La sculpture en Haïti au XXème siècle : les architectes, peintres, sculpteurs : Sacha Thébaud

Mémoire

Publié le 2018-01-30 | Le Nouvelliste

Culture -

Sacha Thébaud (Tebo?) (1934-2004) est l’un des plus polyvalents créateurs haïtiens. Chez nous et ailleurs dans la Caraïbe, il est davantage connu pour sa peinture fortement ancrée dans la région, dans son climat, dans ses paysages, dans ses traditions ancestrales et aussi dans cette magie qu’elle semble entretenir dans nos esprits. Mais si l’on va au-delà du contenu (quoi), on peut se rendre compte de l’importance qu’accorde Sacha Thébaud à la forme (comment), particulièrement au matériau.

Dès ses premiers tableaux, Sacha Thébaud a fait usage de la cire comme liant de la couleur fournie par des pigments secs. L’ensemble est alors appliqué en couches successives qui adhèrent au support : la toile, puis l’une à l’autre. Ce procédé délicat, que l’on appelle encaustique, aboutit à un matériau qui, contrairement à la peinture à l’huile ou à l’acrylique, ne sèche pas; il se solidifie. Les avantages de ce matériau sont, entre autres, qu’il résiste bien à la moisissure et donne profondeur et intensité aux couleurs. Mais la qualité de ce matériau qui a, plus que tous autres, attiré Sacha Thébaud est le fait que la surface obtenue peut être travaillée dans son épaisseur. Il pouvait alors y inciser la ligne qui pour lui est de toute première importance. L’application de la couleur à l’essuyée révélait alors le jeu de lignes incisées. Ainsi, on pourrait dire que les tableaux de Sacha Thébaud sont des dessins dans de la cire, des dessins quelquefois rehaussés de couleurs vives. On peut noter que cette importance donnée à la surface des tableaux par Sacha Thébaud, on va la retrouver dans sa sculpture. Elle sera dans une certaine mesure poussée plus loin.

Si la sculpture de Sacha Thébaud demeure essentiellement figurative, les formes et les proportions traditionnelles sont remises en question. En réalité, elles n’ont pas grande importance. Ce qui compte surtout c’est la surface qui enferme ces formes. On doit noter cependant que même quand on est informé du fait que les tableaux de Sacha Thébaud sont à base de cire, on n’y fait pas particulièrement attention sauf quand on en vient à considérer les précautions à prendre pour leur conservation. Ces toiles, en effet, ne peuvent pas être pliées ou exposées à des températures trop élevées.

Dans ses sculptures faites d’aluminium, d’acier ou de bronze, les métaux ne se contentent pas de donner aux formes créées des qualités de couleur, de lustre et de grain. Ils ne se contentent pas non plus de leur donner leur poids et leur consistance d'objets matériels. Ces métaux, en fait, donnent aux sculptures quelque chose de plus : leur substance. Ainsi, la forme créée en bronze sera vue et considérée comme un bronze…, etc, etc.

Mais revenons aux surfaces de ces formes créées. Elles sont découpées pour arriver à la mise en espace des figures linéaires qui fréquemment se retrouvent dans les tableaux du peintre. Elles sont découpées pour renforcer la silhouette définie par la ligne incisée dans le métal. Elles prennent des couleurs différentes pour distinguer des zones différentes de la pièce. Quelquefois, c’est la différence du fini qui permet de détacher une forme inscrite dans une autre plus grande. Elles sont enfin celles de masses, référence à des traits ou des formes humaines, offrant leur surface lustrée à l’incision de motifs rappelant l’art rupestre des communautés du caribéen ancien.

Les premières peintures de Sacha Thébaud ont été créées alors qu’il était étudiant en architecture à l’Université de Miami. Sa formation d’architecte s’est poursuivie en France, aux Beaux-Arts. Lors d’études en design et administration urbaine au Brésil, il a l’occasion de fréquenter Oscar Niemeyer, le grand architecte de la capitale brésilienne. S’il est vrai que Sacha Thébaud peut être considéré comme un peintre et un sculpteur moderne, ces aspects de sa carrière ne portent que quelques marques de sa formation en architecture que l’on peut même qualifier d’avant-garde. En effet, le rapport entre ces disciplines ne se voit que dans quelques réalisations monumentales, particulièrement dans cette grande murale «La troisième Vague» difficilement photographiable dans sa totalité mais dont, heureusement, il a été possible de trouver un croquis, pour vous donner une idée de son envergure.

Gérald Alexis Auteur
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