Haïti–Marché public

Des voix s’élèvent contre les bastonnades administrées par des agents municipaux

Huit jours après le décès du nommé Réginald Cassy à la suite d’un différend entre des brigadiers de la mairie de Delmas et des marchands de Delmas 65, des voix s’élèvent pour dénoncer les moyens utilisés par les mairies de certaines zones en vue de freiner l'expansion des marchés sur le trottoir.

Publié le 2017-11-10 | Le Nouvelliste

National -

Le dernier incident survenu le vendredi 3 novembre 2017, lorsqu’un agent de la mairie de Delmas a tué par balle un jeune homme, fils d’une marchande, dans une altercation, au niveau de Delmas 65 lors d’une action en déguerpissement, devient de plus en plus une préoccupation pour des organisations de la société civile. C’est le cas de la Solidarité haïtienne de droits humains (SOHDDH qui, dans un communiqué, dit prendre note et croit que ce drame ne fait que prolonger la liste des cas de violences exercées lors des opérations des agents municipaux.

Selon Junior Luc, secrétaire général de la SOHDDH, cette situation qui, depuis quelque temps, se développe au niveau de certaines villes du pays, met en péril la vie de plusieurs marchands, car dans chaque coin de rue où un marché est érigé, les accidents de voiture peuvent survenir à n’importe quel moment de la durée. Cependant, cet éventuel obstacle n’effraie pas les marchands du centre-ville, de Pétion-Ville, de Delmas et de Croix-des-Bouquets. Les mairies de ces villes mobilisent et embauchent des agents de brigade pour éviter la prolifération de ce fléau.

Ces brigades, poursuit-il, formées parfois de policiers, mais plus généralement de dreads lockers, des gens apparemment brutaux, oppressent les vendeurs en utilisant la bastonnade, le jet des produits, l’emprisonnement et une amende d'environ 1 500 gourdes.

«Aucun texte de loi n’autorise la bastonnade d’un citoyen. Et personne n’aurait accepté que quelqu’un d’autre oppresse sa mère ou son père sous quelque prétexte que ce soit. Il s’agit d’une atteinte grave à l’intégrité physique de la personne», lit-on dans le document, soulignant que presque tous les jours, à un moment quelconque de la journée, on peut remarquer une scène de panique dans ces marchés, les commerçants se dépêchent en prenant la poudre d’escampette pour empêcher les agents de saisir leurs marchandises. Ce théâtre hebdomadaire qui se joue en pleine rue met en danger la vie des marchands qui courent dans tous les sens, la vie des piétons que ces derniers bousculent au passage, ainsi que la vie des conducteurs qui doivent éviter de les heurter.

« Cette catégorie de la population se bat bec et ongles dans les rues pour pouvoir subvenir aux besoins de leur progéniture. Des fois, ces marchands escomptent des sommes qu’ils doivent rembourser avec intérêts. Qui pis est, l’espoir de leurs foyers repose toujours sur eux», indique le document.

Par ailleurs, la SOHDDH conçoit que les trottoirs ne doivent pas devenir de véritables marchés, mais elle pense aussi que la bastonnade et le jet des produits des commerçants ne constituent pas la solution pour contrecarrer cette pratique qui d’ailleurs représente une source de revenus pour les vendeurs. Ces derniers admettent qu’ils font face à de multiples dangers sur les trottoirs, mais ils attirent aussi l’attention des conseils municipaux sur la nécessité de construire des marchés adéquats pour exposer leurs produits.

Par ailleurs, l’organisme de droits humains exprime son mécontentement face aux décisions des maires de combattre cette pratique par des bastonnades alors qu’ils pourraient utiliser d’autres formules qui seraient démocratiques.

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