Ce n’est pas une coutume d’honorer des personnalités dans toutes les sphères d’activités au cours d’une même cérémonie. Le GRAHN, qui cherche à renforcer au pays une culture d’excellence dans toutes les sphères d’activités, en mettant l’accent sur la réussite collective et le souci du bien commun, l’a donc fait jeudi soir au Karibe, à Pétion-Ville, en réunissant écrivains, éducateurs, agronomes, ingénieurs, commerçants, entrepreneurs, artisans, sportifs…tous pour recevoir le même prix : « Prix national d’excellence ». L’excellence que prône le GRAHN, comme l’a souligné le Dr Samuel Pierre, n’a pas d’âge, de couleur, de classe sociale…
Le premier prix de la soirée, dénommé « Prix de l’action citoyenne de l’année », dont l’objectif est de reconnaître et de rendre hommage à quelqu’un qui a fait montre d’un comportement exemplaire dans son travail pour le bien-être de la société, a été décerné au frère Franklin Armand, de Pandiassou.
Missionnaire chrétien né en 1948, frère Armand a consacré toute sa vie à aider des personnes démunies, notamment dans les milieux reculés. En 1976, le frère Amand a fondé « Les Petits Frères de l’Incarnation » avant de fonder « Les Petites Sœurs de l’Incarnation », pour accompagner des personnes vulnérables. Le frère Franckin Armand a également fondé plusieurs écoles classiques dans le pays, des dispensaires, une école d’agronomie, et réalisé beaucoup d’autres choses pour le bien-être de la société. « C’est un chrétien extraordinaire, un bienfaiteur, qui rend beaucoup de services à la communauté », se sont félicités les responsables.
Le moment le plus fort de la soirée était sans nul doute lors de la remise du « Prix de l’entrepreneuriat « Madan Sara » de l’année ». Ce, pour récompenser publiquement le talent d’une femme « de faire du business ». Rosemène Charles, résidente de Pilate, née en 1956, a été la lauréate de ce prix. Elle exerce la profession de « Madan Sara » depuis plus de 35 ans. Les « Madan Sara » sont des marchandes qui achètent leurs produits (agricoles en grande partie) dans des marchés en province et les écoulent à Port-au-Prince, notamment au marché de Croix-des-Bossales. Les conditions dans lesquelles voyagent ces femmes sont très difficiles, voire infernales parfois.
Rosemène Charles, qui s’est fait accompagner de son mari et de ses enfants, voyage deux fois par semaine de Pilate (nord du pays) à Port-au-Prince. A 55 ans, l’aventure ne s’arrête pas. Grâce à son activité, avec le support de son mari (cultivateur), elle a pu assurer l’éducation de tous ses enfants. Cette vaillante femme a donné naissance à 10 enfants, dont sept (cinq filles et deux garçons) sont encore vivants. L’une de ses filles est infirmière et travaille à Port-au-Prince et une autre travaille comme institutrice au Cap-Haïtien. Ses quatre enfants les plus jeunes sont encore au niveau secondaire. Avec le support de son mari, madame Charles possède aujourd’hui une maison à Pilate et une autre en construction. « C’est une femme très connue dans sa région et très populaire au marché de Croix-des-Bossales, à Port-au-Prince. Se yon fanm vanyan ! », se sont exclamés les membres du GRAHN.
Selon ces derniers, l’une des raisons qui a poussé le GRAHN à instaurer le prix d’excellence est de « mettre à jour et à rendre visible les efforts des individus qui incarnent les valeurs du travail bien fait ». Ce prix, selon eux, vise aussi à « rendre hommage aux milliers d’anonymes dans tous les coins du pays qui travaillent dans l’ombre à améliorer la vie, à entretenir l’espoir dans leur environnement immédiat et bien au-delà ».
Autre personnalité distinguée au cours de cette soirée : le professeur Fritz de la Fuente. Il a reçu le « Prix de l’éducateur de l’année ». Le professeur de la Fuente a passé plus de 50 années de sa vie essentiellement à former la jeunesse d’Haïti, que ce soit dans les lycées et dans les collèges ou dans des institutions universitaires, dont l’Université d’Etat d’Haïti. Pharmacien chimiste, le professeur Fritz de la Fuente a formé plusieurs générations d’étudiants qui sont devenus aujourd’hui des professionnels accomplis. Il a fait tout cela, estiment les initiateurs du « prix d’excellence » avec compétence, intégrité, humanisme et le sens du devoir.
« Le GRAHN a compris qu’en plus de la reconstruction des bâtiments détruits par le séisme, il fallait refaire aussi le moral de ceux qui ont vécu ce moment difficile, et du même coup reconnaître d’une manière toute particulière des grandes réalisations post-séisme », a déclaré la présidente du GRAHN-Haïti, Laurence Gauthier Pierre, au cours de la cérémonie. Ont pris part à cette cérémonie beaucoup de personnalités de différents secteurs de la vie nationale, des membres du gouvernement, des diplomates étrangers, dont l’ambassadeur du Canada en Haïti, Henri-Paul Normandin, entre autres.
Par ailleurs, le « Prix de la collaboration et de l’entraide de l’année » a été décerné à la célèbre institutrice Odette Roy Fombrun, née le 13 juin 1917 à Port-au-Prince. Etant à l’étranger, elle a chargé une personne de recevoir ce prix en son nom. L’institutrice a toutefois fait part de son émotion tout en félicitant le GRAHN pour une telle initiative.
De son côté, le professeur Jocelyne Trouillot Lévy a reçu le « Pri pou lang ak literati kreyòl ane a ». Son travail pour la promotion de la langue créole en vaut la peine. Et elle est l’une des rares écrivains qui écrit des textes, en particulier en créole, dédiés aux enfants.
Le Dr Claude Prépetit a, pour sa part, reçu le « Prix du scientifique de l’année ». La cote de popularité de M. Prépetit, ingénieur et géologue, a considérablement augmenté après le séisme du 12 janvier 2012. Ce professeur n’avait cessé d’évoquer un possible puissant séisme en Haïti, mais très peu sont ceux qui prenaient ses interventions au sérieux.
Le Groupe Jean Vorbe s’est associé à cette initiative en y ajoutant deux prix dédiés à des sportifs. Le prix Groupe Jean Vorbe du sportif féminin a été décerné à Valiollah Saint-Louis Gilmus qui a un long parcours professionnel dans des activités dans le pays et l’ancien footballeur Guy Allen, qui a allié études et sport, a reçu le « prix Groupe Jean Vorbe du sportif masculin de l’année ».
Par ailleurs, le très respectueux écrivain Frankétienne (poète, dramaturge, peintre, musicien…), qui a pris part à l’événement, n’a pas tari d’éloges au GRAHN qui, a-t-il dit, est en train de faire un travail de référence. « Nous ne sommes pas ici ce soir parce que nous avons chacun 50 millions de dollars, mais c’est la valorisation de l’être humain », a indiqué Frankétienne, sous un tonnerre d’applaudissements d’une assistance émue.
Haut de la page