CULTURE
Livres en folie
Editions Choucoune
Une variété de titres
Le Nouvelliste | Publié le :12 juin 2006
Les Editions Choucoune offrent, cette année, aux lecteurs une variété de plus de 60 titres.
Le Nouvelliste (L.N): Les Editions Choucoune participent régulièrement à LIVRES EN FOLIE. Avez-vous, pour la 12ème édition, des nouveautés?
Chistophe Philippe Charles (C.P.C): Oui, bien sûr. Chaque année, les Editions Choucoune offrent des nouveautés aux lecteurs, et particulièrement aux fanatiques de LIVRES EN FOLIE. Cette année, nous avons comme nouveautés :
1. JOURNAL D'UN PLAY-BOY DU TIERS-MONDE, de Jean Merdalor, qui sera à notre avis un best-seller, tellement les textes sont croustillants.
2. L'EPOPEE DU REVE : POEMES DE L'EROSPHERE, de Charles Christophélès, tome 2 de ses Poésies complètes qui comprendront au total 7 tomes
3. LEGENDES DU MAPOU ET DE LA FORET, une sélection de contes haitiens
4. LEGENDES DE L'EAU ET DE LA PLUIE, une autre sélection de contes haitiens, pour les lecteurs de tous âges, de 7 à 77 ans comme on dit...
5. J'HABITE UNE VILLE VOLATILE, un recueil de poèmes de Rénold Laurent
6. KAT CHIMEN KALFOU, un très beau recueil en créole, de Macus Jasmin, originaire de Petit-Goâve. A côté de ces nouveautés, les EDITIONS CHOUCOUNE offrent aux lecteurs une variété de plus de 60 titres...
L.N: Quels sont les sujets abordés dans les récents ouvrages publiés par les Editions Choucoune?
C.P.C: Ce serait très long de vous présenter tous les ouvrages récents publiés par Choucoune. Parlons surtout du tout dernier : le JOURNAL D'UN PLAY-BOY DU TIERS-MONDE, par JEAN MERDALOR. Ce titre fait certes penser à celui du Dr François Duvalier qui avait fait du bruit à l'époque, les MEMOIRES D'UN LEADER DU TIERS-MONDE. Mais il n'y a aucun rapport : il s'agit d'une série de réflexions sur l'amour, le sexe, les femmes et le mariage.
Le jeune philosophe Haïtien Jean Merdalor s'était déjà fait connaître dès 1983 avec son ELOGE DU SUICIDE, suivi la même année de ses PILULES PHILOSOPHIQUES. "Les questions en philosophie sont plus essentielles que les réponses", avait dit Karl Jaspers (1893-1969), philosophe allemand. C'est ce que fait Jean Merdalor qui se présente comme un disciple de Diogène et d'Epicure.
En 1999, Jean Merdalor avait encore publié PENSEES MORTELLES, puis ELOGE DE LA POLYGAMIE ET DE LA DEMOCRATIE SEXUELLE. Encore des livres à succès, étant donné l'intérêt des sujets abordés.
Aujourd'hui, il récidive avec le JOURNAL D'UN PLAY-BOY DU TIERS-MONDE qui menace d'être un best-seller à LIVRES EN FOLIE 2006. De quoi s'agit-il ? C'est un play-boy qui se confesse, qui écrit son journal de bord. C'est un recueil de pensées, de réflexions, de maximes, d'aphorismes à la manière de Pascal. Des pensées jetées en vrac sur des centaines de pages.
En France, il y a La Rochefoucauld (1613-1680), Vauvenargues (1715-1747), Chamfort (1740-1794). En Haïti désormais, il y a Jean Merdalor, auteur de maximes drôles, de pensées subversives et de réflexions caustiques telles que : "La technique de la séduction est d'amener la femme à vous désirer si fort qu'elle s'offre naturellement. Car si l'homme la désire trop vite ou trop fort, elle le prend pour un goujat ou un mufle."
"La vraie femme est celle qui sait se donner, qui sait quand se donner et se reprendre, qui sait quand se donner et ne pas se donner, car ne pas se donner certaines fois est plus fâcheux que se donner"
"L'amour, ça dure tout au plus quatre saisons. Après, il se transforme en amitié, en reconnaissance, en habitude, en imbécillité, ou même en malpropreté. C'est pourquoi le changement de partenaire est sain et revigorant. Les orientaux ne se trompaient pas qui pensaient que plus l'homme avait de femmes, plus il restait jeune et vivait longtemps."
Le livre est imprimé avec une couverture en quadrichromie très attrayante pour les lecteurs.
Sous son côté débraillé, le JOURNALD'U PLAY-BOY DU TIERS-MONDE se présente comme un plaidoyer pour une nouvelle morale sexuelle, pour de nouveaux rapports entre les hommes et les femmes, pour une révolution dans les moeurs en ce XXIème siècle.
L.N: Y a-t-il vraiment la touche des EDITIONS CHOUCOUNE (question de remaniement des titres, règles grammaticales et autres) comme ailleurs, dans les différentes parutions ?
C.P.C: Bien sûr, nous ne sommes pas une imprimerie qui publie un livre tel que l'auteur le remet, nous sommes une vraie maison d'édition qui prend en charge un manuscrit. Donc, le texte est lu et s'il est accepté par notre maison, nous faisons un gros travail de correction, ensuite nous étudions la maquette de couverture, la mise en page, nous assurons la coordination générale , nous assurons la promotion et la diffusion. Parfois, le texte est tellement corrigé que le corecteur devient comme un co-auteur, mais nous le faisons pour les manuscrits avec un sujet intéressant, mais avec un style faible ou laissant à désirer. Parfois, nous changeons le titre original de l'auteur pour qu'il soit plus choc, plus attrayant pour les lecteurs...
L.N:Le coût de l'édition est exorbitant. Comment arrivez-vous à éditer particulièrement vos ouvrages ?
C.P.C: Les Editions Choucoune sont une entreprise, petite par la taille certes, mais une entreprise quand même. Donc nous disposons d'un petit capital, nous avons fait un investissement que nous comptons rentabiliser, nous prenons des risques financiers, mais nous avons foi en l'avenir. Ensuite, la réponse du public est satisfaisante. Il y a des livres qui se vendent moins, mais il y a d'autres qui se vendent très bien...
En ce sens, LIVRES EN FOLIE est une contribution énorme qui se maintient depuis douze ans. L'événement a stimulé considérablement la création littéraire. Il a "boosté" les écrivains haitiens. Les Editions Choucoune sont présentes depuis la première année. Sans LIVRES EN FOLIE, la littérature haitienne ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui...
L.N: A votre avis, le créateur prolifique (je veux parler de celui qui produit au moins un livre par an) a-t-il le temps de prendre certaines distances ?
C.P.C: C'est en effet difficile! Avec tout l'investissement en argent, en temps qu'il faut pour produire un livre, on a à peine le temps de souffler. Surtout si , comme en Haiti, l'auteur doit se débrouiller pour vendre son livre. C'est pourquoi certains créateurs s'essoufflent, et produisent parfois des ouvrages de moins grande qualité, des nouvelles qu'on fait passer pour des romans, des livres qui manquent de corps. Le désir de paraître a ses conséquences...
En ce qui me concerne, je suis le critique le plus sévère de mes livres. A peine à l'imprimerie, j'ai envie de les refaire, et parfois le livre n'est même pas encore sorti qu'il en existe une deuxième version sur mon ordinateur...Et j'ai déjà publié plus de 80 titres, tous genres confondus ( poésie, contes, essais littéraires, critiques, politiques, philosophiques, anthologies, ect. C'est un travail monstre. On a à peine du temps pour sa famille, pour son loisir. Je travaille parfois toute la nuit, et même le dimanche. Le proverbe le dit bien : "qui trop embrasse mal étreint". J'en suis conscient. Le temps du repos viendra bientôt. Ce qui me permettra de m'assagir, de moins me disperser, donc de gagner en profondeur. Dany Laferrière ne s'exclamait-il pas : Je suis fatigué! Comme toute passion, la littérature peut user et même tuer...
L.N: Pensez-vous que la littérature haïtienne a un bel avenir?
C.P.C: Plus que jamais ! On posait la même question dans les années 50 ou 60, avant l'arrivée de Frankétienne, de Dany Laferrière, de Jean Métellus et de Gary Victor. Oui, je crois que les plus beaux jours de la littérature haïtienne sont à venir. Et la reconnaissance internationale dont elle jouit aujourd'hui, en est un signe avant-coureur....
Port-au-Prince ce 7 juin 2006
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