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NATIONAL

Ces femmes qui font Le Nouvelliste
Emmelie Prophète autour de la journée de la femme
Le Nouvelliste | Publié le :15 mars 2012
 Propos recueillis par Claude Bernard Sérant serantclaudebernard@yahoo.fr
Chaque année, la journée internationale de la femme est célébrée dans le monde. Dans les discours, de grands thèmes naissent. Cette année est consacrée à « l'autonomisation des femmes rurales, à l'éradication de la faim et de la pauvreté ». Haïti répond à ce grand rendez-vous de brassage des idées tous les 8 mars. A cette occasion, ces femmes qui font Le Nouvelliste opinent sur la question. L'écrivain Emmelie Prophète, attachée à la rédaction du quotidien de la rue du Centre, qui sort bientôt dans le cadre du Salon du livre de Québec son nouveau roman « Impasse Dignité », partage son avis sur cette manifestation qui date du début du siècle dernier.
Le Nouvelliste : La journée internationale de la femme, quel sens a-t-elle pour vous? Emmelie Prophète : Au regard de tous les questionnements auxquels la journée internationale de la femme peut et doit être le prétexte, je me dis que c'est dommage qu'il y ait autant de journées internationales dans le monde; figurez-vous qu'il y a même une journée internationale de la bataille d'oreillers. Trop de célébrations tuent les célébrations. Je suis un peu dans la boutade, mais il y a des journées internationales qui sont arrivées à se détacher, à s'imposer, à interpeller des gens des deux sexes et de culture différente, et la journée internationale de la femme est de celles-là. Il est incontestable que la plupart des combats qui sont à mener et à gagner pour établir une justice sociale, pour parvenir à la modernité de la manière la plus optimale qui soit, passe par la reconnaissance effective des droits des femmes, leur participation à la vie publique, leur droit à la santé, au travail et particulièrement le droit au même traitement salarial que les hommes quand elles occupent les mêmes postes qu'eux. La journée internationale de la femme a tout son sens pour moi comme tout ce qui a rapport à cette lutte essentielle qu'est le combat pour l'amélioration des conditions de vie de la femme haïtienne. Mais je n'oublie jamais que tous les jours de l'année sont des jours où il faut créer quelque chose qui fait avancer la cause des femmes. L. N. : La question d'équité de genre vous interpelle-t-elle ? Dans le milieu de travail, on ne fera pas de cadeau aux femmes. Quelle est votre opinion sur la question? E. P. : Je suis absolument en faveur de l'équité des genres, particulièrement dans le milieu professionnel. Cette équité passe par la grille des salaires, par l'adoption de codes d'éthique et de comportements pouvant créer des ambiances favorables de fonctionnement. Que l'on ne fasse de cadeau à personne, mais que l'on respecte tout le monde. L.N. : Vous vous êtes battue en tant que femme pour vous positionner dans la société. Votre parcours ? E.P. : Je n'ai jamais cherché à me positionner dans la société. J'ai toujours fait des choix que j'ai assumés, j'ai beaucoup travaillé aussi. J'avoue que les choses ont toujours été difficiles et le sont encore chaque jour. je ne suis sûre d'aucun succès ni ne me prévaux d'aucune victoire que j'aurais remportée. Je crois aux vertus du travail et j'investis beaucoup de moi-même dans les choses que j'accepte d'entreprendre. Je ne me souviens pas avoir vécu de situation professionnelle où je me suis sentie perçue comme une femme et pour cela maltraitée. Par contre, j'ai quelquefois été enviée par des femmes. Il ne faut pas croire que les prédateurs des femmes sont toujours les hommes. Oh que non ! L.N. : Après la Direction nationale du Livre, vous voici à Le Nouvelliste. Comment vivez-vous cette nouvelle expérience au quotidien ? E.P. : C'est une très belle expérience dans laquelle je me plonge avec bonheur tous les jours et qui a l'avantage de compléter les autres activités que je fais comme le Festival Etonnants Voyageurs dont j'ai été la directrice exécutive. Je suis en train de travailler avec Frantz Duval et Max Chauvet pour proposer une belle dix-huitième édition de Livres en folie avec notamment la création du Prix Livres en Folie de la Première Oeuvre qui récompensera une oeuvre de fiction et une oeuvre scientifique. L.N. : Ce travail au quotidien n'empiète-t-il pas sur le temps que l'écrivain a à consacrer à l'écriture fictionnelle ? E.P. : Certaines fois j'aimerais bien disposer de plus de temps pour écrire, mais j'ai besoin aussi de ce contact avec le travail, avec la ville, de ces chocs quotidiens face à la dérive collective. En fait, c'est même tout ça qui nourrit mon écriture. Je sais aussi créer le temps pour écrire parce que ma vie en dépend. J'ai un nouveau roman qui sort le 11 avril dans le cadre du Salon du livre de Québec dont le titre est, je vous donne un scoop, « Impasse Dignité ». L.N. : Quand on parle d'égalité de genre, certains disent : l'un est l'autre ; d'autres ont tendance à dire : l'un hait l'autre. Quel est votre avis? E. P. : Ce serait plutôt l'un est l'autre. Nous existons l'un avec l'autre et nous ne sommes rien l'un sans l'autre. C'est pour cela aussi qu'il faut équilibrer le plus possible les traitements et les rapports de l'un avec l'autre. L.N. : La journée internationale de la femme cette année est consacrée à l'autonomisation des femmes rurales, à l'éradication de la faim et de la pauvreté. Quel est votre avis? E.P. : Mon avis est qu'il ne faut pas que cela reste au niveau de slogans et de symboles. Le fait d'adopter un thème ne résout pas les problèmes. Il faut des politiques publiques. Il faut tout mettre en oeuvre pour cette autonomisation des femmes rurales et pour éradiquer la faim et la pauvreté.
Propos recueillis par Claude Bernard Sérant serantclaudebernard@yahoo.fr
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