Il n’est plus possible d’ignorer les évènements de La Saline…

Publié le 2018-12-03 | Le Nouvelliste

National -

Les funérailles des douaniers brûlés vifs et l’insoutenable cruauté de l’exécution d’un jeune homme par d’autres jeunes de son âge, de sa condition sociale n’ont pas finit d’alimenter la chronique de l’horreur sur les réseaux sociaux que le RNDDH a publié le week-end dernier son rapport sur les évènements de La Saline, intitulé « de la lutte hégémonique entre des gangs au massacre d’État ».

Pour la première fois, depuis le 13 novembre 2018, des noms et des prénoms sont mis sur 45 des 73 personnes rapportées mortes aux enquêteurs de cet organisme de défense des droits de l’homme. En plus des noms, des prénoms, des témoignages de parents, de survivants ont confirmé ce qui était jusqu’ici les échos d’une barbarie semblable à celle dont a été victimes les Tutsi, au Rwanda.

En plein jour, des hommes armés assoiffés de sang, des membres de gangs connus, appuyés, écrit le RNDDH, par un blindé de la BOID (police), ont tué hommes, femmes, enfants, charcuté et brûlé des cadavres non abandonnés aux porcs, à deux minutes en voiture du Parlement, de la Primature et à quatre minutes à peine du palais national.

Des noms de policiers ayant abandonné leurs postes, convertis en membres de gangs - non encore révoqués aux dernières nouvelles- sont impliqués dans la perpétration de ces atrocités ayant, à en croire le RNDDH, au moins deux mobiles : la lutte pour le contrôle de parts plus importantes du marché de la Croix-des-Bossales et la volonté de casser l’élan de la mobilisation politique contre le pouvoir dans ce quartier réputé hostile au pouvoir du président Jovenel Moïse. Le délégué départemental, représentant du chef de l’État, indexé dans le massacre de La Saline, a démenti.

Pour l’administration Moïse/Céant, après les rapports du RNDDH, de la fondation Je Klere, est-il encore possible de regarder ailleurs, de faire comme si quelque chose de grave ne s’était pas passé à La Saline ?

Entre les trois morts dénombrés officiellement par la police et la justice et les 73 du RNDDH, l’écart, abyssal, n’a-t-il pas sonné le glas du traitement tout au moins disproportionné donné à ce dossier ?

Sans avoir à déployer de grands moyens, la police et la justice ne pourraient-elles pas mieux comprendre ce qui s’est passé, déterminer les responsabilités en prenant la peine de regarder un peu mieux, d’écouter un peu plus, de respirer un tout petit peu la pestilence des cadavres en décomposition dans les rigoles sur le boulevard, enfouis sous des piles d’immondices ?

Si l’administration Moïse/Céant ne prend pas toute la mesure de ce qui s’est passé à La Saline pour apporter les réponses appropriées, elle renforcera la discrimination envers les gens de condition humble, garantira l’impunité, légitimera le recours à la violence, au meurtre des opposants politiques.

Pour un pouvoir fragilisé, il serait contreproductif de marcher dans une marre de sang, la tête en l’air, en chantant que tout va bien madame la Marquise. L’heure est grave. Le dire c’est enfoncer une porte ouverte. L’heure est d’autant plus grave que la proximité, la complicité, la connivence entre criminels, agents de l’ordre et officiels ruinent le reste d’autorité de l’Etat.

Qui n’est pas ébranlé en apprenant, de la bouche du chef de la police, Michel Ange Gédéon, que des autorités, « Nèg a levit » libèrent des bandits armés arrêtés par la police ?

Qui n’a pas le souffle coupé d’apprendre du chef de la police que l’on veut son échec ?

Qui n’est pas choqué d’apprendre que la police, dans une opération menée dimanche dans un quartier limitrophe de La Saline, a saisi un fusil d’assaut appartenant à la police, un autre fusil Ak 47 chez un employé de la mairie de Port-au-Prince en fuite ?

Comment ces armes sont arrivées là, au service de ces assassins, de ces voleurs ?

Pourquoi l’enquête sur la disparition d’une cinquantaine de fusils d’assaut après le départ du président Michel Martelly en 2016 n’est-elle pas bouclée ?

Ces questions brûlantes méritent des réponses.

Cela dit, plus qu’hier, les dirigeants de ce reste d’État perdent de leur autorité morale. Pour sortir du trou que nous creusons avec tant de passion, il faut arrêter de se mentir en posant les problèmes de manière simpliste, en termes de maintien ou de départ d’un président ou d’autres élus. Ou en prétendant croire dans les vertus miracles d’un dialogue que l’on prône à défaut de son contenu, de l’importance de son contenu.

La décomposition avancée de notre pays rend presque irrépressible la tension de tout casser là où il faut en fait du courage, de l’intelligence pour enclencher une nouvelle dynamique, pour moraliser la vie publique, redonner du sens à l’intérêt commun, redonner des motifs d’espérer à tous.

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