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L'EDITO DU JOUR
par Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com
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NATIONAL

Les relations haïtiano-canadiennes se portent bien, selon l'ambassadeur canadien en Haïti
Le Nouvelliste | Publié le :28 juin 2012
 Propos recueillis par Frantz Duval retranscrits par Danio Darius
A environ quatre jours de la fête nationale du Canada - 1er juillet - l'ambassadeur canadien en Haïti, Henry Paul Normandin, fait le point sur les relations entre les deux pays. Dans le cadre d'une entrevue exclusive accordée au journal Le Nouvelliste, il a abordé de nombreux sujets d'actualité brûlants notamment la question de l'amendement de la constitution. Sétant déroulée dans un cadre amical, l'interview a débuté par une question sur la série des manifestations des étudiants au Québec.
Frantz Duval : Pour une fois, c'est chez vous qu'on manifeste... Henry Paul Normandin : Ah oui, les manifestations ! Les manifestations, ça fait déjà quelque temps que les étudiants manifestent. Ce sont des enjeux liés à l'augmentation des frais de scolarité. Comme vous avez pu voir, on a un mouvement d'étudiants. On vit en démocratie. On espère que tout ça va finir par se résoudre au bénéfice de tout le monde. Bon, voilà. F.D : Avez-vous des statistiques sur le nombre d'Haïtiens qui étudient au Québec en particulier, au Canada en général ? H.P.N : Les Haïtiens qui étudient au Canada ? Franchement, je n'ai pas les statistiques. On sait qu'il y a 100 000 personnes d'origine haïtienne qui vivent au Canada. Mais spécifiquement pour les étudiants, je ne sais pas. Vous savez que les étudiants se confondent avec le reste de la société. F.D : Depuis le tremblement de terre, depuis que vous êtes en poste ici, est-ce qu'on donne beaucoup de visas pour que les gens aillent étudier au Canada? Est-ce qu'il y a eu des bourses ? H.P.N : Oui, il y a eu des bourses. Des programmes spéciaux ont été mis en place. Mais au-delà des bourses du gouvernement, il y a beaucoup d'Haïtiens et d'Haïtiennes qui viennent ici pour solliciter des visas pour aller étudier au Canada. Les Haïtiens sont bien représentés. F.D : Après le tremblement de terre la coopération entre Haïti et Canada c'était aussi le rapprochement des familles. Ce projet, à un certain moment, a été remis en question au Canada parce qu'on n'était pas sûr qu'il marchait bien. Deux ans et demi plus tard, est-ce que ça a décollé ? H.P.N : Le projet n'a pas été remis en question. C'est simplement dans la mise en oeuvre du programme, à certains égards, parfois ça allait peut-être plus lentement que ce que nous aurions tous souhaité. Sans rentrer dans les détails, parfois, de notre côté, on faisait tout le travail pour faire avancer le dossier et puis on demandait aux candidats haïtiens de présenter leurs papiers, les examens médicaux, et là, les choses traînaient en longueur. Mais en dernier ressort on dit que ça prend beaucoup de temps. Il faut voir étape par étape où étaient ces délais. Mais le programme n'a jamais été remis en question. Le programme continue, s'achève même ou est en voie d'être complété. F.D : La dernière fois qu'on s'est parlé dans ce bureau, c'était compliqué d'avoir le visa canadien. Il fallait envoyer les papiers en République dominicaine. Est-ce que tout est réglé entre-temps ? H.P.N : Tout est réglé et depuis longtemps. On a réglé ça, cela doit faire maintenant un an. Et puis, tous les services de visa d'avant le tremblement de terre ont repris ici. Non seulement ça, on a amélioré notre façon de fonctionner. Maintenant on prend des rendez-vous par voie électronique, sur le Web. Alors donc, pour les gens eux-mêmes, il y a moins d'attentes au moment où ils se présentent à l'ambassade. Et puis aussi, on a instauré un système de paiement d'vance pour les rendez-vous de visa avec la Sogebank. Alors tout ça est en place, ça facilite les choses pour les clients et pour l'ambassade. On fonctionne à plein régime. Comme vous le dites, il y a beaucoup de va-et-vient entre les Haïtiens et les Canadiens dans les mêmes directions et le service de visa contribue à tout ça. C'est un élément important. F.D : Est-ce que le nombre de Canadiens qui fréquentent Haïti a augmenté depuis le tremblement de terre ? H.P.N : Oui, oui, il y a beaucoup de Canadiens en Haïti. On estime à 5 000 le nombre de Canadiens qui vivent en Haïti. Mais c'est une estimation parce que certains se font inscrire auprès de nous, d'autres pas. D'ailleurs on en profite pour encourager tous les Canadiens et Canadiennes à s'inscrire auprès de l'ambassade pour qu'on garde leurs coordonnées, qu'ils soient informés des événements. F.D : L'ambassade était victime du tremblement de terre, une partie de l'immeuble était fermée. Est-ce que tout va bien aujourd'hui ? Avez-vous récupéré totalement le bâtiment ? Les travaux, sont-ils achevés ? H.P.N : Voilà, il y a encore quelques travaux, surtout mineurs, à compléter, mais l'essentiel est fait. La nouvelle, c'est qu'on a repris complètement notre bâtiment. Ça, c'est bien. C'est un peu aussi une illustration de ce qui se passe en Haïti. L'ambassade a subi des dommages comme Haïti. Mais on reprend la route. On reconstruit nous aussi. Les réparations sont pratiquement complétées. Alors, c'est une très bonne chose. On vit au même rythme qu'Haïti (rire). F.D : Comment se porte la coopération entre Haïti et le Canada ? H.P.N : La coopération se porte très bien. Et là, quand on utilise le terme coopération on fait souvent référence aux programmes de coopération au développement. Mais en réalité, la collaboration entre Haïti et le Canada est évidemment beaucoup plus large que ça. Ça commence avec la coopération entre les personnes. On a parlé tantôt de cinq mille Canadiens vivant en Haïti et d'environ cent mille Haïtiens évoluant au Canada. Donc, beaucoup de va-et-vient entre les deux pays. Ces liens débordent également dans le domaine culturel comme vous le savez très bien. Vous savez la contribution des artistes, des écrivains haïtiens au Canada. Pas mal d'activités culturelles sont réalisées ici en Haïti. Le festival de film de Québec, organisé il y a quelques mois, en est un exemple. Le Canada est très impliqué dans le festival de Jazz de Port-au-Prince. Actuellement, on est en train de planifier d'autres initiatives pour l'année prochaine. Il y a des échanges économiques qu'on souhaiterait approfondir davantage. A ce niveau-là, je pense que la politique du gouvernement Martelly-Lamothe pour favoriser le commerce et l'investissement est tout à fait pertinente pour le développement économique d'Haïti. C'est une politique à laquelle nous entendons, à notre manière, contribuer par le resserrement des liens de commerce et d'investissement. Nous avons évidemment beaucoup de liens aves les gens du milieu politique, de la société civile et du monde des affaires. Il y a aussi la coopération du développement qui est un élément important. Mais c'est un élément parmi tant d'autres dans notre collaboration. Oui, la coopération au développement se porte bien. Evidemment, le Canada est présent en Haïti depuis bien longtemps. On était là avant le tremblement de terre. Mais depuis cet événement malheureux, on a réagi, on a augmenté notre aide à Haïti. Présentement, Haïti est le pays qui reçoit le plus de la coopération canadienne. On a dépensé environ un milliard de dollars en Haïti durant les six dernières années. Suite au tremblement de terre, on avait augmenté notre contribution. D'ailleurs, les engagements qu'on avait pris à New York étaient de l'ordre de 400 millions de dollars, au-delà de ce que nous avions déjà prévu. On a tout décaissé. Oui, aujourd'hui la collaboration continue. F.D : Quels sont les projets-phares de la coopération entre Haïti et le Canada ? H.P.N D'abord les secteurs, puis je reviens aux projets-phares. D'abord, nous avons mis beaucoup d'accent sur la jeunesse. Celle-ci est très importante pour nous. Car c'est important pour aujourd'hui et demain. Donc, santé et éducation, nous travaillons beaucoup dans ces domaines-là. Sécurité alimentaire, ça répond évidemment aux besoins du pays. Développement économique et aussi on a des programmes dans les domaines de la justice et de la sécurité publique avec la police nationale. Ce sont là les principaux axes de notre coopération avec Haïti sans oublier les différents programmes de l'Agence canadienne de développement international. C'est le programme principal, mais il n'y a pas que ça, il y a d'autres programmes comme le START qui concernent surtout la justice et la sécurité publique. Là, ce sont les secteurs d'intervention. Pour les projets-phares, il y en a plusieurs, mais s'il y en a un qui est beaucoup plus d'actualité ou plus visible dans le vrai sens du terme, c'est le projet de relogement des déplacés du Champ de Mars. C'est une belle illustration de coopération. On a annoncé ce projet-là au mois de janvier et on est aujourd'hui en juin, 95% des familles du Champ de Mars ont été relogés. Le plus important dans tout ça, il y a des familles qui avaient besoin d'un logement et elles en ont aujourd'hui. C'est le plus important. En plus, ce projet est une bonne initiative pour redonner aux Port-au-Princiens l'accès au Champ de Mars qui, on connaît à la fois l'utilité et le symbolisme. Cela, c'est vraiment une réussite. C'est aussi un exemple de collaboration. On finance ce projet à hauteur de 20 millions de dollars. On collabore avec l'OIM, le PNUD et d'autres partenaires haïtiens qui ont été excellents dans la mise en oeuvre du projet. Mis à part ce projet-phare, il y en a d'autres qui ne sont pas aussi visibles mais qui ont des conséquences positives sur les conditions de vie de la population. Et ça, c'est important. Je prends un exemple; on a des programmes en santé maternelle et infantile. A partir de ces programmes mis en oeuvre avec la collaboration du ministère de la Santé, il y a de plus en plus d'enfants démunis et de femmes qui ont accès à des services de santé gratuits. Cela fait une différence dans la vie de ces gens. Un autre exemple dans le domaine de la sécurité alimentaire, c'est un projet que j'ai visité moi-même, un projet mis en oeuvre en collaboration avec l'Argentine. Il s'agit d'apprendre à des petits agriculteurs à cultiver des légumes dans leur propre terrain. Une initiative qui améliore leur sécurité alimentaire et la nutrition des enfants. Ce sont des projets qui ont des impacts immédiats sur les conditions de vie de la population. Ils sont recherchés de très loin et donnent beaucoup de satisfaction. Il y a aussi une autre catégorie de projets qui a aussi son importance. On dit toujours qu'il faut renforcer les capacités d'Haïti à assumer son propre développement. C'est le discours du gouvernement. C'est ce qu'il veut faire, et nous, on appuie ça complètement. On appuie non seulement l'idée mais aussi dans la pratique. On travaille beaucoup avec l'Etat. Je peux vous donner plusieurs exemples. On renforce la capacité du ministère de la Santé. On a travaillé avec l'Office national d'identification (ONI). Maintenant, plus de 90% de la population haïtienne ayant plus de dix-huit ans à une carte d'identification. C'est important pour l'Etat et pour les citoyens. On travaille évidemment avec la police nationale pour renforcer la capacité de l'Etat haïtien à fournir des services de sécurité à la population. En plus, on travaille à renforcer l'Etat haïtien et les organisations haïtiennes en général. F.D : Vous avez financé la construction de plusieurs commissariats, mais vous ne vous êtes jamais prononcé sur la question de l'armée. H.P.N : Remettre sur pied ou non les Forces Armées d'Haïti est une décision souveraine du gouvernement haïtien. Il faut que cela soit clair au départ. Ceci dit, on a toujours mis de notre côté l'accent sur le renforcement de la police. Elle est déjà là. Il y a beaucoup de travail qui ont été faits. La communauté internationale, dont le Canada, a travaillé avec Haïti. La police est nécessaire de toute façon. On est parti de loin avec la police. On a réalisé des progrès, mais ce n'est pas fini encore. Il nous reste un long sentier à parcourir. De notre côté, nos efforts vont continuer à se concentrer sur la police parce qu'elle est déjà là. Il faut continuer à renforcer sa capacité à fournir des services de sécurité à la population. C'est là notre intervention majeure et je pense aussi que du côté gouvernemental, indépendamment de l'armée, on reconnaît l'importance de la police. Et je crois que le gouvernement, justement, veut renforcer cette institution. On est prêt et on travaille concrètement dans ce sens-là. F.D : Le Canada est impliqué aussi dans les élections, on va en avoir avec cette fois-ci un Conseil électoral permanent. Allez-vous aider à consolider cette machine pour qu'on n'ait pas chaque fois à recommencer ? H.P.N : (Rires) J'aime bien votre question. Oui, évidemment, on sera là pour les élections. Mais, je dois dire que cette fois-ci, si tout est en place, ça va être plus satisfaisant de travailler sur les élections. Pourquoi ? Parce que justement, enfin, Haïti aura une institution électorale permanente. C était un anachronisme dans une démocratie comme Haïti où il y a régulièrement des élections mais qu'il n'y ait pas une institution électorale permanente. Là enfin, on va l'avoir, ce qui veut dire qu'on va travailler cette fois-ci avec l'institution permanente et la bureaucratie; on va pouvoir non seulement travailler pour les prochaines élections, mais aussi préparer l'avenir. L'idéal en matière électorale comme dans beaucoup d'autres domaines, c'est que l'appui de la communauté internationale sera avec le temps de moins en moins nécessaire. Ensemble, on va créer puis renforcer le Conseil électoral permanent. Graduellement, le Canada et la communauté internationale seront appelés à jouer un moindre rôle. Et ça, ce sera une bonne chose pour Haïti. Puisqu'on parle d'élections, on doit préciser que cela fait partie de l'environnement institutionnel, ce qui est important pour Haïti. Et là, récemment, il y a eu des développements, des signes positifs. La voie est maintenant tracée pour la mise sur pied du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, du Conseil électoral permanent, et l'organisation des prochaines élections pour le renouvellement du tiers du Sénat ce qui est au niveau institutionnel une bonne nouvelle pour Haïti. Assurer la stabilité en Haïti doit passer par la mise en place d'institutions fortes. C'est important pour l'avenir du pays. F.D : Ces institutions dont vous parlez font partie d'un package qui a la Constitution amendée comme fondement. La communauté internationale avait agi pour que l'amendement de la Constitution soit publié. C'était presque un prérequis pour le gouvernement Lamothe et les élections qui viennent. Maintenant, on voit qu'il y a encore des discussions sur l'amendement, notamment sur ce qui a été voté ou ce qui ne l'a pas été. Comment vivez-vous tout ça ? H.P.N L'amendement constitutionnel, d'abord et avant tout, je le vois dans une perspective de renforcement institutionnel. Là, il y a deux choses. Premièrement, le Parlement avait bel et bien voté quelque chose et donc sur le plan strictement institutionnel, il fallait que ce processus soit mené à terme. Cela n'aurait pas été normal que le Parlement vote et après dise que rien ne s'est passé, faire comme s'il ne s'est rien passé. Il fallait mener le processus à terme. Ça a été fait. Il y a eu beaucoup de péripéties, mais ça a été fait. Deuxièmement, c'est que l'amendement pave la voie à la mise sur pied d'institutions qui jouent un rôle pour les années à venir. Pour moi, ce sont donc ces éléments qui sont fondamentaux. C'est sur cet angle que je regarde l'amendement de la constitution. Evidemment, on a beaucoup dit sur le rôle de la communauté internationale. Mais nous, nous avons exprimé notre position d'un point de vue de renforcement des institutions. Les détails concernant l'amendement de la Constitution, ce n'est pas à nous de nous prononcer, c'est le Parlement qui l'a fait. Je pense qu'il faut mettre les choses en perspective. On a émis notre point de vue, mais c'est au Parlement de le faire. L'important pour nous dans tout ça, c'est la perspective du renforcement institutionnel. F.D : L'article qui, aujourd'hui, fait débat en principe, c'est lui qui enlève au Parlement son rôle principal de ratifier le Premier ministre. En même temps qu'on veut renforcer les institutions on est en même temps en train de sauter le Parlement comme institution de contrôle dans la mise sur pied du gouvernement. H.P.N : Je laisse le soin aux parlementaires et aux autres acteurs politiques de se prononcer sur ce sujet précis. F. D : Le gouvernement Martelly-Lamothe a de bonnes relations avec le Canada, c'est ce qui se dit. Il y a eu des rencontres non officielles entre le président Martelly et le Premier ministre canadien, mais à quand une visite officielle ? H.P.N : On a parlé de la possibilité d'une visite officielle. Cette idée demeure. Cela peut se faire au moment opportun mais en fonction des horaires de chacun. Par contre, ce qui est certaine, c'est qu'on a déjà eu des visites de ministres canadiens en Haïti. Alors donc, les échanges sont intenses entre les deux pays. Je soulignerai aussi un bon développement, maintenant ça fait déjà deux ou trois mois, Haïti a enfin nommé un ambassadeur au Canada. Evidemment, Mme Gissel Menos - comme chargée d'affaires faisait un excellent travail. Elle a bien servi le pays. C'est reconnu par tout le monde. Mais, sur le plan symbolique, c'est très important d'avoir un ambassadeur. En général, on entretient d'excellentes relations avec le gouvernement Martelly-Lamothe et je pense que ce dernier a mis en place un cadre politique pour le développement d'Haïti, développement au sens large, tout à fait pertinent. On est inspiré et à l'aise de travailler dans ce cadre là pour accompagner Haïti dans la réalisation de ses objectifs. Dans ce cadre-là, les relations politiques, même si on n'a pas encore à ce jour de visites officielles, sont excellentes.
Propos recueillis par Frantz Duval retranscrits par Danio Darius
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