Fanm Vanyan, un éloge de la femme vaillante

PUBLIÉ 2018-03-07


En prélude au vernissage de l’exposition Fanm Vanyan prévue pour le 8 mars à l’Institut français en Haïti, le gotha de la presse a découvert les 12 portraits de femmes réalisés par la photographe Nadia Todres le mercredi 7 mars 2018. Selon l’ambassadeur de l’Union européenne, instigatrice de cette exposition, cette initiative a pour vocation de rendre hommage aux femmes et salue leur engagement aussi bien citoyen qu’au sein du tissu économique. « Les femmes voient leur rôle social trop souvent dévalué ou dévalorisé à travers le monde. Or, elles sont des actrices centrales de la société. A travers cette exposition, l'Union européenne souhaite leur rendre hommage ici en Haïti et saluer leur engagement aussi bien citoyen qu'au sein du tissu économique », a dit l'actuel ambassadeur de l'Union européenne en Haïti, Vincent Degert.

« C’est un honneur de naître femme et d’en être fière » ou encore « Nous avons appris que les femmes sont capables de tout changer en positif », sont autant d’envolées qui ont fusé dans le discours de circonstance de Sandra Russo, de Femme en démocratie, ce 7 mars à l’IFH, en prélude au vernissage de l’exposition de photographies baptisée « Fanm Vanyan ». Elle a représenté Sandra Beauvil, présidente de cette institution, qui est la marraine de l’exposition.

Cette exposition, selon Vincent Degert, présente une série de portraits de femmes représentatives de la société haïtienne d’aujourd’hui. « Il n’y a pas de métiers qui doivent être réservés uniquement aux hommes », lance-t-il au cours de son allocution.

Le diplomate a noté des acquis dans le contexte haïtien comme la criminalisation du viol, le droit de vote, les quotas pour participer à la vie politique et administrative. Comme c’est le cas pour l’Europe, il souhaite qu’on passe de la théorie à la pratique. « Fanm Vanyan, dit-il, a pour vocation de signifier par des exemples notre volonté d’accompagner ce processus ».

L’exposition comporte en effet une douzaine de portraits de femmes évoluant dans divers secteurs de la société. L’on découvre par exemple Sandra Paillant, « Bòs Mason » qui comme la plupart des autres femmes a participé à un projet financé par l’Union européenne.

Un portrait que l’on croirait a priori trancher avec les autres est celui d’une porteuse d’eau. On y découvre une gamine à qui l’on prête le prénom de « Lissa ». L’observateur moyen serait enclin à se demander pourquoi on évoque le travail des enfants dans une démarche visant à célébrer les femmes vaillantes d'Haïti. Vincent Degert réplique que l’exposition a aussi pour objectif d’engager le débat sur des thématiques encore tabous en Haïti. « Cette exposition a pour but aussi de lever le voile sur des profils qui peuvent poser problème, comme le cas des restavèk qui sont nombreux dans le pays et qui sont en majorité des filles », note-il.

En appui à certains portraits dont celui de Winnie Hugot Gabriel Duvil qui est avocate et journaliste ou Magalie Dresse, chef d’entreprise, on communique des chiffres représentant le nombre de femmes évoluant dans ces secteurs. On apprend par exemple que 6,15% de femmes contre 11,8 % d’hommes font des études supérieures. Que 61,4 % des propriétaires d’entreprises sont des femmes.

Nadia Todres, la photographe, avoue avoir été très excitée quand l’Union européenne l’a contactée pour ce projet. « Je ne saurais refuser une telle proposition puisque depuis que j’évolue en Haïti je maintiens le focus sur les filles âgées entre 12 et 18 ans », confie-t-elle. Les photos ont été prises sur le lieu de travail des femmes. La première vague, entre novembre et décembre 2017. La seconde, entre janvier et février 2018.

4 des douze femmes prêtant leur image à l’exposition étaient présentes au cours de la conférence de presse. Il s’agit de Sherley Olivier, casec de Turgeau, de la « bòs mason » Sandra Paillant, de l’avocate et journaliste Winnie Hugot Gabriel Duvil et de l’institutrice Gina Alexis.

« Il est très important de mettre en lumière le travail des femmes dans la mesure où même si on répète souvent que statistiquement nous représentons près de 52 % de la population, nous sommes en quelque sorte invisibles dans les sphères de décision et dans certains corps de métier. Par exemple, pour moi qui suis membre du barreau de Port-au-Prince, s'il y a 1500 avocats membres, à peine un tiers sont des femmes. Et si nous avons environ 1000 juges dans le système judiciaire, seulement 80 sont des femmes. D'ailleurs, même dans le journalisme, les femmes sont sous-représentées. J'espère donc que ce travail va sensibiliser les gens et inspirer les jeunes, les femmes particulièrement », témoigne Winnie, avocate et assistante secrétaire de rédaction de Ticket, qui avoue avoir balancé son agenda souvent chargé pour pouvoir participer au projet « Fanm Vanyan ».

« Être femme en Haïti, ce n’est certes pas facile mais ça vaut le coup. Je ne me vois pas autrement », avance Sherley qui est à la tête d’une association de 38 femmes Casec. « Cette exposition, poursuit-elle, prouve qu’il y a beaucoup de fanm vanyan en Haïti ». Elle dit s’engager à se battre pour qu’on passe du quota de 30 % à 50 %.

« Je suis fière d’être bòs mason. Je travaille à longueur de journée avec des hommes. J’encourage toutes les femmes qui sont tentées par ce métier à suivre mes pas. À dépasser la peur de ne pas pouvoir bien faire à cause de leur genre », confie Sandra. Gina Alexis, institutrice n’a pas eu le temps de prendre la parole.

À noter que le vernissage de l’exposition est prévu pour le 8 mars à 7h p.m à l’IFH et se poursuit jusqu’au 29 avant que celle-ci soit présentée de façon itinérante dans d'autres villes du pays.



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