Comment financer les Forces armées d’Haïti ?

Publié le 2018-02-26 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

La question du retour sur la scène de l’armée haïtienne est finalement une réalité. Après avoir lu le papier de Riphard Serent en novembre dernier intitulé « Par quoi et par qui sera financé le budget des Forces armées? », je me suis mis à réfléchir à une alternative. Il est un fait certain que ce maigre budget national de 122 milliards de gourdes dont le pouvoir d’achat se rétrécit au jour le jour ne peut accoucher d’une force de sécurité publique imposante. À l’instar de l’armée équatorienne, l’institution militaire haïtienne peut se doter d’une certaine capacité de financement interne, permettant non seulement d’augmenter la taille de ses effectifs, mais encore de s’équiper d’instruments militaires de base. Dans le court terme, il est vrai que certains pays du sous-continent, tels que le Brésil, le Chili, l’Équateur, pour ne citer que ces derniers, ne resteront pas indifférents à nos acrobaties pour mettre en place ce corps armée et feront œuvre utile en nous fournissant des équipements nécessaires pour son fonctionnement.

Le temps des actions concrètes

Dans le long terme, d’autres initiatives se révèlent incontournables. Le développement et l’utilité de ce corps social qu’est l’armée dépendront fondamentalement de notre capacité à produire des idées réalistes, intelligentes et scientifiques à l’instar des experts d’autres pays à revenus faibles. Ainsi, une armée est capable de générer des revenus permettant d’affecter de fortes sommes aux dépenses militaires directes et à la recherche-développement. Dans un tel cadre, le ministère de la Défense aura pour tâche d’intégrer plusieurs décisions nouvelles adaptées aux réalités d’aujourd’hui. La mise en place d’une Université des Forces armées d’Haïti (UFAH) qui offrirait un cursus pour les filières suivantes : Relations internationales, Sécurité publique, Sciences infirmières, etc. L’ancien local du Ciné Triomphe servirait provisoirement donc de siège pour loger cette éventuelle entreprise de formation comme les universités privées de la place.

De plus, l’ancien espace du Rex-Théatre est tout indiqué pour l’implantation d’un grand centre commercial offrant tous les biens de consommation possibles (biens directs et indirects). L’opération pourrait s’étendre également à des unités de production industrielle ou agricole. Des potentiels existent pour l’érection de cimenterie, ou d’usine de fabrication de compost et autres dans le paysage économique. Pour atteindre ces objectifs, des réaménagements dans la structure militaro-administrative de l’institution s’avèrent nécessaires. En plus du corps de génie militaire, et du personnel médical, une section comprenant des économistes civilo-militaires ou de gestionnaires chargés de gérer tous les éventuels établissements industriels et commerciaux de l'armée aura pour tâche de faire fructifier ces investissements. Le temps des actions concrètes s'impose aujourd'hui. Les responsables de l'État ont pour devoir d'éviter que cette remobilisation de l'armée ne produise des efforts économiques négatifs. Beaucoup de personnalités évoquent les déficits budgétaires excessifs et l'accroissement de la dette interne suite à cette résurrection, mais refusent de comprendre que la perspicacité et l'intelligence de l'action qui proviendraient des locataires du ministère de la Défense permettraient de réussir la militarisation. Il faut nous défaire du réflexe d'anticiper l'échec dans toute initiative gouvernementale ou autre. Une attitude plus positive nous éviterait de conjuguer « l'effort dans le mal » qui annihile toute avancée quelle qu'elle soit. Les Forces armées d'Haïti sont capables de réussir ce pari si la volonté est au rendez-vous.

Gabriel Hérard Auteur
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