Vous avez dit poésie, vous avez dit Georges Castera

Publié le 2018-02-06 | Le Nouvelliste

Culture -

L'année dernière, à Jérémie, dans un atelier d’écriture du festival de la poésie, j’ai pris plaisir à écouter Jean Billy Mondésir, l’auteur de « Il fallait venir un soir », mention spéciale du prix Henri Deschamps 2015, lire pour des écoliers «Certitude», un poème de Georges Castera tiré de son recueil « L’encre est ma demeure ». Des étoiles sortaient des yeux de ces jeunes écoliers tant ils étaient subjugués par la cadence, l'étrangeté, une fusillade d'images qui explosait dans leur tête.

« Ce n’est pas avec de l’encre

que je t’écris

c’est avec ma voix de tambour

assiégé par des chutes de pierres

Je n’appartiens pas au temps des grammairiens

mais à celui de l’éloquence

étouffée

Aime-moi comme une maison qui brûle.» (L’encre est ma demeure, Actes Sud, 2006.)

À l’École mixte Laurore à Pétion-Ville, vendredi dernier, j’ai été animer un atelier d’écriture. Quand j’ai écrit « Certitude » au tableau, la même magie s'est opérée. Ils sont devenus attentifs, les yeux prêts à percer le mystère des choses. Ils ont copié le poème dans leur cahier, et voulaient savoir qui était ce magicien qui arrive à suggérer chez eux autant de sensations par des images et des sonorités. Ils ont répété « Certitude » à haute et intelligible voix. Ceux qui écrivaient terriblement des poèmes le dimanche ont dit qu’après avoir lu Castera, ils s'assignent le devoir de ne plus écrire comme avant.

Pour ce vendredi-là, ils ne juraient que par Georges Castera. Ils estimaient que ses poèmes sont faciles à retenir de mémoire pour être dit en public. On a récidivé avec la femme qui parfume mon silence, une coulée d’or poétique que chante « Le trou du souffleur », un recueil qui enchante.

« Elle

c’est sous la pluie duveteuse

de son intimité

une femme couleur de cruche de rêve

couleur de la distance

entre deux poteaux indicateurs

de fausses pistes

une femme aussi belle que l’éternité

une femme aux rires impénétrables

et chantants

comme la chute d’un empire

une femme que j’aime

par marées successives et

longuement lapée par mes désirs

l’embrasser n’est pas une fiction

de plus

sur les étagères vides du souffle

je n’ai pas cherché l’alignement

des chemins du réel qui perpétuent

l’imagerie abrupte de l’absence

elle

c’est la femme qui parfume mon

silence

point »

De poème en poème, le désir de dire, à l’École mixte Laurore, se déployait sur les ailes des mots. Georges Castera autant que Lyonel Trouillot ou Syto Cavé berce les oreilles. Des jeunes gens de par les villes d’Haïti ont fait des textes de ces poètes leur fonds de commerce. Dans les clubs, les spectacles, ils offrent en partage ce trio de poètes qui fait du bien à l’oreille et au cœur.

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