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par Jean Pharès Jérôme pjerome@lenouvelliste.com
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CULTURE

RECIT
Emmelie Prophète écrit « Le Testament des solitudes »
Le Nouvelliste | Publié le :16 avril 2007
 Propos recueillis par Jobnel Pierre
L\'écrivain (e) Emmelie Prophète sera l\'invité (e) d\'honneur de la foire du livre de Haitian Book Day à New York, le 22 du mois en cours. Elle est poète et « écrit pour sauver sa peau ». Comme tout autre créateur hanté par le mal de son pays, elle a besoin de briser le silence. Et elle l\'a rompu avec « Le Testament des solitudes ».
Le Nouvelliste : Vous serez l\'invitée d\'honneur de la Foire du livre de Haitian Book Day à New York, le 22 avril 2007, avec votre récit « Le Testament des Solitudes ». Avec quel sentiment répondez-vous à cette invitation? Emmelie Prophète : Je réponds avec beaucoup d\'enthousiasme à l\'invitation de Haitian Book Center pour participer à la douzième journée du livre haïtien le dimanche 22 avril, d\'abord comme auteur, avec mon nouveau titre Le Testament des solitudes qui vient de paraître chez Mémoire d\'encrier. Je souligne que c\'est l\'auteure qui a été invitée, ensuite comme directrice générale de la Direction nationale du Livre, qui est la nouvelle entité relevant du ministère de la Culture et de la Communication dont l\'une des attributions est la promotion du livre haïtien sur les marchés internationaux The Haitian Book Center a été crée par Max Manigat voilà un peu plus de douze ans dans l\'esprit de créer une librairie haïtienne à New York, le projet s\'est étendu et Haitian Book Center est devenu une librairie francophone tout simplement avec, bien sûr, un grand penchant pour les livres haïtiens. Depuis dix ans, chaque année, elle invite un écrivain francophone, l\'année dernière c\'était l\'écrivain Louis-Philippe Dalembert et cette année, c\'est Léon-Francois Hoffmann et moi. Depuis trois ans, c\'est York College, The City University of New York, qui héberge la journée du livre haïtien. L.N : « Le Testament des solitudes » est le titre de votre récit paru aux Editions Mémoire d\'encrier. Beaucoup d\'écrivains de chez nous, frappés par le virus contagieux du nombrilisme, aiment parler de leurs oeuvres. Or en littérature, c\'est en quelque sorte de la « masturbation ». Pardon, en quoi consiste la trame de ce récit ? E.P: Voilà les questions que je redoute et auxquelles je ne réponds pas. L\'auteur est la personne la moins bien placée pour répondre à ces genres de question, mon ami et écrivain Jean Avin François appelle cela de la pudeur, je vais laisser les lecteurs découvrir le livre qui arrive le mois prochain en Haïti. L.N : Vous utilisez la voix des femmes désespérées ou perdues. Il s\'agit de « femmes bonnes à partir, à se jeter dans la violence de la ville, dans le parfum des hommes ». Vous sentiriez-vous plus à l\'aise avec des voix de femmes qu\'avec des voix d\'hommes ? E.P : Non. C\'est vrai que cette histoire est portée par des femmes et que plus d\'une année après l\'avoir terminée, j\'y vois difficilement des hommes encercler cet espace, arriver à tisser ce lien qui s\'est créé entre ces femmes et moi, ces liens qui, j\'espère, vont s\'établir avec les lecteurs, mais je ne crois pas être plus à l\'aise avec des voix de femmes que je ne le serais avec des voix d\'hommes. Ces combats, ces voyages, ces rêves manqués, ces assauts à la vie, si je puis le dire ainsi en parodiant un peu Jacques Roumain, c\'est chacun de nous ici et ce sentiment désespéré de passer à côté de quelque chose, de ne pas pouvoir agir, de ne pas agir efficacement, ou tout simplement de n\'avoir pas la formule pour vivre et aider l\'autre à vivre. L.N : En écrivant « Le Testament des solitudes », vouliez-vous montrer le silence des femmes ou le silence de notre peuple face à la vie, face à la misère, face aux malheurs du pays? E.P : Ce n\'est pas d\'abord une histoire de femmes. C\'est l\'histoire d\'un pays qui dort mal, se réveille mal, et qui ne prend pas le temps d\'avoir mal de ses douleurs. La misère, c\'est vrai, est plus visible chez les femmes pour mille raisons, dont la mauvaise éducation et la mauvaise perception des hommes. Sans vouloir entrer dans des débats de genre, la misère est la chose la mieux partagée ici, les murs et les barbelés ne nous en protègent pas; elle n\'a pas de sexe et ne choisit pas forcement son sexe. Les femmes ne restent pas silencieuses face à la vie et à la misère. C\'est justement l\'inverse que j\'ai dû montrer, si c\'est cela le propos, bien sûr, j\'ai dit plus haut que ma pudeur m\'empêchait de parler de mon propre livre. L.N : Peut-on considérer ce récit comme une oeuvre autobiographique ? E. P : Le récit autobiographique est très à la mode. A la fois sincère et malsain. Je ne peux nier l\'ascendance d\'une histoire commune à des femmes d\'une même lignée, dont je peux être l\'héritière d\'un destin. Mes personnages sont à la fois proches et très loin de ma vie et de mon histoire personnelle. Tout dépend de la posture et du degré de clarté du jour. L.N : Au départ, vous écriviez des poèmes. Comment expliquez-vous ce passage de la poésie au récit ? Est-ce facile ? E.P : Je n\'ai pas eu conscience de ce passage. Quand mon premier recueil, « Des Marges à remplir », qui en fin est titré « Des Marges à remplir suivi de Mes amours du mois de mai », est sorti en 2001, le poète Georges Castera, qui était mon éditeur aux Editions Mémoire, m\'a prédit que j\'allais à un certain moment passer au récit. Parce que la deuxième partie du livre était composée en fait de mini-récits et je crois que cela a été le cas du deuxième recueil « Sur Parure d\'ombre ». Le temps lui a donné raison. La poésie ne m\'a pas laissée pour autant. J\'ai gardé mes airs et mes tons de poètes pour raconter cette histoire, c\'est à peu près sur les mêmes brisées. L.N : Chaque écrivain vit l\'expérience de l\'écrit à sa manière. Il (elle) a sa propre vision du monde et sa relation personnelle avec l\'écriture. Comment définiriez-vous votre rapport avec l\'écriture ? E.P : J\'écris pour sauver ma peau. J\'écris parce que j\'ai besoin de parler sans faire entendre ma voix, j\'ai besoin d\'être quelqu\'un d\'autre, surtout la nuit. J\'ai besoin d\'être seule et regardée à la fois. L.N : La tentation de raconter des histoires naît depuis le deuxième recueil de poèmes « Sur Parure d\'ombre ». Quel effort l\'écriture d\'un récit vous a coûté? E.P : Je n\'en ai fait qu\'un seul jusqu\'ici. Il m\'est arrivé de pleurer sur mes personnages, sur moi-même aussi. Le récit, autant que la poésie, c\'est extirper de soi des choses que souvent on n\'a pas envie de donner, c\'est souvent ne pas trouver le mot qui doit suivre, c\'est beaucoup de travail, surtout quand on croit avoir fini. C\'est, au bout du compte, beaucoup de bonheur puisque écrire, in fine, c\'est du bonheur. L.N : Chaque écrivain a, d\'une certaine manière, ses admirateurs ou ses modèles. Quels sont les romanciers (haïtiens ou étrangers) qui vous ont marquée dans cette belle mais exigeante carrière? E.P : Il m\'est resté plus de personnages que de romanciers. Je pense plus souvent à Hervé de Joncourt qu\'à Alessandro Barrico, à Jean Baptiste Grenouille qu\'à Patrick Suskind, à la Nina Estrellita qu\'à Jacques Stephen Alexis. Il y a des romanciers qui ont le mérite de m\'avoir donné plus de compagnons que d\'autres, comme Marquez, mais j\'ai rencontré des auteurs extraordinaires; la liste serait trop longue, du Bal du Conte d\'Orgel il y a plus de vingt ans à Lignes de Faille il y a quelques jours.
Propos recueillis par Jobnel Pierre
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