NATIONAL
Haïti - Justice - Roody Jean
Gonaïves dans l'attente d'une réponse du ministère de la Justice
Le Nouvelliste | Publié le :24 mai 2012
Jacques Desrosiers
jadesro@yahoo.fr
Depuis le jugement par une cour martiale spéciale, en mars dernier, des trois Pakistanais impliqués dans le viol de l'adolescent Roody Jean, aux Gonaïves, le dossier n'a pas bougé d'un pouce au niveau de la justice haïtienne. Une requête du juge instructeur oubliée dans les tiroirs du ministère de la Justice.
Le jugement des trois militaires pakistanais a été fait à l'insu des autorités judiciaires des Gonaïves en charge du dossier, ainsi que des parents de la victime. Les deux parties ont été informées de la décision de la cour martiale spéciale par voie de presse. D'autant que ce procès n'a même pas permis de connaître les vraies identités des coupables. Ils ont été jugés à partir de leur code.
Aux termes de cette procédure devant la cour martiale, les trois soldats pakistanais ont été condamnés à un an d'emprisonnent et renvoyés de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah). La nouvelle a été rapportée par l'ex-sénateur de l'Artibonite, Youri Latortue, qui avait fait de ce dossier son cheval de bataille.
Du côté haïtien, l'un des complices de ces pakistanais croupit en prison. Vladimir Alexandre, dit Abdoulah, est emprisonné aux Gonaïves, depuis le 26 janvier 2012, pour complicité d'enlèvement et séquestration du mineur Roody Jean.
Selon le rapport de la direction départementale de l'Artibonite de la police judiciaire, Vladimir Alexandre aurait aidé les pakistanais à enlever et séquestrer la victime aux fins d'étouffer l'affaire. Josué Noël, dit Djabal, un autre complice, est en fuite.
Pour faire avancer le dossier, le cabinet d'instruction des Gonaïves, depuis tantôt trois mois, a écrit au ministère de la Justice en vue de réclamer une copie de l'accord liant la République d'Haïti et les Nations unies relatif à la Minustah. Jusqu'à présent aucune réponse n'a été obtenue.
Depuis le 3 mai 2012, l'avocat de Vladimir Alexandre, Me Conslère Eugène, a effectué auprès du cabinet d'instruction des Gonaïves une demande de mains levées d'écrous pour son client emprisonné depuis le 26 janvier 2012.
La victime réclame à l'ONU cinq millions de dollars américains
Roody Jean, représenté par Pascal Cabin et Junie Adain, se porte partie civile. Le cabinet Dieujuste et associés, de l'ancien député des Gonaïves Arsène Dieujuste, est en charge du dossier.
Le cabinet Dieujuste, dans une requête au cabinet d'instruction des Gonaïves, présente la victime comme un aliéné mental et informe que l'agression sexuelle suivie d'enlèvement de Roody Jean des soldats pakistanais de la Minustah « révolte même les consciences les moins éveillées de la société haïtienne ».
À l'Organisation des Nations unies, la partie civile réclame cinq millions de dollars américains (5 000 000) pour les graves torts et préjudices, dit-elle, causés par les soldats de la Minustah à Roody Jean. À l'Etat haïtien, le cabinet Dieujuste exige cinq milliards de gourdes (5 000 000 000) par le fait que ces actes ont été perpétrés sous ses « yeux complaisants ». « ... en outre réclame de l'État haïtien l'équivalent de la valeur exigée à l'ONU au cas où cette dernière ne parviendrait pas à assumer ses responsabilités civiles vis-à-vis du petit Roody Jean », lit-on dans la requête en date du 7 février 2012 des avocats de la victime au juge instructeur, Eugénie Jean Louis.
Pour faire avancer la cause, le cabinet Dieujuste, en date du 1er mars 2012, a exprimé ses exigences auprès de Tercely Loial, conseiller juridique de la Minustah. A travers cette lettre, il est apparu un peu ouvert « à toutes négociations décentes et équilibrées quant aux réclamations déjà formulées ».
Au moment d'annoncer la décision de la cour martiale spéciale sur cette affaire, l'ex-sénateur Youri Latortue avait informé que le ministre de la Justice, de l'époque était en train de négocier avec l'ambassadeur pakistanais auprès de l'ONU sur la question de la réparation civile. Le cabinet Dieujuste avait dénoncé ces négociations qui se dérouleraient en l'absence des avocats de la victime.
Dans cette affaire, le rapport de la section départementale de l'Artibonite de la police judiciaire a révélé que l'adolescent Roody Jean, présenté par ses avocats comme un aliéné mental, a été abusé sexuellement pendant deux fois par des soldats pakistanais de la Minustah sur la place des Gonaïves. Pour effectuer l'acte, c'est la victime qui a été déléguée par l'un de ses agresseurs à l'achat des préservatifs.
Jacques Desrosiers
jadesro@yahoo.fr
les commentaires
Haut de la page