Grève aux Cayes pour protester contre l’insécurité, manifestation au Cap-Haïtien pour dénoncer le régime, protestation à Port-au-Prince devant la Primature contre la vie chère, ces derniers jours, le président Michel Martelly fait face aux premières contestations, seize mois après son accession au pouvoir. Ce n’est pas la grande foule, mais les observateurs se demandent si l’arbre ne cache pas la forêt…
Dans le même temps, le gouvernement Martelly-Lamothe fait face à la mauvaise humeur du secteur privé. Le malaise fait suite à la publication d’une liste d’hommes d’affaires en délicatesse avec le fisc et interdits de quitter le pays. Dans plusieurs cas, les réclamations de la DGI n’étaient pas fondées. La précipitation et le cafouillage dans le traitement de ce dossier lui donnent une allure de règlement de compte politique que le gouvernement dément avec vigueur.
Sur un autre plan, la Chambre des députés est partie en vacances sans avoir trouvé un accord avec le Sénat et la présidence pour régler à l’amiable le sort du Conseil électoral permanent chargé d’organiser les prochaines élections.
La présidence se débat dans des tractations en vue de monter une nouvelle majorité parlementaire pour soutenir ses actions, à deux jours de l’échéance d’un délai fixé d’un commun accord entre le président Michel Martelly et des sénateurs; rien n’indique, pour le moment, que nous allons sortir de cette impasse.
Pour faire voter le budget, faire passer les lois qui lui tiennent à cœur et débloquer la crise au CEP, la présidence semble acculée à faire des concessions sur le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) et la Cour de cassation, deux organes, l’un nouveau, l’autre défaillant depuis des années, que le président Martelly présentait comme ses plus belles victoires en les rendant fonctionnels. Pour sauver les institutions le président devra sans doute se résigner à se séparer de certains alliés placés au CSPJ et au CEP.
Pour ne rien arranger, des petits scandales éclatent à longueur de semaine. Un juge reçoit le crachat d’un sénateur; un conseiller du président accuse le président de la Chambre des députés d’accepter des largesses de la présidence; des membres du pouvoir judiciaire sont demis de leurs fonctions en dehors des normes. Deux avocats dénoncent des membres de la famille présidentielle d’occuper des fonctions illégalement et de gérer des fonds importants. Pas un jour ne passe sans un rebondissement abracadabrantesque.
Ajoutées à tout ce qui précède, les accusations de corruption se multiplient. Sans preuves présentées par ceux qui les avancent, les dénonciations engendrent pourtant un certain climat qui s’ajoute à une atmosphère bizarre avant la rentrée des classes. Rentrée que le gouvernement a décalée d’un mois sans donner d’explications rationnelles à la population.
Pendant ce temps, la communauté internationale, principal supporteur des réformes constitutionnelles et fiscales du tandem Martelly-Lamothe, s’enfonce dans un silence pesant et peu habituel.
Alors que les politiciens s'activent, le reste de la population est surtout préoccupé par les actes violents d'insécurité, la petite délinquance florissante, par la monté des prix, par les introuvables emplois promis depuis des mois. Le gouvernement va dans les jours qui viennent devoir faire face à un ajustement du salaire minimum, imposer de nouvelles réglementations aux ONG et s’attaquer à la contrebande sur la frontière haïtiano-dominicaine. Des passages obligés, mais étroits.
« Le gouvernement et la présidence ont des cartes d’atout en main pour résoudre chaque situation et éviter d’envenimer les crises, mais ils n’ont pas l’expérience qu’il faut. Ces premières manifestations arrivent tôt, c’est une chance qu’ils ne doivent pas laisser filer en ne les prenant pas au sérieux », estime un observateur avisé de la politique haïtienne.
Selon lui, « Martelly et Lamothe ne font pas face à une contestation organisée et solide. Ils sont leur propre ennemi pour le moment ».
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