En Haïti, « les médias sont libres d’exister mais aussi libres de mourir », selon Frantz Duval

Publié le 2018-06-13 | Le Nouvelliste

National -

Invité à intervenir autour du thème « Le monde numérique et les médias » à la première édition de « Haiti Konekte » organisée par le Group Croissance S.A. et l’Association haïtienne pour le développement des technologies de l'information et de la communication (AHTIC), Frantz Duval, rédacteur en chef du Nouvelliste et président de l’Association nationale des médias haïtiens (ANMH), a effectué une présentation liminaire sur la situation qui prévaut actuellement dans le monde médiatique en Haïti.

Augmentation exponentielle des radios et télévisions, rude concurrence entre les médias et carence de ressources économiques, évolution des médias en dehors d’une politique publique et d’un cadre réglementaire préalablement définis… Autant de points abordés par Frantz Duval dans un court laps de temps à cette activité organisée le mardi 12 juin 2018 à l’hôtel Karibe autour du thème « Une vision partagée de la transmission numérique d’Haïti » pour permettre à tous les acteurs du secteur des TIC d’Haïti de se rencontrer pour présenter les problèmes auxquels fait face leur secteur.

Pour le président de l’ANMH, il n’y a jamais eu autant de médias, radios et télévisions en Haïti que ces derniers temps. Tellement de radios et de télévisions aussi bien à la capitale qu’en province qu’il a été dans l’incapacité de communiquer le nombre exact. La faute au Conseil national de télécommunications (Conatel), l’organe régulateur, qui ne dispose pas de statistiques mises à jour. Et dans ce foisonnement de radios et de télévisions, il y en a qui sont régulièrement autorisées par le Conatel et d’autres qui émettent sans autorisation, a reconnu Frantz Duval.

Cet écosystème, a-t-il poursuivi, est constitué de médias qui à 99% sont captés gratuitement par la population. « On ne paie pas pour écouter la radio, on ne paie pas pour regarder la télévision, sauf dans un très petit nombre de cas », a souligné le rédacteur en chef du Nouvelliste citant comme contre-exemple NuTv, Canal Sat et Télé Haïti.

Avec le numérique qui va offrir beaucoup plus de possibilités, en permettant notamment la multiplication des canaux, Frantz Duval anticipe déjà qu’il y aura dans le futur sans doute beaucoup plus de radios et de télévisions. Outre le numérique, dit-il, il existe l’Internet offrant aussi des possibilités à des passionnés qui peuvent désormais émettre des messages, agir comme des médias en réalisant des émissions et en s’adressant à la population. « Tout cela arrive sans qu’on sache vraiment en Haïti quelles seront les normes qui vont être adoptées par le Conatel », a fait remarquer Duval, constatant que le numérique va rattraper inexorablement les médias, le tout dans un environnement où les ressources économiques vont continuer à diminuer car il n’y a pas suffisamment de croissance en Haïti pour satisfaire tous ces médias. « La concurrence est très rude et elle sera encore plus rude au niveau des médias », a prédit Frantz Duval, expliquant que tous ces médias qui émettent gratuitement ne vivent que de la publicité.

Le marché de la publicité est donc confronté à une offre extraordinaire des médias, et l’économie ne croît pas aussi rapidement que cela devrait être, ce qui entraine une situation particulière, a noté M. Duval, où beaucoup de médias fonctionnent avec très peu de moyens. « On aura encore beaucoup plus de médias et encore moins de moyens pour satisfaire tous les opérateurs qui existent […] parce que tout le monde fait la chasse aux ressources qui sont de plus en plus rares », a déclaré le président de l’ANMH.

Dans le même temps, à côte de cette concurrence, de cette diminution de ressources, il y a le régulateur qui est tenté de temps à autre de réguler les médias, d’inventer un cadre réglementaire, de le changer, de pousser pour qu’il y ait plus de contrôle au niveau des médias. Des fois, dit M. Duval, on a l’impression que c’est un carcan, des fois les médias sont plutôt laissés en toute liberté.

Mais une question, essentielle pour l’avenir des médias, n’a jusqu’à présent été adressée par les décideurs : comment aider à la production de contenus, au renforcement des médias dans un pays où il n’a jamais existé de redevances qu’on aurait pu redistribuer aux médias. Un responsable du Conatel a justement évoqué un fonds existant depuis 1972 mais il n’a jamais été alimenté si bien qu’il n’a jamais existé en tant que tel. « Haïti fait partie des pays où les médias sont libres d’exister mais aussi libres de mourir », a concédé impassible l’intervenant, déplorant le fait que les médias n’ont jamais été inscrits dans aucune politique publique.

« L’État alloue les fréquences, donne l’autorisation de fonctionner », a fait savoir Frantz Duval. Ni plus, ni moins. Pour le moment, a-t-il poursuivi, les médias sont libres d’exister, de chercher des moyens pour financer leur développement mais surtout ils sont obligés de se faire une concurrence ardue pour exister. Et, pour ne rien arranger, le paysage tel que nous le connaissons, aux dires de ce dernier, va connaitre des changements assez importants parce que le nombre des médias va augmenter, la concurrence aussi. Mais un fait est certain, le problème du contenu va demeurer entier.

Si on ne met pas dans notre agenda le financement de productions locales pour supporter un pan de la culture et de la connaissance entre autres, a prévenu Frantz Duval, nous aurons les canaux mais nous n’aurons pas de contenus. « On parlera peut-être un peu plus d’acculturation, d’importation de mœurs et de valeurs qui ne sont pas souhaitées par la société haïtienne », a laissé augurer le professionnel des médias.

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