Le massacre de La Saline est le résultat de l’inaction de l’État

Comment empêcher la banalisation du massacre de La Saline et aider les victimes à trouver justice et les personnes à sortir la tête de l’eau ? Sont les principales questions principales auxquelles les panélistes devaient apporter une réponse au cours de cette journée de réflexion, tenue le jeudi 27 décembre 2018 dans les locaux de l’Université Notre-Dame d’Haïti, sur les évènements sanglants survenus à La Saline. Qu’il s’agisse d’un massacre d’État ou de la complicité des autorités qui ont laissé faire, l’objectif reste le même selon les organisateurs : proposer une stratégie d'action collective dite de « retour à la vie.»

Publié le 2018-12-27 | Le Nouvelliste

National -

« Cette journée de réflexion est une alerte à la société. Un massacre avec une telle violence n’est pas simple du tout car la population n’était pas en guerre, alors ce sont des victimes innocentes. Cependant on sent que les coupables bénéficient d’une couche de protection de la part des autorités », a déclaré Jacky Lumarque, recteur de l’Université Quisqueya, pour tenter de mesurer l’ampleur de ce carnage. Mais ce qui apparemment l’a choqué le plus, c’est la réaction de la société qu’il a jugée trop conciliante. « Nous devons forcer la société à comprendre que ce qui s’est passé à La Saline n’est pas un fait divers, banal et sans importance. Il s’agit d’une onde de choc. Malgré le fait que l’État n’a jamais essayé de documenter sur les victimes, et qu'aucune action n’a été menée par la justice, il faut néanmoins exorciser ce mal pour qu’il ne s’installe pas dans l’imaginaire de la population car la violence est une menace pour la société », a poursuivi M. Lumarque, prétextant qu’il ne saurait fêter en cette fin d’année, le cœur léger, sachant que de nombreuses familles traumatisées et terrorisées par le massacre ont évacué leur résidence et dorment dans la rue.

Pour sa part, Pierre Ésperance, du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), qui coorganise cette activité, a beaucoup insisté sur l’absence ou l’inaction des autorités policières et judiciaires qui n’ont pas apporté les réponses adéquates en traquant les auteurs, coauteurs et complices de ces atrocités. « Il y a entre autres un commissariat qui entoure le quartier de La Saline, pourtant il vient d’avoir lieu le deuxième plus grand massacre après Jean-Rabel dans le pays depuis 1987. Les autorités ont fait silence. C’est seulement 10 jours après les évènements que le Premier ministre a fait une déclaration publique. Jusqu’ici, l’action publique n’a jamais été mise en mouvement et aucun maillon de la chaîne pénale ne dispose d’un bilan exact de la situation. Au contraire, les autorités ont tenté de banaliser l’évènement, prétextant qu’il s’agissait d’affrontement entre les gangs rivaux mais nous pouvons affirmer que c’est un massacre d’État », a indiqué Pierre Espérance.

S’il y a une chose qui interpelle au plus haut point le directeur général de Radio Kiskeya Marvel Dandin, c’est bien sûr le silence des forces morales du pays. « La presse, l’Église, les instances internationales et l’université n’ont pas pris de position claire et tranchante pour dénoncer, condamner ce qui s’est passé à La Saline », a avancé M. Dandin, ajoutant au passage qu’il dénote une insensibilité, un mépris couplé au désintérêt des autorités à vouloir enquêter sur ce massacre.

Les témoignages des victimes lui ont donné raison. Elles ont survécu jusqu’ici à leur compte sans l'aide d’aucun secteur. Deux femmes, dont l’une a perdu son fils et l’autre – enceinte- son mari tué à coups de hache devant ses yeux et en présence de ses quatre enfants, ont raconté leurs déboires. Depuis le 13 novembre, la vie est plus difficile qu’avant. Les gens sont constamment sur le qui-vive. Ils craignent un retour des malfrats qui ont exécuté de sang-froid plusieurs dizaines de personnes, dont des enfants. Ces femmes ont raconté comment elles sont timorées. Elles ont peur pour leur vie, leur sécurité et en appellent au président de la République pour leur venir en aide. Pas certain que leurs cris iront aussi loin car aucun responsable au niveau de l'État n’était présent à cette journée de réflexion. Selon le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), 71 personnes assassinées, 2 autres portées disparues, 11 victimes de viols collectifs, 5 personnes blessées, 150 maisons vandalisées et/ou criblées de balles à Projet La Saline et ses environs et des dizaines d’autres maisons incendiées à Nan-Chabon.

Pour penser au « retour à la vie » dans cette zone, le panel qui réunissait Bernard Craan, Kesner Pharel et Etzer Emile - avant d’établir une stratégie pour une action collective - a d’abord dressé un tableau de la situation de précarité et d’extrême pauvreté dans laquelle vivent ces gens. Ils ont préconisé comme solution de mieux répartir les richesses du pays pour casser le cercle vicieux de la pauvreté, favoriser l’accès au crédit à ces gens, créer des infrastructures de base dans la zone et relancer l’économie du pays au lieu de dépenser des millions dans les programmes d’apaisement social. Pour la question d’un recours en justice, les victimes peuvent compter sur l’appui de Me Sonel Jean-François et Me Mario Joseph du BAI qui les aideront, d’une part, à trouver justice contre les bourreaux, et d’autre part, réparation contre l’État qui ne les a pas protégées alors qu’elles étaient en danger de mort.

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