Les jours à venir seront extrêmement durs pour le pays, selon les prévisions des responsables de la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA). Il faut aller vite. La situation est grave après le passage de l’ouragan Sandy. Pendant trente jours, à partir du lundi 5 novembre, le gouvernement n’aura pas à faire face « aux barrières » de la loi sur la passation de marché. Le pays est donc en état d’urgence, a déclaré le ministre de la Communication.
Cela permettra au gouvernement de prendre des mesures exceptionnelles afin de pallier les besoins humanitaires, selon Ady Jean Gardy. Le ministre, intervenant mercredi sur les ondes de Radio Magik 9, a déclaré que le pays est menacé par la famine.
Il a souligné que le gouvernement n’a pas besoin d’aller devant le Parlement pour une loi d’urgence comme l’avait fait l’ancien président René Préval en 2010 après le tremblement de terre. « Le gouvernement peut décréter l’état d’urgence soit pour prévenir une catastrophe ou après une catastrophe naturelle afin d’y faire face », a fait valoir Ady Jean Gardy.
« De manière responsable, le gouvernement a pris cette décision », a-t-il dit. Les autorités n’auront pas, pendant ces trente jours, à respecter la loi sur la passation de marché. « Des mesures exceptionnelles, des dépenses exceptionnelles ». Le ministre a promis la transparence dans le décaissement des fonds pendant cette période.
Tristes prévisions de la CNSA
Les mois à venir seront extrêmement difficiles, selon les prévisions de la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA). « La période de sécheresse avait déjà causé des pertes énormes dans le secteur de l’agriculture, évaluées à près de 80 millions de dollars américains. Alors que les évaluations n’ont pas encore terminé, la tempête tropicale Isaac a causé des pertes estimées à environ 70 millions de dollars dans le même secteur », a rappelé l’agronome Gary Mathieu, responsable de la CNSA, informant que l’ouragan Sandy en a fait pour 104 millions.
Dans l’espace de quelques mois, le secteur de l’agriculture a enregistré une perte de plus de 254 millions de dollars alors que le gouvernement n’a, jusqu’ici, décaissé qu'environ 7 millions de dollars pour tenter de colmater les brèches. Ces chiffres ne prennent pas en compte les pertes considérables enregistrées au niveau de l’élevage.
Classées comme des zones rouges. « La population des départements du Sud-Est, du Nord-Est, de certaines communes de l’Ouest et du Centre, du Nord-Ouest, des Nippes avait déjà un niveau de vie très bas avant le passage de l’ouragan Sandy», a fait savoir l’agronome Mathieu.
Les stratégies de survie de la population dans ces régions du pays comme la fabrication du charbon de bois, la non-scolarisation des enfants, la migration, entre autres, ont prouvé aux enquêteurs de la CNSA que la situation alimentaire est réellement grave.
La première vague d’augmentation des produits de première nécessité durant le mois de septembre n’avait fait qu’empirer la situation et rendre encore plus vulnérable les couches défavorisées. Avec l’ouragan Sandy, la situation est devenue extrêmement critique. L'ouragan a frappé les zones qui ont été épargnées par la sécheresse et par Isaac. Donc des zones considérées jusqu’avant la semaine dernière comme le grenier du pays. Ce qui signifie que la crise alimentaire ne fera qu’empirer.
Normalement à cette période de l’année, les agriculteurs devaient se préparer à récolter les produits plantés pendant les mois de juillet et d’août. Une saison perdue, alors que la saison de printemps, pendant laquelle environ 60% des denrées cultivées sur tout le territoire sont récoltées, a été sévèrement perturbée par la sécheresse.
Selon Gary Mathieu, il faut absolument arriver à sauver la saison de printemps 2013. Ce qui permettra d’avoir des récoltes au début du moins de juin. Dans environ sept mois, alors ! Les autorités seront dans l’obligation d’importer beaucoup plus de produits de consommation que d’habitude pour alimenter la population.
La CNSA a lancé une mise en garde contre les spéculations qui ne feront qu’augmenter encore plus les prix des produits de première nécessité.
Les propositions
Les impacts de la période de sécheresse, de la tempête tropicale Isaac et de l’ouragan Sandy sont irréversibles. Cependant, pour limiter les dégâts, l’agronome Gary Mathieu conseille aux autorités la création d’emplois à haute intensité de main-d’œuvre, surtout dans la réparation des infrastructures agricoles affectées par le passage de Sandy.
La commission de stabilisation des prix des produits de première nécessité avait déjà préconisé la création d’un stock stratégique de produits alimentaires. Pour permettre à la population de trouver des produits à bon marché; la création de centres d’achat de produits locaux, entre autres.
Selon Gary Mathieu, la décision du gouvernement de décréter l’état d’urgence sur le pays est bienvenue. « Il faut des interventions rapides pour assurer la sécurité alimentaire de la population », a-t-il dit.
« La déclaration de l'état d'urgence a été prise dans la soirée du 30 octobre 2012, d'un commun accord avec l'ensemble des ministres du gouvernement », a informé le ministre de la Communication, M. Ady Jean Gardy.
Le dernier bilan en date du passage de l’ouragan Sandy fait état de 54 morts, 20 disparus et 20 blessés. Après le Venezuela qui a promis une aide d’urgence à Haïti, « le gouvernement américain fait tout son possible pour aider le gouvernement haïtien dans ses efforts héroïques pour servir le peuple haïtien. Aujourd'hui, 31 octobre, j'ai demandé des fonds additionnels à Washington. Nous anticipons de fournir une assistance au profit de l'agriculture, le secteur le plus durement touché par Sandy dans le Sud d’Haïti », a déclaré l'ambassadeur américain en Haïti, Pamela White dans un communiqué rendu public par l’ambassade.
Depuis plusieurs mois, les récriminations n’ont cessé d’augmenter au sein de la population contre la cherté de la vie. Les manifestations se sont multipliées un peu partout à travers le pays. Cette même situation, en avril 2008, avait conduit à un vote de censure au Parlement contre le Premier ministre d’alors, Jacques-Edouard Alexis.
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