Des Haïtiens meurent parce que votre administration ne gouverne pas, président Moïse

Publié le 2019-04-01 | Le Nouvelliste

Le dernier naufrage en date au large des îles Turks and Caïcos a fait quinze morts. Quinze des nôtres.

 Ce naufrage n'est pas le premier de l'année ni le plus meurtrier de 2019.  Nos compatriotes qui sont morts noyés dimanche sont parmi les plus hardis des Haïtiens. Ils sont de la race de ceux qui préfèrent mourir par choix que de ne plus vivre faute d'attention.

Les morts de dimanche sont sur la conscience de toute la société haïtienne, particulièrement de ceux qui sont inaptes à créer de la richesse en Haïti, de ceux qui sont inaptes à partager équitablement ce dont dispose le pays, mais surtout ils sont morts à cause de ceux qui nous gouvernent mal. De plus en plus mal, de jour en jour.

Les morts de dimanche devraient ôter à Jovenel Moïse le sommeil. Ils devraient le hanter jour et nuit. Nous hanter tous.

Monsieur le président, vos administrations depuis votre prise de fonction, ont été incapables de dépenser, voir de faire décaisser plus d'un milliard de dollars qui sont disponibles pour financer des projets à la Banque interaméricaine de développement, à la Banque mondiale, à l'Union européenne, à l'Unesco, pour ne citer que ces organismes.

Sous votre présidence, vos premiers ministres ont été inaptes à s'entendre avec le Fonds monétaire international pour que le FMI décaisse les millions promis pour Haïti cette année comme en 2018, avait été raté le rendez-vous avec ce cadre de bonne conduite économique qui détermine tous les autres. Il faudra maintenant attendre qu'un nouveau premier ministre soit intronisé et qu'un budget soit adopté pour reparler avec le FMI et les autres bailleurs. 

En parlant de budget, cela fait six mois qu'il n'y en a pas. Neuf mois que celui de 2018-2019 aurait dû être prêt. Plus de deux ans que le pays concocte des lois de finances qui ne reflètent plus la vérité de ses moyens. 

En fait, Haïti ne peut plus répondre aux exigences minimales de la communauté internationale pour recevoir des fonds. Haïti ne peut même pas répondre aux exigences minimales de sa propre loi sur la comptabilité publique.

 Quand enfin on avance quelques millions pour les projets prioritaires comme la Caravane du changement, les ministères concernés ne peuvent pas fournir les pièces justificatives que réclament les bailleurs de fonds.

L'Etat haïtien est de moins en moins capable de conduire le moindre projet à bon port.

Depuis que l'argent facile de PetroCaribe a détraqué les institutions, l'Administration publique ne sait plus que dépenser facilement. Le budget de fonctionnement trépasse avant le sixième mois, celui des investissements reste intact, tant la facilité et la paresse priment.

Monsieur le président, vos hommes et femmes d'Etat ne savent plus porter des dossiers ni passer les examens les plus simples.

Haïti ne cherche à récupérer ni l’argent dû par la firme chinoise engagée sur le projet avorté d’agrandir l’aéroport international de Port-au-Prince ni celui qu’on pourrait récupérer en combattant la contrebande ou en renforçant la surveillance à la frontière.

Quand les États-Unis financent une étude sur comment rentabiliser les échanges entre les deux pays de l’île, l’exécutif brille par son absence. Quand la présence de la Police nationale d’Haïti est renforcée à la frontière, l’exécutif est aux abonnés absents.

Votre administration, Monsieur le président, ne défend pas les Haïtiens de l’extérieur, première source de revenus du pays, ni ne défend le pays des appétits de ses voisins. Cela coûte cher et alimente le désespoir de ceux qui vivent ici. 

Les parlementaires de votre majorité ne votent que des lois qui vous embarrassent ou qui enveniment des situations déjà précaires ou compliquées.

Dans les entreprises publiques et dans les administrations dont ils ont la charge par personnes de paille interposées avec votre bénédiction, c'est désolant de constater comment rien n'est fait pour le pays ou pour la population, mais tout pour satisfaire des intérêts privés.

Elus de la majorité comme membres de l'opposition, par vos actions comme par vos incapacités, vous êtes coupables des morts de ce dimanche. 

Faute de fonds le pays coule, Monsieur le Président. Les Haïtiens ont touché le fond. Les morts de Turks and Caicos flottent sur une mer d'incompétence et d'insouciance.

Cela nous concerne tous. Mais au premier chef, c'est à vous, Monsieur le Président, qu'incombe la responsabilité de ces morts. 

Frantz Duval
Auteur
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