Quand la hausse du gaz embrase Port-au-Prince et fragilise davantage l'économie

Echo de l’éco

Publié le 2018-07-11 | Le Nouvelliste

Economie -

Cinq jours après l’annonce de la hausse du prix du carburant par les autorités gouvernementales, la capitale haïtienne tarde à reprendre son rythme coutumier. L’odeur de brûlé se ressent partout dans les rues encore où des amas de débris et des cendres noirâtres d’objets calcinés jonchent toutes les artères de l’aire métropolitaine. Si la circulation automobile a repris son cours quasiment normal, par contre, le négoce, le grand commerce et les locaux de certaines institutions gardent leurs rideaux de fer baissés, suite aux scènes de pillage, d’incendies et de menaces dont ils ont été l’objet samedi et dimanche.

Jamais une mesure de l’exécutif haïtien n’a été aussi préjudiciable au secteur des affaires. Ainsi donc, en voulant se forger les moyens de financer le budget 2018-2019 déposé récemment au Parlement et se plier aux exigences des bailleurs internationaux, le gouvernement a réveillé les vieux démons qui sommeillaient depuis un certain temps en les masses défavorisées. Ces derniers ne se sont pas gênés pour casser, piller et embraser à peu près tout sur leur passage. Et ceci au grand dam de l’économie nationale.

Car ces vandales auront des conséquences majeures sur la croissance. S’il faut les énumérer, on dirait d’abord que le chômage va s’amplifier. Car déjà, seulement à Delimart S.A., une des grandes victimes des événements malheureux du week-end, les responsables ont déjà annoncé la mise en disponibilité de 673 personnes. Ainsi, si on doit se référer à l’ensemble des entreprises touchées, il y a lieu de penser que des milliers d’employés et de petits ouvriers seront sur le pavé suite à ces émeutes.

Cette année 2018 se révèle désormais catastrophique pour l’emploi en Haïti. Car, avant les émeutes provoquées par l’annonce de la hausse des prix de produits, Haïti courrait déjà le risque de perdre près de 10 000 emplois imputable à la non-ratification des Accords de partenariats économiques (APE). Jusque-là, Haïti qui bénéficiait d’une dérogation de la part des signataires de la convention fait pâle figure et n’a pas pu, avant le 7 juillet 2018, se prononcer sur un accord pourtant signé fin décembre 2009. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Cette fois, le pays va vivre des jours sombres. À la lueur de tout ce qui s’est passé, ni le secteur privé ni les partenaires de l’international ne vont applaudir ces performances assez ternes des acteurs locaux qui, ce faisant, vont continuer d’attirer la méfiance des étrangers vis-à-vis d’Haïti.

Les investissements directs étrangers, qui se faisaient rares auparavant, vont prendre un sacré coup. Les potentiels investisseurs vont réfléchir mille et une fois avant de risquer leur argent dans ce milieu. Le secteur tourisme qui a fait d’énormes progrès au cours de la dernière décennie va également subir les effets pervers des vandales du 7 et 8 juillet 2018. Les touristes étrangers ne vont pas se bousculer pour faire de l’ex-Perle des Antilles une priorité dans le choix de leurs destinations. Car, aux yeux de la communauté internationale, comme cela se fait depuis plus de deux siècles, des actions de ce genre sont de nature à mettre la nation haïtienne sur le banc des laissés-pour-compte.

La rareté, la monté de l’inflation, le réajustement du budget national pour le prochain exercice, la baisse des recettes de l’État, la chute du PIB,… etc, voilà en résumé tous les effets nocifs que ces deux jours risquent d'avoir sur l’économie du pays. Ajoutez à cela les dangers sanitaires auxquels sont exposés les gens qui fréquentent les rues insalubres de Port-au-Prince.

Face à la gravité de la situation, beaucoup de voix se sont élevées pour condamner ces émeutes et ceux qui les ont occasionnées. Parmi ces derniers, il convient de noter l’intervention du Forum économique qui n’est pas allé par quatre chemins pour fustiger les autorités de l’éxecutif qui ne se sont pas montrées à la hauteur de leur tâche. Selon le Forum économique du secteur privé, les actes regrettables ayant suivi l’annonce de la hausse des prix des produits pétroliers « reflètent en grande partie le degré élevé de frustration - voire même de désarroi - de la majorité de nos concitoyens, face à la détérioration de leurs conditions de vie depuis de nombreuses années ».

Cette situation résulte avant tout d’une carence de leadership des plus hautes autorités de l’État haïtien, estime cette entité patronale qui regrette, entre autres, l’apparente absence de planification de mesures de sécurité qui aurait dû logiquement précéder l’adoption de la mesure d’ajustement drastique des prix des produits pétroliers décrétées le 6 juillet 2018 par le gouvernement.

L’inaction caractérisée des forces de l’ordre face à ce débordement inédit et inacceptable de délinquance, contraire à leur mission centrale de maintien de l’ordre et de protection des vies et des biens, a été aussi soulignée par le Forum économique qui réclame de ce fait des changements au sein du gouvernement.

Comme si la note du Forum économique ne suffit pas à elle seule, l’Association des industries d’Haïti (ADIH) songe à rappeler à ses membres à faire des constats (procès-verbal à l’appui) avec juges de paix et de garder par écrit toute réclamation. Il est important que cela soit fait dans les règles afin de constituer un dossier qui tiendra lieu de réclamation légale et formelle. Qui a dit « apre dans tanbou lou » ! En produisant leurs réclamations ou leurs doléances vis-à-vis du gouvernement, les organisations patronales devraient pas manquer de se rappeler que la facture sera très salée encore une fois pour la population.

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