« Je m’appelle Fridhomme » d'Evelyne Trouillot

Publié le 2018-02-01 | Le Nouvelliste

Culture -

Wébert Lahens

Evelyne Trouillot a sorti un recueil de nouvelles sous le titre « Je m’appelle Fridhomme », le nom du personnage principal de ce récit (collection Zuit, C3 éditions, 2017). Elle a, dans ce livre composé de trois nouvelles, secoué les traditions. Elle a touché dans « Fridhomme » quelques questions bouleversant la population : La problématique d’identité. Les paysans ne se dépêchent guère de déclarer la naissance de leurs fils ou filles à l’église et à l’officier d’état civil ; la mort prématurée des enfants, avant l’âge de cinq ans dans les régions: diarrhée,dysenterie ou une simple fièvre ; la misère de quelques familles touchées, aux Gonaïves, par des cyclones. Celles-ci étaient obligées d’aller se coucher sur les toits. Autant de questions, autant de problèmes d’actualité.

Dans ce carcan évolue, âgé de soixante-dix ans environ, Fridhomme, attaché au nom que lui a donné sa mère sous les recommadations de son père, mort, un an après sa naissance, du temps de l’occupation américaine. Ce personnage a pleuré à la nouvelle du débarquement des Américains en 1994. « Ils disaient qu’ils étaient venus encore une fois pour cette histoire de freedom. » Pour cette histoire. Son papa n’avait pas compris ce que les« marines » avec lesquels il faisait la corvée,entendaient par « freedom » - liberté. Ce même sentiment d’incompréhension a traversé la vie du personnage principal de ce récit. Cette nouvelle écrite à la première personnage mélange l’histoire individuelle d’un personnage avec celle d’une génération. Des sacrifiés. Parfois, elle raconte des états d’âme d’hommes ou de femmes souffrant, traînant leurs vies faites de mauvais sort. Par exemple, comment passer sous silence l’évocation de la vie de la famille de Frère Auguste. Sa femme lui a donné six enfants dont cinq sont morts. Et le survivant est sourd-muet. Certes, aujourd’hui, les handicapés sont pris en considération :écoles, encadrement ; ainsi, en ce temps-là, rien de prévu dans les villes de province. En outre, la mort de ces enfants en bas âge a pertubé Mme Auguste et l’a portée à « travailler pour une usine de fabrication de larmes».

Quand Fridhomme a tenté de la rejoindre pour l’aider à se relever, elle a poussé « une sorte de gémissement horrible, un mélange de rage et de désespoir, un bruit si terrible que j’aurais voulu me boucher les oreilles... »Comme elle, Fridhomme, en perdant son fils, à trente ans, est monté sur les mornes pour aller pleurer. « J’ai crié mon nom, comme si on voulait l’arracher de ma mémoire. »

Ce qui passionnait ce personnage, c’est son fils, à Boston. Celui-ci voulait qu’il vienne voir sa famille. Arrivé à Boston, il écoutait son fils lui raconter ses journées de travail à la banque et ses projets dans deux ans. Mais celui-ci n’a guère pris le temps de l’écouter. Cette dernière question posée dans cette nouvelle nous interpelle : « Dis-moi, papa. Que veux-tu,toi ? » L’existence de l’autre, acceptons-nous de la reconnaître ?...Deux autres nouvelles ont clos l’ouvrage : le détour et les funéraires. Je laisse au lecteur le plaisir de la découverte. Evelyne Trouillot a touché le lecteur dans cette nouvelle « Je m’appelle Fridhomme ». Le plaisir de lire grandit avec la découverte de ces histoires. Evelyne Trouillot a pris ainsi un autre engagement. Mettre les aspects courants de la vie des gens vivant dans des conditions, parfois indécentes, les mettre à nu, pour attirer notre propre attention et déconstruire l’état d’indulgence dans lequel évolue la population. Non, l’être humain ne peut plus descendre plus bas. !

Wébert Lahens webblahens@yahoo.fr Auteur
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