Coupe du monde de football féminin U-20 de la FIFA/France 2018 : Haiti qualifiée

Faut-il voir la récolte sans voir l’arbre ?

Depuis la qualification de la sélection nationale de football féminin U-20, le 22 janvier, les héroïnes de Couva sont sur la sellette. Le président Jovenel Moïse est allé lui-même les accueillir, la première dame les reçoit au palais national, le maire de Croix-des-Bouquets les reçoit dans sa commune. Certains font des dons et d’autres leur promet monts et merveilles. Mais est-ce là la solution ?

Publié le 2018-02-07 | Le Nouvelliste

Sport -

Des honneurs qui masquent une certaine honte

Chèques (dix mille dollars de la part du maire de Croix-des-Bouquets, vingt-cinq mille dollars de la part de Dimitri Vorbe), réception honorifique (Mupanah par le président de la République lors de leur retour de Trinidad le 30 janvier, Palais national le vendredi 2 février, etc…) accueil chaleureux de part et d’autre. Tout le monde veut rencontrer les héroïnes de Couva tant pour les honorer que pour essayer de profiter de leur moment de popularité pour se faire une petite publicité gratuite et se faire bien voir. Certains agissent parce qu'ils sont fiers d'autres surtout parce qu'ils éprouvent la honte de ne pas les avoir soutenues dès le début.

Gratitude sans bornes et promesses maladroites

À force de vouloir montrer qu’on est du bon côté, on met souvent les petits plats dans les grands et on marche comme un éléphant maladroit au milieu des porcelaines de grand prix. On oublie que les jeunes filles ont besoin de se reposer un peu, de reprendre les cours, et d'entamer un long programme de préparation en vue du mois d'août 2018. Ainsi, le président de la République se met à faire promesse sur promesse, la première dame ne trouve pas les mots pour exprimer sa gratitude, la ministre des Sports est heureuse que les projecteurs soient braqués sur le secteur qu’un imbécile qualifiait de « kokorat » et qui pour le moment valorise Haïti et la place parmi les 16 meilleures du monde. La ministre à la Condition féminine se sent enfin utile parce qu’une groupe de femmes réalisent quelque chose de fabuleux dans un pays où les femmes ne sont pas assez valorisées, le président de la commission Sport du Sénat promet monts et merveilles en matière de propositions de loi pour l’avenir du sport, mais pour les vrais problèmes du sport on s'en tape. On reste encore à la case départ.

On voit le fruit mais on oublie l’arbre qui le produit

Si le président crée une commission pour s’occuper de l’accompagnement des qualifiées pour la France, il ne créé par de commission pour accompagner les U-17 féminins qui sont elles aussi aux portes d’une qualification historique. Tant qu’il n’y a pas de qualification historique cela reste l’affaire de la fédération qui doit s’occuper de former les athlètes à tous les niveaux. Qu’importe si à force de solliciter de l’État l’aide nécessaire pour payer les professeurs qui assurent la formation académique au centre de formation, ces derniers s’absentent ou négligent leur travail et qu’enfin de compte ces jeunes athlètes ne parviennent pas à s’exprimer correctement que lorsqu’ils réussissent un exploit devenant ainsi la risée des cons comme ce fut le cas de Sherly Jeudi après son but historique contre le Canada.

Dans un pays où certains veulent profiter de la moindre occasion pour s’enrichir au détriment des autres, quelles balises mettre à partir de cette commission pour que des « Ti Malis » sans vergogne n’y soient intégrés pour tirer profit sans vraiment tenir les promesses et créer de nouvelles frustrations dans les milieux du sport comme en 1974 ?

Pourquoi semble-t-il ignorer les sollicitations de Mélissa Shelsie Dacius qui, dans son discours du 2 février au Palais national, a surtout demandé la possibilité que le centre Goal ait un nouveau terrain de football, que l’État vole au secours des jeunes qui sont à l’académie en rémunérant les professeurs de l’école qui assurent la formation académique de ces jeunes qui sont au centre ? Des pourquois qui restent sans réponse.

Personne ne cherche à dépanner la machine du sport

Personne ne cherche la formule capable de dépanner la machine du développement du sport. La loi-cadre du fonctionnement du ministère ? Tiroir. La loi sur la pratique du sport ? Tiroir. Législation sportive ? Tiroir. Législation sur les activités civiques ? Tiroir. Dossier de l’École nationale des talents sportifs ? Tiroir. Dossier INJESS ? Tiroir. D'ailleurs, les championnats interscolaires et les compétitions de jeunes laissent à désirer (sur des milliers d’écoles du département de l’Ouest moins d’une vingtaine disputent le championnat interscolaire de volley-ball). Le football qui est le sport-roi n’est pas mieux loti même si plus d’écoles y participeraient, le championnat interscolaire de basket-ball se résume aux activités de l’ASI à Port-au-Prince, initiative d’un particulier qui a le mérite entre autres de maintenir le basket encore vivant. Il n’y a plus de championnat interscolaire d’athlétisme réel, pas de championnat national réel de jeu d’échecs, de tae kwon do, de karaté, de natation, de cyclisme parce qu’au niveau du ministère de l’Éducation nationale, le sport figure dans le curriculum seulement pour emmerder le monde.

Des promesses ? Oui, les qualifiées méritent qu’on les soutienne. Mais n’est-ce pas le momentum idéal pour ériger une base solide et faire d’Haïti ce qu’elle devrait être dans la zone en matière du sport ?

Enock Néré
Auteur
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