NATIONAL
Autour de l'incident impliquant l'ex-président à vie Jean-Claude Duvalier et l'ambassadeur de France en Haïti, Didier Le Bret
Le Nouvelliste | Publié le :28 juin 2012
Louis Calvet
Lettre ouverte adressée à Monsieur Frantz Duval, rédacteur en chef du journal Le Nouvelliste
Concernant l'incident Jean-Claude Duvalier/ambassadeur de France, je vous fais parvenir ces réflexions parce que j'estime que, par-delà Duvalier, c'est le pays tout entier qui est victime de l'affront fait à un ancien chef d'Etat jusqu'à présent pas légalement déchu de ses droits civils et politiques.
Tant que n'aura pas été prononcée contre lui une quelconque condamnation, il a droit au respect dû à tout ancien premier mandataire de la nation haïtienne. Aussi, avaliser le comportement de l'ambassadeur de France, c'est autoriser l'étranger à manifester peu de considération pour nos institutions et nos valeurs. Et tous nos chefs d'Etat, tous nos représentants de l'autorité publique doivent s'attendre à subir pareille avanie dès l'instant où ils ne seront plus en poste.
Pendant sa présidence, Jean-Claude Duvalier recevait régulièrement les hommages des diplomates français accrédités en Haïti et des personnalités françaises de passage dans le pays (appert les journaux de l'époque). Après sa chute, il a longuement séjourné en France qu'il a quittée librement, et on n'a pas entendu dire que la justice française ait eu quoi que ce soit à lui reprocher. Ces rappels historiques ont leur valeur.
Pour ce qui a trait à l'incident lui-même, on ne peut ne pas reconnaître que Jean-Claude Duvalier aurait pu et dû l'éviter. A sa hauteur d'ancien chef d'Etat, il n'avait pas à aller saluer le diplomate. Selon le protocole, il incombait à celui-ci de faire les premiers pas (hiérarchie des grades). En se portant à sa rencontre, Duvalier s'est montré oublieux de la dignité de sa stature. Duvalier a agi en dehors des normes. Il a ainsi bêtement fourni l'occasion de se faire humilier et, à travers lui, le pays dont il demeure, qu'on le veuille ou non, qu'il en ait ou non conscience, une figure de premier plan.
Pour ce qui a trait à l'ambassadeur de France, il a simplement montré qu'il n'est ni Talleyrand ni même Dorin. La bonne éducation veut que lorsque dans une réception, on constate la présence de quelqu'un avec lequel on ne veut pas se commettre, on se retire discrètement pour ne pas avoir à le saluer ou à répondre à son salut. Toute rebuffade infligée à un invité est injure faite à l'hôte qui reçoit.
L'ambassadeur de France a peut-être voulu faire de l'esbroufe pour épater le badaud. Mais il s'est, malheureusement pour lui, révélé personnage mal élevé, peu digne par ses manières d'occuper son poste. L'étranger doit savoir que si la situation de ce pays s'est dégradée, notamment au niveau décorum, il existe encore dans notre société des personnes ayant le sens des nuances et qui savent classer les individus.
Ces réflexions sont produites sans esprit partisan, juste pour appeler à la correction et au respect des belles manières.
Je vous remercie pour l'attention que vous porterez à la présente et saisis l'occasion pour vous renouveler l'assurance de ma considération distinguée.
Louis Calvet
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