menée par le Ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes (MCFDF), les femmes représentent moins d’un tiers du secteur formel. En plus d'avoir un accès réduit aux possibilités d'emploi par rapport aux hommes, les femmes ont des emplois plus précaires et leurs revenus restent plus faibles. Les femmes détiennent moins de dix pour cent des postes de direction. Comment aborder ce problème est le sujet d'un nouveau document de recherche de Mélissa Torchenaud, analyste de projet au Département de l'investissement public du Ministère de la Planification et de la Coopération externe. Ce document de recherche fait partie de Haiti Priorise, un projet dans le cadre duquel des experts d’Haïti et de l'étranger ont rédigé plus de 40 rapports de recherche sur les coûts et les avantages des solutions proposées aux défis haïtiens. Un panel d'experts du développement et d'éminents économistes haïtiens ainsi qu'un économiste lauréat du prix Nobel se réunissent à Port-au-Prince pour étudier toutes les recherches et identifier les priorités les plus efficaces. Torchenaud suggère ce qui peut sembler être une solution inattendue au défi d'une main-d'œuvre déséquilibrée : mettre en place un congé de paternité pour les nouveaux pères. L'idée est qu'en invitant les hommes à prendre un congé payé non transférable de six semaines après la naissance de leur enfant, une plus grande égalité des sexes serait possible sur le marché du travail, en particulier pour améliorer la participation des femmes et leur accès à des fonctions de gestion à tous les niveaux des prises de décision. Les employeurs sont réticents à embaucher des femmes en partie, car les femmes peuvent être amenées à s’absenter pendant de longues périodes en raison de leur maternité. Cette intervention remettrait en cause cet argument, tout en limitant les risques d'interruption presque certaine de la carrière des femmes après une naissance. Torchenaud prévoit que 90% des congés de paternité seront pris et que le pourcentage de femmes travaillant dans le secteur formel augmentera de 6,8% par an ; l'écart salarial entre hommes et femmes, actuellement de 32% en Haïti, sera réduit ; et les hommes bénéficieront de plus de temps libre chez eux. Le congé de paternité coûterait 2 milliards de gourdes, tandis que le déplacement d'emplois pour les hommes aurait un coût total de 71,9 milliards de gourdes. Les avantages prévus sont l'augmentation du taux d’emploi des femmes, du temps libre pour les hommes et de la productivité pour les entreprises qui diversifieraient leur profil d'employé. L’avantage d’avoir plus de femmes dans la population active est du même ordre de grandeur que le coût du déplacement d'emplois pour les hommes : une baisse de l'emploi des hommes entraîne une augmentation de l'emploi des femmes. Cet avantage équivaut à 71,9 milliards de gourdes. Les avantages du temps libre pour les hommes sont du même ordre de grandeur que le coût du congé de paternité : 2 milliards. Il a été démontré à l'étranger que le congé de paternité a entraîné une réduction de l'écart de rémunération. L'augmentation de productivité pour les entreprises qui résulte de l'augmentation du taux d'emploi des femmes représenterait une valeur de 23 milliards de gourdes. Chaque gourde dépensée dans la politique de congé de paternité générerait des retours pour la société d'une valeur de 1,3 gourde. Bien que cela entraîne des avantages pour le marché du travail formel, cela n'aurait pas d'effet sur le marché du travail informel. Les travailleurs domestiques, dont la majorité sont des femmes et des enfants, ressentent les effets de l'inégalité. En plus d'être souvent mal payés, ils sont pratiquement exclus de la protection du travail. Torchenaud étudie les effets d'une augmentation de 43% du salaire minimum des travailleurs domestiques fixé en mai 2016 par le président Jocelerme Privert. Le salaire passerait donc de 175 gourdes à 250 gourdes. L'objectif est d'améliorer les revenus afin que les travailleurs domestiques puissent mieux répondre à leurs besoins et avoir un meilleur accès aux services de base. Cela coûterait 3,77 milliards de gourdes par an. Le coût incombe en grande partie aux employeurs, mais il existe également des coûts supplémentaires pour le système éducatif. En payant davantage les gens, ils ont un meilleur accès aux services de base, et, dans ce cas, cela signifie une scolarisation pour les enfants des travailleurs domestiques. Cette scolarité supplémentaire engendre également l'un des avantages du programme, à savoir des revenus plus élevés pour les enfants des travailleurs domestiques. Les autres avantages incluent une diminution du nombre de bébés nés avec un poids insuffisant, ce qui permet à leurs mères de mieux se nourrir. Le plus grand avantage est cependant l'augmentation de la richesse pour les travailleurs domestiques. Mais il y a un inconvénient. L'intervention pourrait entraîner des pertes d'emplois. La théorie économique standard montre que des salaires plus élevés entraînent une baisse de l'emploi, ce qui signifie que certains domestiques perdront leur travail à la suite d'une augmentation du salaire minimum. Cependant, des études en Afrique du Sud montrent effectivement que même une augmentation substantielle du salaire minimum des travailleurs informels n'a étonnamment pas réduit le nombre d’emplois ou le nombre d’heures de travail. Si aucun emploi n’était perdu, alors chaque gourde dépensée pour cette politique générerait 1,2 gourde en avantage. Mais même avec une perte de 5,6% des emplois, les avantages seraient légèrement supérieurs aux coûts. L'inégalité entre hommes et femmes ainsi que les bas salaires des travailleurs domestiques sont des défis importants. Il n'existe pas de réponse simple, mais nous connaissons au moins maintenant deux façons d'aborder ces problèmes.
Gaelle Prophète et Bjorn Lomborg Auteur

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