Une seule monnaie en circulation sur le territoire national

Publié le 2018-03-02 | Le Nouvelliste

Editorial -

La nouvelle est tombée comme un couperet. Par arrêté présidentiel, paru dans le journal officiel de la République, ce jeudi premier mars, l’administration Moïse/Lafontant change la donne en matière de circulation monétaire. Toutes les transactions qui doivent s’effectuer sur le territoire national seront réalisées en monnaie locale. La gourde haïtienne devient, après la publication de cet arrêté, la seule monnaie d’échange du pays. Les banques, les agents économiques, le commerce et l’industrie reçoivent la nouvelle avec émoi. Rien ne laissait prévoir qu’une telle décision allait être prise un jeudi du mois de mars, vingt-quatre heures après un Conseil des ministres. D’un secteur à un autre, chacun va analyser les avantages et les inconvénients d’une telle décision à court et à moyen terme.

Dans les concessionnaires d'automobiles, les magasins, les restaurants et les autres entreprises de la place, la gourde sera l’unique monnaie pour effectuer les transactions. Pour la plupart des maisons et appartements, en ce qui concerne les loyers, les contrats étaient passés en monnaie américaine. Cette décision ne sera pas sans conséquence sur les activités des agents économiques qui planifiaient une série de transactions en dollars américains. Depuis la parité de cinq gourdes pour un dollar en 1919, pour aboutir à la fluctuation du taux de change au début des années 80, aucun autre gouvernement n’avait adopté une telle décision vis-à-vis de la monnaie américaine. Sous la présidence du général Prosper Avril en 1989 et pendant le second mandat du président Jean-Bertrand Aristide en 2002, des mesures ont été prises pour empêcher la dévaluation accélérée de la gourde par rapport au dollar. D’autres gouvernements ont par la suite pris des décisions, mais aucun n'avait été jusqu'à bloquer la circulation du billet vert.

Pour s’assurer de son plein et entier effet, l’administration Moïse/Lafontant prévoit de mobiliser les appareils répressifs de l’Etat à l'égard des contrevenants. En vue de faciliter la coordination avec la justice, il est prévu à l’article 9 de cet arrêté la création d’un comité chargé d’assurer le suivi de l’application des dispositions.

Consternées par la publication de cet arrêté, des associations patronales, par lettres adressées au gouverneur de la Banque de la République d'Haïti, au Premier ministre, aux ministres des Finances et du Commerce, sollicitent qu'un communiqué officiel confirme la véracité de cet arrêté et précise qu'il ne rentrera pas en application sans la publication de circulaires qui se rapportent à des secteurs et branches d'activités spécifiques.

Selon toute vraisemblance, les associations du secteur privé sollicitent un débat avec les plus hautes autorités sur ce dossier sensible. La réaction de ces secteurs prouve qu'ils n'étaient pas consultés avant l'adoption de cette décision, lourde de conséquences. Etant donné que l'arrêté n'a pas prévu de date pour son entrée en application, il devient opportun pour le gouvernement d'engager des pourparlers avec différents secteurs concernés par cette décision.

Lemoine Bonneau

lbonneau@lenouvelliste.com

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